PRONOSTIC
Nous avons, pour ainsi dire, établi déjà le pronostic des tumeurs de la clavicule, puisqu'en effet nous avons vu quel était le degré de malignité qu'il fallait attribuer à chaque variété, et les accidents d'extension de propagation et de généralisation, auxquels ces tumeurs pouvaient donner lieu. Sachons d’abord que les ostéosarcomes non opérés mènent rapidement le malade à la mort. Sur les 16 cas d’ostéosarcomes non opérés que nous avons, si l'on excepte les 2 cas pour lesquels nous n'avons pas de renseignements et un troisième non opéré pour mauvais état général, nous avons, en effet, 13 morts, après une évolution variant de dix semaines à neuf mois, et parmi: 5 meurent de généralisation, 2 d’ulcération, 2 de cachexie, 2 de bronchopneumonie, 1 de cause inconnue. Cela suffit à nous montrer, quel est le sort fatal du malade quand sa tumeur est abandonnée à ellemême. Mais opérée à temps, le processus peut êlre arrêté. Il n’en est point de même pour les tumeurs épithéliales secondaires, leur pronostic est bien plus grave. Sur 12 cas pour lesquels nous avons des renseignements, nous avons 9 morts, 1 récidive dont
pie nous ignorons les résultats éloignés et 2 guérisons immédiates fort douteuses, et ici, le plus souvent la mort survient encore plus rapidement du fait d’une opération faite sur un diagnostic d’ostéosarcome. Pour les tumeurs thyroïdiennes et congénitales, leur pronostic d’après les cas que nous en avons, du moins paraît être moins grave, bien que les embryomes puissent se comporter comme des tumeurs malignes.
Quant au pronostic éloigné, on doit toujours, sans doute faire quelques réserves. Quand le malade est opéré à temps, les carcinomes ou épithéliomes mis à part, il est certain que le processus peut être arrêté ; mais l’est-1l définitivement? C’est ce que l’on ne peut jamais affirmer. Dans toutes les observations, on trouve que les malades sortent guéris, mais comme on les perdait de vue et qu’on ne pouvait pas les suivre, on ne peut affirmer leur guérison définitive. Nous verrons cependant dans le chapitre suivant les cas de malades dont la guérison persistait encore trois, cinq et dix ans après l'opération.
Quoi qu’il en soit, étant donné, comme nous l’avons vu déjà, que le clinicienne pourra point, le plus souvent, faire le diagnostic de nature et en tenir compte pour son pronostic, il devra dès lors considérer toute tumeur de la clavicule comme une tumeur maligne. Il devra considérer son pronostic toujours comme grave, non seulement parce qu'il tiendra dans tous les cas la Lumeur comme maligne, mais aussi à cause de l'importance même des organes que la clavicule abrite et des dangers de l'opération, quand elle est faite trop tardivement. Le pronostic est grave sur-
ÆUph
tout pour les tumeurs de la partie interne et de la partie moyenne. C’est pour toutes ces raisons que, dans tous les cas, une intervention radicale large et précoce sera nécessaire, les tumeurs secondaires mises à part si leur diagnostic pouvait être fait ; mais la crainte de ces tumeurs ne doit point, nous semble-t-1l, modifier la conduite à lenir, car le sort des malades qu'elles affectent étant fatal à bref délai, l'on ne changera point la face des choses en intervenant sur elles, et, dans tous les cas, si ce n’est pas une tumeur secondaire, on aura au moins donné au malade toutes chances possibles de guérison. Enfin, si l'opération, faite même dans les meilleures conditions, n'empêche pas, dans tous les cas, une récidive toujours possible, elle allonge d'autant la vie du malade. On voit donc, en somme, que, bien que le pronostic des tumeurs de la clavicule soit grave, .on sera loin de désespérer d’une tumeur prise à temps.
po