PERIODE MODERNE. DE GUYON A CE JOUR
Oïl pourrait so demander si, après la publication de tant de remarquables travaux il reste beaucoup à faire pour compléter nos connaissances sur les tumeurs de la vessie. Cependant bien des points sont encore à l'étude : la pathogénie de ces tumeurs est encore un mystère ; et, ce qui a été écrit en anatomie pathologique reste bien incomplet. Il existe encore dans le diagnostic des problèmes à résoudre, et une place définitive n'a pas été assignée à l'endoscopie. Plus nombreuses persistent encore les discussions que soulève le traitement, et nous sommes loin encore de l'idéal recherché : la cure radicale des tumeurs do la vessie.
J'ai pu observer une centaine de malades atteints de tumeurs de la vessie ; j'ai aidé M. Guyon dans 40 opérations de taille pour tumeur; j'ai aidé aussi mes maîtres Le Dentu et Bazy, et j'ai moi-même exécuté plusieurs de ces opérations : toutes ces tumeurs et d'autres recueillies dans les autopsies que j'ai faites dans les services de ]\IM. Guyon et Horteloup, et dans la collection particulière si riche de Guyon ont été étudiées par moi au microscope.
MM. Guyon, Le Dentu, Bazy et Horteloup, m'ont permis de travailler sur les matériaux recueillis dans leur pratique, et MM. les professeurs Dittel, de Vienne, Iversen, de Copenhague, Pawlick, de Prague, et les D''^ Israël et Nitze, de Berlin, ont eu l'amabilité de me communiquer des documents inédits. Je leur adresse à tous mes remerciements les plus sincères.
C'est en me fondant sur ces documents de clinique et d'anatomie pathologique humaine, ainsi que sur les résultats de quelques expériences sur les animaux, que je vais essayer d'apporter ma contribution personnelle à cette importante question de chirurgie.
Je veux, avant d'entrer en matière, exprimer ma reconnaissance à M. le professeur Guyon. C'est dans le service de mon maître que j'ai recueilli presque tous les matériaux de cet ouvrage. Il a mis à ma disposition, avec les incomparables ressources de sa pratique particulière, les trésors de son expérience, et il A-eut bien donner à ce livre le patronage de sa grande autorité.
LA îklUQUEUSE DE LA VESSIE NORMALE
La plupart des tumeurs de la vessie naissent de la tunique muqueuse de cet organe. Pour comprendre le mode de développement de ces néoplasmes, il est donc nécessaire de bien connaître la structure normale de cette muqueuse. Les descriptions que nos auteurs classiques donnent de la muqueuse vésicale étant im peu écourtées je crois utile de résumer ici l'étude que j'en ai faite.
En étudiant une coupe de la vessie, on voit que cet organe est formé de quatre couches superposées, sans compter le péritoine, qui ne la recouvre que partiellement. De dehors en dedans on trouve une première couche mince, formée par du tissu conjonctif riche en fibres élastiques ; viennent ensuite la couche musculaire ; une couche sous-muqueuse lâche et la muqueuse elle-même. La couche musculaire de la vessie se trouve ainsi comprise entre deux couches conjonctives dont les faisceaux se continuent insensiblement avec le tissu conjonctif intermusculaire. Du côté de la surface muqueuse de la vessie, la sous-muqueuse se confond insensiblement avec le derme de la muqueuse, sans qu'on puisse entre les deux membranes reconnaître une ligne de démarcation bien nette; on peut néanmoins considérer comme appartenant à la membrane muqueuse la portion la plus dense de ce tissu.
Ainsi constituée, la muqueuse vésicale apparaît comme une membrane très mince, de couleur blanc grisâtre, dont l'épaisseur ne dépasse guère 1/6 à 1/2 millimètre, sauf dans la portion comprise entre les uretères et le col où elle devient plus considérable.
On connaît les trois orifices que présente la muqueuse vésicale : en bas l'orifice de l'urèthre, circulaire chez l'enfant, un peu aplati de haut en bas chez l'adulte et présentant quelques plis ; en arrière les deux embouchures des uretères obliquement taillées et limitées par un petit repli de la muqueuse. Entre ces trois orifices se trouve