ÉVOLUTION CLINIQUE
malades ; ces notions ont leur intérêt prati([ue : elles peuvent, en effet, servir au traitement par lequel nous devons nous efforcer d'enrayer, ou, tout au moins, do retarder la marche fatale de la maladie.
L'hémorrhagie, l'infection avec ses complications variées ; l'extension progressive de la tumeur avec ses conséquences, invasion des organes voisins et généralisation : tels sont les trois éléments qui sollicitent notre examen dans l'étude pronostique des tumeurs de la vessie.
L'hématurie, dégagée de toute considération sur la nature do la tumeur, et considérée en elle-même comme perte de sang, peut présenter une extrême gravité. En effet les tumeurs les plus petites, le polype villeux le plus simple et le plus bénin dans sa structure, par exemple, peuvent provoquer des hématuries assez considérables pour tuer le malade d'hémorrhagie. Alors même que les hématuries répétées et abondantes ne suffisent pas à déterminer la mort du malade, elles l'affaiblissent toujours beaucoup et l'anémie qu'elles déterminent présente un double danger que le chirurgien ne doit pas oublier : le danger de l'infection, et le défaut de résistance pour subir avec succès l'acte opératoire. Par le fait même de son existence, l'hématurie facilite le développement des infections accidentelles, car le mélange du sang et de l'urine constitue un milieu plus propice au développement des microbes.
D'un autre côté, le défaut de résistance do l'individu, la profonde anémie secondaire aux pertes de sang, exposent l'organisme aux atteintes d'une infection générale dès lors plus redoutable dans ses manifestations. On voit par là toute l'importance du rôle de l'hématurie dans la gravité des tumeurs de la vessie et l'on comprend que ce symptôme puisse, à lui tout seul, devenir une source d'indication chirurgicale.
L'infection, ainsi que nous l'avons déjà dit, apparaît presque nécessairement à un moment de l'évolution des tumeurs de la vessie, et c'est à elle que sont dues les plus redoutables complications de la maladie. Au chapitre de l'Anatomie Pathologicpie, nous
avons exposé ces différentes complications, dont la symptoraatologie ne présente rien de spécial qui doive nous arrêter ici. La cystite, les péricystites, les infections rénales, l'infection générale, telles sont les complications infectieuses les plus communes des tumeurs de la vessie ; ce sont elles, surtout les lésions rénales et l'infection générale, qui le plus souvent, et sans laisser même à la tumeur le temps de parcourir toute son évolution locale, déterminent la mort des malades : aussi le chirurgien devra-t-il toujours y penser et en surveiller les premiers symptômes ; car il est en droit de fonder en grande partie sur elles son pronostic.
Il est beaucoup plus rare de voir les tumeurs de la vessie s'étendre de proche en proche et envahir les organes voisins ; rarement aussi la cachexie cancéreuse est la cause de la mort. La terminaison fatale est en effet le plus souvent due à des lésions secondaires au néoplasme. A cet égard il est intéressant de rapprocher les tumeurs de la A-essie des tumeurs de la vésicule biliaire : celles-ci s'étendent assez rapidement aux organes voisins et déterminent la mort par cachexie cancéreuse plutôt que par infection biliaire. Au contraire, lorsque les malades urinaires en arrivent à cet état de consomption et de marasme qui, à la veille de leur mort exprime et traduit le dépérissement pi"ofond de tout leur organisme, ce n'est pas la cachexie cancéreuse seule qui est en cause. Les travaux d'Adamkiewicz (1) nous ont révélé, en effet, la toxicité du suc cancéreux; et, s'il n'est pas douteux que l'absorption des produits de sécrétion cellulaire contribue, dans les néoplasmes de la vessie, à l'anéantissement des malades, il n'est pas moins vrai qu'à côté et au-dessus de cet élément de cachexie, il faut faire une place importante à la cachexie urinaire. Cette cachexie est due surtout à la destruction progressive des reins, qui entraîne, pour l'organisme entier, un empoisonnement plus ou moins rapide par les produits toxiques sécrétés par ses propres cellules ou par les bactéries de l'infection. Les malades succombent donc à une intoxication de double origine, d'un côté l'auto-intoxication par les déchets de la vie cellulaire insufQsam-
(1) Adamkiewicz. BuU.Ac. Iinp. Vienne, 1890, p. C40.
316 PnONOSTIC. TEnMIMAISOX
ment éliminés (Bouchard), d'un autre cAtépar les substances élaborées par les micro-organismes et ces produits s'accumulent en eux par suite de l'insuffisance du rein; de telle sorte que l'on peut dire de ces malades qu'ils meurent plutôt comme urinaircs que comme cancéreux.