OBSERVATION XX
(WaALTHER, 1914.)
Femme de 42 ans. Entre à l'hôpital, le 8 décembre 1913, pour volumineuse tumeur abdominale.
Son père est mort d’un cancer de la langue, sa mère de la rupture d’un kyste abdominal.
Elle a eu la scarlatine à 17 ans, et la typhoïde peu de temps après.
Ses règles sont très régulières depuis l’âge de 12 ans. Elle n’a pas eu de grossesses, pas de pertes blanches, de métrorragies; elle n’a jamais eu de douleurs.
Depuis quatre ou cinq ans, elle a une « grosseur dans le ventre ». Le diagnostic de kyste de l'ovaire a été porté et l’opération conseillée.
La tumeur à continué à grossir lentement, mais régulièrement; et aujourd’hui, gênée par le volume de l’abdomen, et sans aucune autre manifestation symptomatique que cette gêne, la malade se décide à demander une intervention.
Examen, — L'abdomen paraît volumineux, régulièrement développé, un peu plus saillant à droite qu’à gauche, sans aucune trace de vergeture, sans dilatation veineuse. La palpation montre que tout l’abdomen est occupé par une volumineuse tumeur à contours arrondis, à limitation facile, qui monte à trois travers de doigt audessus de l’ombilic et ne touche pas le pubis, dont elle est séparée
ETC Ve
par un espace d’un large travers de doigt. La tumeur est plus développée du côté droit, où elle s'appuie en bas contre l’épine iliaque, et elle affleure en haut le rebord costal. A gauche, elle reste à trois travers de doigt de l’épine iliaque et à deux travers de doigt du rebord costal. À la mensuration, on constate que le diamètre vertical de la masse est de 24 centimètres, le diamètre transversal de 32 centimètres. La tumeur est uniformément arrondie, à surface absolument lisse et régulière, sans aucune bosselure.
La consistance est plutôt rénitente que dure, et même il semble qu'on trouve à la palpation profonde une sensation assez vague de fluctuation. La tumeur est sans doute, à cause de son volume, à peine mobilisable, elle ne l’est pas du tout de haut en bas; dans le sens transversal, on peut lui imprimer quelques légers mouvements. Elle est mate dans toute son étendue.
L'ombilic est un peu distendu. Il existe une petite hernie ombilicale facilement réductible, non douloureuse.
Au toucher vaginal : col évasé, avec sur la lèvre postérieure la saillie d’un œuf de Naboth. L’utérus est gros et semble se confondre avec la tumeur abdominale, dont la palpation bimanuelle permet de transmettre les mouvements du col utérin.
L'état général est excellent.
Le diagnostic de fibrome semble donc s'imposer, en raison de la lenteur de l’évolution de la tumeur, dont la présence a été constatée il y a quatre ou cinq ans, en raison de sa forme et de la transmission des mouvements de l'utérus. Cependant, la sensation, un peu vague il est vrai, de fluctuation oblige à faire quelques réserves et à admettre la possibilité soit d'un fibrome kystique, soit d’un kyste développé au voisinage de l'utérus.
Opération (11 déc. 1913). — La tumeur a l'aspect d’un kyste à surface blanche, nacrée. Pas d’attaches avec l'utérus. Elle est comprise dans un dédoublement de la partie externe du ligament large et s’est développée en haut et en dehors en dédoublant fe mésocôlon.
[Il existe un pédicule formé par le ligament rond. Celui-ci est étiré et forme un coude, dont le sommet, à trois travers de doigt
Le GaLz, 5
AE
“ environ de la corne utérine, vient se confondre avec la base de la tumeur. Elle pèse 2 kg. 520.
Examen de la pièce. — La surface est lisse et pâle. Certains points sont congestionnés et même le siège de petits foyers hémorragiques. La moitié supérieure de la tumeur est encore coiffée d'üne lame péritonéale, portion du ligament large réséqué un peu épaissie, mais glissant facilement à la surface de la masse. D'un point situé au pôle inférieur, on voit s’irradier deux larges colonnes charnues, vestige des deux bouts du ligament rond réséqué, qui se perd progressivement dans la tumeur, après un trajet en éventail de 6 à 8 centimètres. Du même point irradient quelques rares vaisseaux, dont le plus volumineux peut être suivi jusqu’au pôle supérieur. Tumeur molle, fluctuante.
L'examen histologique montre qu'il s’agit d’un fibromyxome, avec peu d'éléments fibreux. En certains points, l’abondance le cellules fusilormes doit faire penser à la possibilité d’une évolution vers le sarcome. |