‹ Les tumeurs du reinChapitre 10 sur 161 · CHEZ LES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHEZ LES ENFANTS

Depuis quelques années, on a isolé, sous le nom, assez généralement accepté, d'adénosarcome, une variété spéciale de tumeurs qui doit avoir sa place à part dans le cadre des néoplasmes rénaux. Nous en avons renvoyé l'étude jusqu'ici, parce qu'elles nous offrent en quelque sorte la réunion des différents tissus que nous avons vus jusqu'à présent évoluer individuellement vers le type néoplasique. Il s'agit de néoformations qui n'ont guère été rencontrées que chez les enfants, ou dans l'adolescence. Leur histoire est assez curieuse. Les tumeurs de ce genre, en effet, ont été rangées jusqu'à présent dans la catégorie des sarcomes et l'on voit du reste que c'est à l'occasion des sarcomes que nous sommes amenés à en faire l'étude. Mais on avait remarqué que, dans certains cas, au lieu du tissu sarcomateux pur, on trouvait bien d'autres tissus : d'abord toutes ou presque toutes les variétés de tissu conjonctif, du cartilage, des fibres musculaires lisses, du tissu musculaire strié, fait déjà plus curieux, et enfin des formations adénomateuses. Ce sont en somme des tumeurs mixtes, et

c'est encore le nom que leur conservent les auteurs qui ne veulent pas s'aventurer sur le terrain patliogénique.

Ebertli, en ISTt^, décrivit un noyau sarcomateux du rein et parla pour la première fois de noyau aberrant du corps de Wolff. En 1875, Cohnheim observa un sarcome musculaire strié bilatéral cliez un enfant d'un an et demi. Landsberger et Cohnheim publièrent, en 1877, l'observation d'une tumeur rénale bilatérale avec faisceaux musculaires striés. Des cas analogues sont publiés par IIubert-Bostrôm en 1879, par Brosin en 1884, Ribbert en 188G, Iloisholt en 1891, Borchard en 1895, Manasse en 1896, Perthes en 1896, Millier, Vogler, Heinecke, etc. Mais c'est surtout à Bircli-Hirschfeld que l'on doit, en 1894 et 1898, une étude complète de ces tumeurs. Il a eu, en outre, le mérite de faire ressortir l'importance du tissu épithélial dans leur structure, et de poser nettement le problème patliogénique, qui est

loin du reste d'être — encore résolu. Parmi les travaux récents, en dehors de ceux de Birch-Hirsclifeld,nous citerons surtout celui de Busse [Virchoivs Archiv., 1899) et le mémoire de Wilms ( M ischgesclnvûlsfe der Nierc% Leipzig, 189!)- 1900, 90 p.), qui nous ont été très utiles dans la rédaction de cet article.

Voici d'abord, suivant notre habitude, un exemple de ces curieuses tumeurs (tig.

55). Nous aurions désiré l'emprunter au travail de Birch-Hirschfeld lui-même; mais cet auteur a donné des photogravures dont la netteté ne nous a pas paru se prêter à une reproduction suffisamment démons-

rig. .^ô. — D'après Russe. Virrhav:U Arch.. 189!), l. 157, pl. Vni, (ig. 1. Acicnosarcomc embryonnaire. Formalion glandulaire à épilhélium à plusieurs couches, entourée do l'aisceaux musculaires striés. L'épilhélium repose directcmenl sur les fibres musculaires.

trative. Xous emprunterons donc un exemple au travail de Busse.

11 s'agit d'un enfant de cinq ans, chez lequel les parents constatèrent, en octobre 1895, l'existence d'une tumeur abdominale. La moi't survint le 11 décembre de la même année; la néphrectomie avait été pratiquée le 18 novembre. La lumeur, volumineuse, renferme des éléments conjonctifs et épithéliaux. Le tissu épithélial se présente sous l'aspect de formations glandulaires revêtues d'un épithélium à une seule couche, et de noyaux épithéliaux disséminés, avec toutes les transitions de l'adénome au carcinome. Le stroma est formé de tissu conjonctif fibrillaire ou fusocellulaire avec des faisceaux de fibres musculaires lisses disposés soit en tourbillon, soit en couches concentriques autour des ligures glandulaires. Il y a aussi des fibres striées, tantôt isolées, tantôt en faisceaux qui sont souvent disposées, comme les fibres lisses, en cercles concentriques autour des glandes (voir fig. 55). On trouve du reste aussi du tissu musculaire lisse et strié dans le stroma des parties nettement cancéreuses. Dans les territoires à croissance moins rapide, il y avait deux îlots microscopiques de cartilage hyalin. Certains éléments conjonctifs volumineux, avec de larges prolongements, ressemblaient beaucoup aux cellules ganglionnaires.

Nous reproduirons également deux dessins concernant des tumeurs mixtes et qui ont été publiés par L. Imbcrt dans les Annalea (jcnilo-vrinaires de 1901. *

Le premier se rapporte à un fibromyome du rein (fig. 54) : les fibres musculaires lisses sont entre-croisées dans tous les sens et l'ensemble constitue une sorte de peloton musculaire indépendant delà capsule se prolongeant en pointe du côté du bassinet.

Dans le deuxième cas, qui était plus intéressant (dg. 55), il s'agissait d'un adénosarcome. A la coupe, on voyait une abondante quantité de tissu conjonctif plus ou moins lâche, parcouru par un très grand nombre de fibres musculaires lisses; nous n'y avons pas trouvé de fibres striées; mais, par endroits, on voyait des cavités très nettes, d'apparence glandulaire, rappelant assez bien l'aspect d'une coupe de rein embryonnaire. Il y avait, en elîet, un revêtement cellulaire à plusieurs couches se différenciant assez nettement sur la plus grande partie de son pourtour; mais sur un point, cet épithélium se fondait progressivement dans la masse des cellules rondes avoisinantes.

ANATOxMIE PATHOLOGIQUE.

En raison de leur constitution complexe, ces tumeurs ont reçu une foule de noms : cliondromyosarcomes, adénomyosarcomes, lipoléiomyosarcomes, rliabdomyomes, etc., etc.

Nous adopterons celui d'adénosarcome proposé par Bircli- Hirsclifeld, ou celui plus général de tumeur mixte. Ces tumeurs présentent un caractère général important; on ne les rencontre, en effet, s'il faut en croire les observations publiées, que chez

Fig. .")!■. — Fibi'omyome du rein.

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