B. — MODIFICATIONS DU REIN DU COTÉ OPPOSÉ
Laissant de coté le développement simultané ou consécutif d'une néoplasie dans le rein du colé oi)p()sé (d sans insister sur les phénomènes infectieux possibles, mais très rares, nous nous bornerons à étudiei- la néphrite tox('Mni([ue et riiypertro})hie conq)ensatrice.
1" Hypertrophie compensatrice. — Les auleui-s pai-U^it souvent d'liy[)ertrophie (•()nq)ensatrice du rein à pro[)os du cancer, pourtant nous ne connaissons pas d'observation précise
dcinontrant la réalité de celle liypcrtrophie du rein du côlc oppose. En réalité, on dit qu'il y a hyperti-ophie compensatrice en raisonnant par analogie. Cela esl, croyons-nous, insuffisant.
Etudiant 1 hypertrophie compensatrice du rein sain dans les ditrérentes alï'ections chirurgicales des reins, Albarran a établi qu'il existe de grandes variétés suivant la maladie dont il s'agit. G est ainsi que lorsque, par néphrite atrophique, un des reins a disparu dans les cas de calcuh rénaux, Taiilre rein est habituellement hypertrophié; mais cette hypertrophie est moindre que celle consécutive à la néphrectomie et sa disposition est moins régulière; elle ne se voit que dans certaines portions du rein. Cette particularité est due, d'après Albarran, à ce qu'il existe fréquemment dans la lithiase rénale des lésions ])ilatérales de néphrite; si un des deux reins est détruit, le rein qui persiste réagit comme un organe déjà malade, et seules les parties du parenchyme encore indemnes, seront aptes à fournil-, par leur hypertrophie, une compensation.
Dans Vuronéphrose on observe du côté sain, des phénomènes d'hypertrophie compensatrice analogues à ceux qui se voient après la néphrectomie.
Dans la pyourphrose on voit, suivant les cas, des degrés très variables d'hypertrophie ou même l'absence de tout développement compensateur. Ces différences dans l'hypertrophie compensatrice, suivant que la rétention rénale est septique ou aseptique, semblent être dues à la moindre force réactionnelle de l'organisme altéré par l'intoxication infectieuse, peut-être aussi à des différences dans la composition chimique du sang, et en particulier aux produits de désassimilation que le rein doit éliminer. L'hypertrophie compensatrice du i-ein est en etTet étroitement liée à la quantité de matériaux contenus dans le sang de l'animal et que le rein doit éliminer. Une élégante expérience de Sacerdotti le démontre : plusieurs chiens subissent la néphrectomie double, ce qui a pour résultat d'accumuler dans leur sang les éléments que leurs reins devraient éliminer; un autre chien, normal, reçoit successivement, par transfusion, après des saignées abondantes, le sang des chiens qui n'ont plus de reins. Or, les reins du chien ainsi injecté, sécrètent de l'urine très riche en sels et présentent une hyper-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
tropliio très nellc qui est en rappori avoc l'excès de Iravail
([Li'ils fournissent.
Ces considérations expliquent la n('cessitc de ne pas raisonner par aualogies grossières lorsqu'il s'agit (riiypcrlroi)liie coml)cnsatrice et d'étudier chaque maladie eu particulier.
Dans le travail que nous venons de citer, Albarran n'avait pas étudié l'iiypertrophie compensatrice du rein du côté opposé au cancer, mais il avait eu occasion de constater dans les portions saines du [larencliyme du rein cancéreux lui-même que parfois (daus cas) on trouvait dans certains segments du rein des lobules rénaux en liypertro[)liie compensatrice, mais que, le plus souvent, cetU^ hypertrophie fait totalement défaut. Depuis ce travail, le même auteur a eu occasion d'étudier histologiquement, dans 4 cas, le reindu côté opposé au cancer. Dans 7) cas il existait des lésions de néphrite intense, sans hypertrophie; dans un quatrième le rein était presque sain et présentait par places de rhypertroi)hie compensatrice.
En somme, le rein du côté opposé au rein cancéreux peut être en hypertrophie compensatrice, mais on ne peut dire que ce soit la règle : il faut souvent s'attendre à ne pas trouver d'iiypertrophie compensatrice et même à ce que le rein opposé soit lui-même très altéré. D'après les considérations plus haut développées, les différences de l'état du rein opposé pourraient être expliquées par des variations dans l'intensité et dans la précocité du développement de la toxémie cancéreuse. Lorsque le rein malade est en grande partie détruit par un néo})lasme ([ui donne peu de toxines au sang, l'hypertrophie compensatrice aurait le temps de se faire : lorsque, au contraire, la toxémie est précoce, l'élimination des poisons altère trop profondément l'autre rein (pii ne peut plus réagir et s'hypei'trophier ou ne le peut que d'une manièie partielle et inc()nq)lèle.
Quelle qu'en soit l'explication, le fait existe et le clinicicm doit le connaître parce qu'il contrilmc à expliquer la grande gravité de la néplu'ectomie <lans les cancers du rein.
2" Néphrite toxémique. — Daus le Iravail déjà cité, l'un de nous a établi que les lésions de né[)hrite diffuse observées dans ce que le néoplasme respecte du tissu dn rein malade, peuvent aussi s'observer dans le rein du côté opposé.
144 TUMECRS DU PARENCHYME RÉNAL CHEZ L'ADULTË.
Nous avons pu faire, dans quatre cas, l'examen histologique de ce rein supposé sain : une de ces observations a déjà été publiée, les trois autres sont inédites.
Le premier malade avait un volumineux cancer du rein gauche, que nous enlevâmes par la voie lombaire le 25 février 1898 : 1 opération n'avait pas duré une demi-heure, mais le malade mourut le quatrième jour. L'examen histologique démontra un cpithclioma à ccHluk's claires, et des lésions de néphrite épithéliale et scléreuse dans les parties conservées du rein cancéreux avec quelques rares zones d'hypertrophie compensatrice. A l'autopsie on trouva une inhltration néoplasique s'étendant jusqu'au diaphragme. Le rein du coté non opéré était augmenté de volume : au microscope on constate une néplirite diffuse à grande prédominance épithélialc, très étendue : la plupart des cellules des tubes contournés sont nécrosées et non colorables; les zones de sclérose sont, par places, très accusées. Chez cet homme, l'analyse comparative des urines des deux reins avait démontré d'ailleurs que si le rein cancéreux était profondément atteint, le rein supposé sain était insuffisant au point de vue de la quantité et de la qualité de l'urine éliminée et que cette urine contenait 50 centigrammes d'albumine par litre (obs.
Le second malade (n" 171) avait lui aussi un très volumineux néoplasme que j'enlevai par la voie transpéritonéalc le 29 novembre 1900. Le malade succomba le 5 décembre.
L'examen histologique du rein enlevé montra qu'il s'agissait d'un épithélioma à cellules claires avec noyaux disséminés : dans ce rein existaient des lésions intenses de néphrite épithéliale. Dans le rein du côté opposé, il existait de l'œdème interstitiel et une néphrite épithélialc très étendue avec nécrose des épithéliums.
Notre troisième malade (n" 172), opéré, le l" mars 1901 par la voie transpéritonéalc, succomba le 1 7 mars. 11 s'ao'issait ici encore d'un volumineux épithélioma à cellules claires. Dans le rein malade, néphrite diffuse, épithélialc surtout, mais avec évidente réaction interstitielle. Dans le rein non opéré, néphrite très étendue, purement épithélialc.
Notre quatrième observation est celle d'un malade mort spontanément dans le service de M. Guyon où il était arrivé en
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cachexie avancée. Dans ce cas, le rein cancéreux avait un épifchélioma carcinoïde sans aucune limitation ; les portions non néoplasiques du parenchyme étaient saines par places, et présentaient ailleurs des lésions peu intenses de néphrite diffuse. Le rein opposé était presque sain; par-ci par-là on voit quelques tubes avec des lésions épithéliales ; ailleurs encore d'autres tubes dilatés avec de grandes cellules correspondant à de gros gloniérules; ce sont des zones en hypertrophie compensatrice.
On pourrait croire, d'après ces examens nécropsiques, que les lésions de néphrite dans le rein du côté opposé au cancer sont d'une très grande fréquence; nous les avons, en effet, constatées à un haut degré dans 5 cas sur 4 et, quoique légères, elles existaient aussi chez le quatrième malade. Mais trois de ces malades ont été opérés dans un stade avancé de la maladie et le quatrième est mort spontanément : chez les malades qu'on observe cliniquement, les lésions de néphrite manquent souvent dans le rein du côté opposé, ou sont assez légères pour être négligeables dans la pratique.