‹ Les tumeurs du reinChapitre 2 sur 161 · CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION

On peut difficilement se faire une idée de l'extrême confusion à laquelle on se heurte en commençant cette étude. Elle existe dans les faits : elle existe aussi dans les mots, et c'est déjà une œuvre laborieuse que d'identifier les tumeurs que les auteurs ont décrites sous des dénominations variables. On commença par imiter la mauvaise terminologie de Virchow qui appelait strumes surrénales des liyperplasies de la capsule surrénale; Grawitz nomma ses tumeurs strumœ lipomalodes ahcrrahv rcnis; il faisait intervenir d'emblée dans la désignation la notion pathogénique qu'il défendait, notion hypothétique, si bien que les auteurs qui viennent après lui et n'admettent pas sa théorie, sont bien obligés de trouver un autre nom; on appelle alors ces tumeurs de Grawitz, lipomes ou pseudolipomes, suivant le goût de chacun; puis on s'aperçoit qu'elles ressemi)lent beaucoup aux adénomes, et on leur donne ce nom. D'autres dénominations encore interviennent; on parle d'hypernéphromes, terme qui a évidemment l'avantage d'être vague et de ne rien préjuger : puis on décrit de ces hypernépliromes dans la capsule surrénale, et on les désigne naturellement du même nom : il se trouve alors des strumes surrénales qui sont des tumeurs du rein et des hypernéphromes qui sont des néoplasmes de la capsule surrénale. La confusion des mots est, on le voit, comjilète et il faut lire avec grande attention pour s'v retrouver.

A côté de ces vices de terminologie dont il est heureusement possible de se débarrasser, existent des confusions plus graves, car elles sont dans les faits eux-mêmes. Tout d'abord, quand on lit avec attention les observations, on s'aperçoit que bien des auteurs, les Allemands surtout, ont mélangé des lésions

12 TL'MEQRS DU PARExNCHYME RÉNAL CHEZ L'ADUETE.

néoplasiques cl des aitôralions très corLainement inflammatoires : nous no voulons pas toucher, bien entendu, à la grande question des rapports de l'inflammation et des néoplasmes; mais à côté de cas limites, sur lesquels on discutera longtemps encore, il est des faits que Técole de Necker a bien étudiés et qu'elle a nettement isolés. Nous voulons parler des périnéphrites libreuses, fibrolipomateuses, lipomateuses que Ton rencontre si fréquemment autour des reins affectés de néphrite et de pyélonéphrile; on sait combien le cas est fréquent dans la litliiase rénale. Or, les Allemands confondent volontiers ces lésions avec les lipomes : nous savons bien en France qu elles en sont très diflerentes et nous n'aurons aucune hésitation à les rejeter du cadre de noire étude. Les choses ne sont malheureusement pas toujours aussi simples ei, dans le domaine des tumeurs légitimes, bien des faits, presque tous, peuvent prêter à contestation. Quelle différence y a-t-il entre les pseudolipomes de Grawitz et les adénomes alvéolaires, entre ceux-ci et le carcinome, entre le carcinome et l'endothéliome? Il n'est pas toujours aisé de le dire et la question se complique encore lorsque l'on trouve dans la même tumeur les différents types que nous venons d'indiquer. En outre, on peut poser en principe, dans une étude de ce genre, que tout travail dépourvu de ligures bien faites est inutile; il est en effet presque impossible de donner, par une simple description, le signalement exact d'une tumeur : rien ne vaut le dessin ou la photographie; malheureusement, la photographie microscopique est encore trop imparfaite pour être souvent utilisable. Nous ferons donc notre possible pour multiplier les figures; c'est là, croyonsnous, la seule façon d'établir une conviction.

En outre, comme notre but n'est pas de défendre telle ou telle théorie, mais d'assigner à chacune la part qui lui revient, nous donnerons au commencement de chaque chapitre un dessin typique emprunté autant que possible à un travail fondamental; nous emprunterons à Grawitz ses strumes, à de Paoli et Driessen leurs endothéliomes, à Sabourin ses adénomes. Nous aurons de la sorte des documents précis auxquels il nous sera toujours facile de nous référer, et nous obtiendrons ainsi un cadre établi sur des faits et une base solide de discussion.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Pour obvier aux inconvénients résultant de la multi])Iicité de dénominations, nous avons dressé le tableau suivant : il n a pas la prétention d etat)lir la concordance exacte des fails : il est certain, par exemple, que Klebs, Sturm, Sabourin appellent « adénomes du rein » des tumeurs que Grawitz lui-même ne considère pas comme appartenant toutes aux strumes aberrantes : ce tableau est simplement destiné à guider le lecteur dans le dédale des appellations imposées aux divers néoplasmes. 11 ne comprend pas les tumeurs mixtes ou adénosarcomes que nous étudierons à la fin de ce travail.

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Nous étudierons successivement :

1" Adénomes, se subdivisant en tubulaires, papillaires et alvéolaires à cellules claires ; 2" Adénocarcinomes;

7f Epilhéliomes ordinaires et à cellules claires; Lipomes et pseudolipomes comprenant :

a) Les lipomes,

b) Les bypernépliromes ;

5" Sarcomes;

(')■' Fibromes et fibrosarcomes sous-capsulaires ; 7" Tumeurs mixtes.

En étudiant avec nous les diiïérentes variétés de tumeurs du rein, on sera convaincu, nous Tespérons, de la légitimité de ces dilTérents groupes. Une seule variété, les hypernépliromes, paraîtra peut-être faire double emploi avec certains adénomes et épithéliomes à cellules claires. Pour éviter toute confusion, nous tenons, dès le début de ce travail, à nous expliquer sur ce poinL

Il existe une variété très spéciale de néoplasmes du rein dont le caractère objectif le i)lus frappant, lorsqu'on examine une coupe microscopique préparée suivant la technique usuelle, est d'être fonuéc par de grandes cellules à protoplasma clair.

Cette forme de tumeur peut présenter l'évolution bénigne des adénomes ou revêtir les allures d'un épithéliome malin ; nous distinguons ces deux variétés sous les noms d'adénomes et d'épitliéliomes à cellides claires.

Les auteurs allemands, h la suite de Grawitz et de ses élèves, décrivent sous le nom do pseudolipome's, strumes surrénales, hypernépliromes, des tumeurs qui se développent aux dépens de débris aberrants des capsules surrénales. La structure de ces tumeurs est analogue ou identique à celle de nos néoplasmes à cellules claires et, comme celles-ci, elles peuvent avoir une évolution bénigne ou maligne. Nous sommes convaincus de ce fait que la même tumeur, exanunée par des liistologisles dilTérents, sera rangée par les uns dans les épithéliomas à cellules claires, par les autres, dans les hypernéphromes.

Nous aurions pu simplinor notro tâche, en confondant dans nos descriptions ces deux variétés de tumeurs. Nous n'avons pas cru devoir le faire : d'un coté, nous ne pouvions étiqueter hypernéphronies nos néoplasmes h cellules claires parce que nous ne sommes pas convaincus de lorio-ine surrénale de toutes ces tumeurs et que, d'après nous, un certain nombre d'entre elles dérive des éléments du rein, sans qu'on puisse faire, pour le moment, le départ entre celles (pii naissent des éléments du rein et celles qui sont d'origine surrénale. D'un autre côté, il nous a paru indisi)ensable de consacrer un chapitre spécial aux hypernéphromes pour mieux décrire ce que les auteurs allemands nous ont appris à leur sujet et nous permettre un exposé pathogénique plus clair.

Tout est confusion dans l'étude histologique et pathogénique des néoplasmes du rein et nous ne pouvons pas, dans un but de simplification, violenter les faits pour les faire entrer dans un cadre d'idées préconçues.

Statistique des formes anatomiques. — Pour les raisons déjà indiquées, nous estimons qu'une pareille statistique est tellement entachée d'erreurs qu'elle ne peut avoir la prétention même d'approcher la vérité. Ce n'est donc qu'à titre de pure curiosité que nous donnons les chiffres suivants :

Sur oOfi cas de tout âge, Kelynack trouve : 115 sarcomes, 22 myosarcomes, 142 carcinomes, 15 fibromes ou lipomes ou tumeurs mixtes, 12 adénomes.

Notre statistique, qui comprend 588 néoplasmes du rein, publiés de 1890 à janvier 1002, nous donne, pour les 529 tumeurs dont l'examen liistologique a été pratiqué :

Adullos.

Enfants

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