‹ Les tumeurs du reinChapitre 20 sur 161 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ÉTIOLOGIE

Les ohsoi'valions quo nous avons rccueillios sont au nonil)i'0 de 585. Nous rappelons t(ue leur publication est toujours postérieure à 1<S1)0, notre statistique ne porte donc que sur les onze dernières années.

I" Fréquence. — Il est nécessaire de ne pas confondre les tumeurs primitives et secondaires; ces dernières nous intéressent peu ; elles constituent des métastases de tumeurs d'autre origine (pii ne se rattachent à celles que nous étudions ni |)ar leur structure, ni parleurs symptômes, ni par leur thérapeuti- ({ue; nous les avons donc complètement mises de côté dans notre statistique. Nous nous contenterons d'indiquer les cliilfres signalés par Mùller dans sa thèse :

Sur 5*21 cas de carcinome de divers organes, il trouve des métastases rénales dans 5,7 pour 100 des cas, tandis que sur iO"2 cas de sarcomes, les noyaux secondaires développés dans le i-ein sont notés 14, (S l'ois sur 100; la généralisation rénale sei-ait donc plus rré([uente dans le sarcome que dans le carcinome.

Les chiiïres de Kelynack ne sont pas notablement difféi-enls. 11 a collalionné 195 cas de tumeurs malignes, dont 126 carcinomes et ()9 sarcomes. Sur ces 126 carcinomes, 10 seulemeul se sont accompagnés de dépôts secondaires dans les reins, soit environ (S pour 100; 2 fois les métastases étaient bilatérales, 4 fois à droite, une fois seulemenl à gauche (2 cas douteux et I cas de cancer secondaire par extension directe). Tous les cas concernaient des adultes dont l'Age moyen était de 48 ans; en ce (pii concerne le sexe, il y avait 6 hommes et i femmes. Il s'agissait dans 4 cas d'une tumeur primitive de l'estomac, dans

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"2 cas du pharynx, dans 2 ras de l'œsopliago, dans 1 cas de l'utérus et du poumon.

Les ()9 cas de sarcome ont présenté 10 cas de noyaux rénaux, soit 14 fois pour 100 : 8 fois par généralisation, 2 fois par extension directe; le rein droit était atteint 0 fois et le rein 2-auche o ibis ; il v avait G hommes et 4 femmes, tous adultes b fois il s'agissait d'une tumeur primitive du médiastin, et 5 fois d'une adénopathie abdominale, rétropéritonéale ou pelvienne

Les tumeurs primitives du rein sont relativement peu fréquentes. Reiche, sur 11950 malades moj-ts de cancer, trouve seulement (SO néoplasmes du rein ce qui donne une proportion d'environ 0,7 pour 100. C'est la statistique la plus récente que nous connaissions; Virchow donne 0,5 pour 100. Kelynack, sur 1400 malades examinés à la Royal Inlirmery de Manchester trouve 6 cancers primitifs du rein, soit une proportion de 0,4 pour 100. Muller, sur 521 cas de carcinome, trouve 5 cas de cancer du rein, soit 0,5 pour 100. De tous ces chiffres, il faut conclure que l'épithélioma secondaire est relativement plus fréquent ([ue l'épithélioma primitif.

Ciiez l'enfant, le cancer du rein paraît assurément moins fréquent qu'il ne l'est chez l'adulte. Nous n'avons relevé, en effet, dans les onze dernières années que 175 observations contre 412 chez l'adulte. 11 est même vraisemblable qu'en raison de leur rareté les cas de l'enfant ont été signalés avec plus d'attention que ceux de l'adulte, et que, en conséquence, l'écart doit être en réalité [)lus marqué. Hirschprung, sur 29 cas de cancer de l'enfant, trouve 15 cancers du rein, })lus de la moitié; délia Chiesa, sur MO cas de tumeurs malignes chez l'enfanl, note 00 néoplasmes primitifs du rein.

2" Age. — Les statistiques montrent bien un double maxi muni de fréquence : on rencontre, en effet, les tumeurs du rein, soit dans les quatre premières années de la vie, soit de 45 à 55 ans. Les ilges les plus atteints sont exactement séparés par un intervalle d'un demi-siècle d'après notre statistique puis(jue le maximum absolu se rencontre à 2 ans cbez l'enfant, à 52 ans chez l'adulte. On peut même noter ce résultat curieux que l'enfant de 2 ans est beaucoup [)lus atteint que l'adulte de 52, puiscpie nous trouvons 50 observations dans le premier cas

ol 14 seiilemenl dans le second. Ce fait est dû simplement à ce que le cancer est beaucouj) plus groupé dans le jeune âge que dans les é})oques avancées de la vie.

Il est donc nécessaire que les statistiques envisagent séparément adultes et entants. On éprouve ici une |)remière difficulté de classification. Dans les lio])itaux, on compte d'ordinaire jusqu'à l'âge de 15 ans les malades comme étant des enfants; peut-être serait-il préférable, comme le propose Puig, de reporter la limite à 20 ans ; ])ien des tumeurs notées après 15 ans ont en effet débuté avant cet âge ; et, d'autre part, l'analomie pathologique nous a démontré que l'on rencontre le type infantile jusqu'à 20 ans et même au delà. Nous nous conformerons cependant à la règle habituelle. Au reste, il s'agit là d'un point de détail dont l'importance est minime en raison du petit nombre de tumeurs signalées entre 15 et 25 ans.

Voici d'abord les résultats de notre statistique en ce qui concerne les adultes :

ans 8

ans •>

ans 15

ans 15

ans 5

■il

Grou})ant les chiffres par décades, nous arrivons aux résultats suivants :

10 à 25 ans 51 = 7 pour 100

20 à 55 ans 55 = 9 pour 100

50 à 45 ans 88 = 25 pour 100

46 à 55 ans 150 = 54 pour 100

56 à 65 ans 85 = 22 pour 100

6() à 75 ans 12 — 5 pour 100

Le maximum de fréquence est donc très nettement prononcé de 4() à 55 ans avec 150 cas sur 581 dans lesquels l'âge exact a été donné.

ÉTIOLOGIIÎ.

Kclynack, pour 75 observations, donne le tableau suivant qui présente un véritable intérêt comparatif parce que ses cas, en majeure partie, ne font pas double emploi avec les nôtres :

ans 0

îins 0

ou

cU 1 s Z

on s

'tu

tUlS .)

(10 uu

fi n *-i

ly

ÔO

GO

Th

Groupant ces chiffres par décades, nous obtenons les résultats suivants comparés aux nôtres :

Slat. pcrs. Slnt. Kelynack.

10 à 25 ans 7 pour 100 9.5 pour 100

20 à 55 ans !> pour 100 12.5 pour 100

50 à 45 ans 25 pour 100 25.5 pour 100

iO à 55 ans 54 pour 100 24.6 pour 100

50 à 05 ans 22 pour 100 28.8 pour 100

On voit que les chiffres de Kelynack se distinguent surtout des nôtres par ce fait que les cas sont moins groupés et se répartissent à peu près également de 56 à (35 ans. Nous ferons remarquer cependant que ses chiffres sont beaucoup moins considérables que les nôtres. On trouvera du reste dans le livre de Kelynack les statistiques de Walshe, Ebstcin, Hoberts, Rosenstein ; elles confirment en général les nôtres, tout en étant beaucoup moins importantes. Nous n'indiquerons que les chilTres suivants de Wliite et Martin, d'après Senalor :

10 à 20 ans 15 ^ 5 pour 100

20 à 50 ans 54 = M pour 100

50 à 40 ans 45 — 15 pour 100

40 à 50 ans 42 = 14 pour 100

50 à 00 ans 90 = 52 pour 100

liO à 70 ans 57 = 19 pour 100

70 à 80 ans 15 = 4 pour 100

Bien que groupés d'une manière différente ces chiffres mon-

IronL un maxiiiiuiii de 50 à 00 ans, correspondanL par coiiscquenl à celui que nous avons indiqué.

Nous pouvons donc conclure en disant que l'époque de fi'équence niaxinui est autour de la 50" année.

5" Sexe. — Chez l'adulte, il semble que le cancer du rein soit un peu plus fréquent chez riiouime que chez la femme. Guillet compte 04 hommes pour 55 femmes; la statistique de Kelynack indique une prédominance moindre pour le sexe masculin : 55 hommes pour 54 femmes. 11 en est de même de Reiche qui note 57 hommes pour 45 femmes. W'hite et Martin, d'après Senator, trouvent 199 hommes et 100 femmes. Bruno, 51 hommes et 19 femmes.

Enfin notre statistique personnelle nous donne les résultats suivants, sur 402 observations dans lesquelles le sexe est indiqué :

Hommes 2'27, Femmes 175.

Nous nous sommes demandés si le maximum se produisait au même ùge chez les hommes et chez les femmes. ^ oici nos résultats :

Hommes

Femmes

De 10 à '25 ans. . .

De K» à 25 ans. . .

De 2(t à 55 ans. . .

De 26 à 55 ans. . .

De 56 à ans. . .

De 56 à 45 ans. . .

De 46 à 55 ans. . .

De 46 à 55 ans. . .

De 56 à 65 ans. . .

De 56 à 65 ans. . .

De 66 à 72 ans. . .

De 66 à 69 ans. . .

Hommes dont Vùs^e

Femmes dont l'Age

n'est pas déterminé

n'est pas déterminé

On voit que si le maximum chez l'homme s'observe dans la décade 40-55 ans, chez la femme les tumeurs rénales s'observent aussi fréquemment dans cette décade que dans la décade précédente 5(')-45, c'est-à-dire que le cancer se développe un peu plus tôt chez elle.

4" Côté. — Nous avons déjà dit que le cancer bilatéral du rein est absolument exceptionnel chez l'adulte.

En ce qui regarde le côté atTecté, notre statistique nous donne sur un ensemble de 542 tumeurs rénales, 174 du côté droit et

ÉTIOLOGIE.

1()8 du côlé o-auclie. Rohror indique 5i cas à droite contre 29 à gauche; Kelynack 52 à droite et 54 à gauclie. En réalité, il n'y a pas de prédominance marquée pour un des deux côtés droit

ou gauche.

5" Race. — Nous manquons de documents sur rinfluence de la race, notre statistique ne portant que sur la race blanche. Cependant, nous rappellerons que Geddings et Ferréol ont décrit chacun un cas de cancer rénal chez un petit nègre. (Geddings, Trans. Am. (jijnœc. Soc, 187(S, p. iTO ; Ferréol, Soc. m éd. des hôp., hSTT).

(')" Hérédité. — Connue pour les autres variétés de cancer, rhérédité a été notée quelquefois ; il faut tenir compte assurément de rinsuffisance habituelle des observations à ce sujet. Cependant, le nombre des cas est assez faible pour que l'on ne puisse guère attribuer d'importance à ce détail. Nous trouvons, en effet, Thérédité notée 5 fois sur nos 175 tumeurs <lc l'enfant et 5 fois aussi sur nos 412 tumeurs de Tadulte, soit un pourcentage de 5 pour 100 environ dans un cas et de

I 1/2 pour 100 dans Tautre.

Walker, sur 1 45 cas chez l'enfant, note l'hérédité 8 fois.

7" Traumatisme. — Le traumatisme a-t-il quelque influence ? C'est possible. Cependant, lorsqu'on lit avec soin les observalions, on se rend compte qu'elles sont souvent sujettes à critique. Tantôt c'est un malade qui fait une chute plusieurs années avant qu'apparaisse une hématurie; tantôt c'est un enfant qui tombe et chez lequel, en l'examinant, on trouve une tumeur, etc.

II est assez vraisemblable, par contre que, en quelques cas, le [raumatisme a pu, par hémorragie ou par tout autre mécanisme, produire une augmentation ra})ide d'une tumeur antérieurement existante. Quoi qu'il en soit, nous avons noté ce facteur étiologique 2 fois seulement sur nos cas d'enfants et 7 fois chez les adultes. Walker, sur 142 observations (enfant), note 50 fois le traumatisme sous forme de chutes, coups de pied, coup de poing, sauts brusques, efTorts de vomissements.

S" Calculs. — On a noté quelquefois la coexistence des calculs avec une tumeur. Nous avons déjà étudié (p. 148) les

observalions pcrsonnolles cL les cas dos auteurs où celle particularité est notée. Il est probable, du reste, sans que Ion puisse ral'firnier, que plusieurs hypolbèses sont susceptibles d'expliquer cette coïncidence. Il est vraisemblable que : T quel- «luel'ois il y a simple basard, ce sont les cas dans lesquels on trouve par exemple une tumeur d'un côté, un calcul de l'autre; "2" dans certains cas, l'irritation provoquée par la présence d un calcul entraînerait le dévelop})ement d'une tumeur maligne; .V enfin, dans des conditions différentes, un rein cancéreux infecté peut présenter secondairement des calculs dont la nature pbospbatique trahit l'origine.

9" Arrêts de développement. — Un point qu'il serait fort intéressant de résoudre, mais sur lequel malheureusement nous manquons de documents, serait celui des arrêts de développement. Nous avons vu, en effet, que la plupart des tumeurs de l'enfant et bon nombre de celles de l'adulte doivent être rattachées à une origine embryonnaire; ce vice de développement doit être vraisemblablement associé à d'autres lésions du même genre; il faut avouer cependant que, en dehors de ce que nous dirons sur le rein polykystique, nous ne connaissons aucun fait à l'appui de cette hypothèse.

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