partie de la coque de la tumeur
tous points l'épiderme. On y voit une couche basale nette, puis des cellules polyédriques, unies par des filaments d’union, et rappelant absolument celles du^corps muqueux de Malpighi; on aperçoit ensuite un stratum gra-
Fig. 5. — Un îlot d’épithélium malpighien, perdu au milieu du stroma conjonctif de la tumeur et contenant plusieurs cellules géantes qui pénètrent au milieu des cellules épithéliales pavimenteuses.
nulosum avec infiltration d’éléidine, absolument caractéristique; plus superficiellement encore une couche cornée épaisse, dont les cellules privées de noyaux se colorent en jaune vif par le van Gieson. Dans le corps muqueux de Malpighi, on aperçoit, à droite, un petit globe corné en miniature. Cette papille dermique recouverte d’épiderme est isolée au milieu
d’un stroma conjonctif présentant tout à fait la structure cVun sarcome à myéloplaxes (v. fig. 4). Toute la coque de la tumeur est constituée par ce même stroma conjonctif, représenté figure 4, formé de cellules arrondies ou fusiformes, séparées par de fines fibrilles, bien vascularisé et renfermant en outre de nombreuses cellules multinuclées, comparables aux myéloplaxes des épulis.
Disséminés çà et là dans le tissu conjonctif à structure de sarcome à myéloplaxes, on trouve surtout vers la partie profonde de la tumeur, qui correspond à la zone centrale de nécrose, des amas d’épithélium pavimenteux de type malpighien (v. fig. 5); les cellules épithéliales, à noyaux bien colorés, sont réunies par des filaments d'union ; et on trouve çà et là des débris cornés provenant de l’évolution de ces cellules malpighiennes. Une particularité intéressante, c’est que très souvent, au milieu d’un de ces îlots d’épithélium pavimenteux, on rencontre des cellules multinucléées qui l’infiltrent et rappellent les cellules géantes que l’on trouve assez fréquemment dans les épithéliomas pavimenteux, de la langue en particulier. La masse centrale delà tumeur est formée par des tissus nécrosés, méconnaissables, ne prenant plus les colorants.
En résumé, nous trouvons dans cette tumeur une structure très particulière, pouvant se résumer ainsi : à la périphérie, tissu conjonctif jeune , présentant les caractères du sarcome à myéloplaxes ; vers le centre de la tumeur , quelques îlots d'épithélium pavimenteux de type malpiyhien et des placards de desquamation cornée ; en un pomt même y une vraie papille dermique recouverte d' épiderme ; puis , tout à fait au centre y une masse de tissus nécrosés méconnaissables.
Un ganglion axillaire, examiné sur de nombreuses coupes, ne présente aucune trace de métastase néoplasique, mais de simples lésions d’inflammation chronique.
Telles sont nos deux observations de tumeurs rares de la glande mammaire; elles ne rentrent dans aucun des cadres de classification des tumeurs de la mamelle actuellement admis par les classiques français. Voyons comment nous pouvons les interpréter.
La tumeur de la première observation rappelle absolument ces tumeurs à tissus multiples (chondromyxosarcomes) que l’on rencontre fréquemment au niveau des glandes salivaires, de la parotide en particulier. Dans notre observation, nous n’avons trouvé aucun élément glandulaire au milieu du stroma purement conjonctif et cartilagineux de la tumeur. C’est donc une tumeur mixte du type conjonctif, composée surtout de tissu conjonctif jeune, en voie de prolifération, contenant des cellules multinucléées analogues aux myéloplaxes et de quelques îlots de cartilage hyalin.
C’est là un type très rare de tumeur de la glande mammaire chez
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la femme. Il en existe cependant quelques observations où l’on a trouvé tantôt du sarcome avec nodules cartilagineux, tantôt du tissu cartilagineux et du tissu osseux mêlés (chondrosarcomes, ostéochondrosarcomes). Le tissu conjonctif présentant l’aspect du sarcome prédominait dans la plupart de ces tumeurs et le cartilage et l’os s’y trouvaient seulement disséminés; toujours on pouvait trouver les transitions entre le tissu conjonctif et le cartilage ou l’os. Voici les principales indications.
On trouve dans les vieux auteurs (Bonetus, 1700; Morgagni, 1779; Reil, 1799) des observations de tumeurs cartilagineuses et osseuses de la mamelle chez la femme; malheureusement ces faits sont inutilisables, car on sait la grande ressemblance qui peut exister à l’œil nu entre un fibrome dur et un enchondrome. La première observation authentique appartient à Astley Gooper (1836) : c’est un ostéochondrome du sein rencontré chez une femme. Virchow (IL ürzburger Verhandl ., 1850, Bd. I, p. 137) décrivit un chondroostéosarcome chez une chienne. Cet auteur fait remarquer ( Krankh . Gesclnvülste , t. I, p. 520) que les tumeurs cartilagineuses et osseuses de la glande mammaire, très rares chez la femme, s’observent relativement fréquemment chez la chienne ; plus récemment MM. Cornil et Petit (d’Alfort) en ont présenté plusieurs exemples à la Société anatomique de Paris (janvier 1905, Bulletin de la Soc. Anat.j p. 19 et suiv.). Il y a là un fait curieux signalé encore récemment par Harvey Cushing ( Ballet . of the Johns Hopkins Hospital , mars 1905, p. 179), qui rapporte deux observations de tumeurs tératoïdes de la mamelle chez la chienne (ostéo-adénomes, ostéocarcinomes).
Cruveilhier ( Traité d'Anat. Path. générale , t. III, 1856, p. 824) décrit un enchondrome du sein qui lui fut donné par Nélaton : l’examen histologique montra l’absence de tout élément glandulaire dans la tumeur. Heurtaux (de Nantes) ( Bullet . Soc. Chirurgie , Paris, t. IV, p. 1-49) rapporte aussi une observation de tumeur cartilagineuse du sein. Wagner examina un carcinome du sein combiné avec un enchondrome (Archiv fïir Heilkunde , t. II, p. 275). En 1881, Stilling ( Deutsc.h Zeitschrift fur Chir ., 1881, Bd NV) rapporte trois cas d’ostéosarcome de la glande mammaire chez la femme. Il trouva dans ces tumeurs du tissu ostéoïde ou du cartilage. Bowlby [Trans. of the Path. Soc. of London , vol. XXXIII, p. 306) décrit une pièce de sarcome du sein chez la femme remarquable par l’existence d’infiltration cartilagineuse, disséminée au milieu de la trame du sarcome. Von Hacker (Arch. f. Klin. Chir., 1882, Bd XXVII, p. 614) rapporte une observation de tumeur du sein chez la femme où l’on