‹ Les tumeurs osseuses dysgénétiques (ou ostéomes) du sinus frontalChapitre 12 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Définition

Les ostéomes du sinus frontal font partie de la catégorie de tumeurs que Masson désigne sous le nom imagé de « néoplasmes bénins ». (Nous prenons ici le mot tumeur dans le sens le plus général du terme.)

Ce sont des néoformations osseuses, en général uniques, rarement doubles, — ayant leur point de départ dans la cavité du sinus frontal, — histologiquement bénignes, mais ayant un développement excentrique lent, continu, indéfini, — ne contractant avec le squelette aucune adhérence ou une adhérence limitée à un mince pédicule, mais l’usant et le corrodant, — n'infiltrant pas les tissus voisins, ne donnant jamais de métastases et ne récidivant pratiquement pas après ablation.

Ce sont des tumeurs dysgénétiques, et non des productions osseuses hyperplasiques d’origine inflamma-

tite

toire ou irritative pures, comme le sont les hyperostoses. Selon la juste remarque de Lagrange, il y à entre elles deux toute la distance qui sépare la néoplasie du néoplasme.

Nous éliminons donc :

1° D'abord — et de toute évidence — les {tumeurs malignes, comme les ostéo-sarcomes, qui infiltrent les tissus, donnent des métastases et présentent histolociquement des monstruosités cellulaires.

2° Les ostéophytes, productions osseuses multiples, de petit volume, nées aux dépens du périoste sous l'influence d’une inflammation locale du tissu osseux.

3° Les hyperostoses diffuses, qui consistent en une hypertrophie totale des paroïs osseuses dé l'orbite, sans tumeur proprement dite ; elles correspondent à ce que Virchow appelle le « leontiasis ossea ».

4° Enfin — et surtout — les exostoses, résultat d'une surproduction locale de lamelles osseuses par le périoste, formant une masse dure soudée au squelette par une large base d'implantation. Sous l'influence d'une irritation, traumatisme, inflammation, ou syphilis, le périoste prolifère et donne naissance à des travées osseuses « comme au cours de l’ostéogénèse » ; ces lamelles de néoformation s'appliquent à la surface des lamelles périphériques normales : l’exostose est soudée à la surface de l’os ancien. (Nous verrons plus tard qu'il n’en est pas de même pour les ostéomes.) Ces hyperostoses sont le plus souvent spongieuses. L'observation IV que nous publions, en est un exemple démonstratif.

Les ostéomes des cavités accessoires du nez ne for-

LA TT it

ment qu'une variété de la grande famille des ostéomes : musCuiaires, épiphysaires, craniens, viscéraux, eic., mais ils ont une individualité propre par suite de leur genèse un peu spéciale et des caractères particuliers qu'ils tirent de leur situation. Il semble que leur siège d'élection soit le sinus frontal. Sur 253 cas d’ostéomes des sinus relevés dans la littérature, nous avons trouvé 134 ostéomes du sinus frontal : soit l'énorme proportion de 53 %. Mais peut-être avonsnous tort de ne pas attacher assez d'importance à l'opinion de Bornbaupt et de Tillmanns qui croient que l’ethmoïde est le lieu d'élection des ostéomes et qui estiment que Îa plupart des ostéomes du sinus frontal ont pris leur origine dans l’ethmoïde. Nous verrons bientôt que cette thèse se trouve souvent vérifiée. Dans ce cas-là, la proportion d’ostéomes de l'ethmoïde serait légèrement supérieure à celle des ostéomes du sinus frontal, soit aux environs’de 40 %.

Ces idées seraient en concordance avec l’origine ethmoïdale du sinus frontal ; ethmoïde et sinus frontal sont de même souche osseuse ou, si l’on veut, ostéogénétiques.

Os. 4. — Fig. 1. — Coupe de la tumeur osseuse (obs. 2) à la

limile des lissus compact et spongieux. — Microphoto, faible grossissement. — 0. c. Os compact. — c. h. Canal de Havers en travers. — €. 1. Canal de Havers coupé en long. — 0. s. Os spon-

gieux. — tr. Travées osseuses. — m. moelle.

Os. 4 — Fig. 2. — Coupe de l'os spongieux. — Microphoto,

grossissement moyen. — tr. Travée osseuse. — I. Lamelles osseuses parallèles à la surface. — c. 0. Corpuscules osseux. — m. aréoles médullaires. — r. c. Réseau conjonctivo-vasculaire. — f. c.

Faisceau collagène en voie d'ossification.

Page 1