CHAPITRE III
Pathogénie
Le mode de formation des ostéomes du sinus frontal. est une des questions les plus confuses qui soient et il serait vain pour nous de prétendre vouloir la résoudre avec nos connaissances. Mais l’on peut étudier les différentes théories émises et, en en tirant des conclusions, essayer d'approcher le plus possible le problème qui se pose.
Si nous rappelons brièvement l'historique de ce point, c'est uniquement pour mettre en évidence la longue suite de tâtonnements et de discussions qu’a provoqué le désir d’élucider la question.
La première théorie que nous rencontrons est celle de Dolbeau, en 1866. Pour lui, ces tumeurs seraient d'emblée primitivement osseuses et formées par une ossification de la membrane du sinus ; elles sont donc absolument indépendantes de l’os lui-même. Il s’ap- puie sur la présence, au niveau de la muqueuse des sinus, de granulations ossifiées sous forme de perles opalines mamelonnées, de la grosseur d’un pois, mais pouvant acquérir un volume considérable et une dureté semblable à celle de l’ivoire. Ces granulations avaient déjà été signalées par Follin et Giraldès à la
Spore
surface de la muqueuse du sinus maxillaire, et par Lenoir sur la muqueuse nasale. Cette théorie trop exclusive, ne pouvait se rapporter qu'à un petit nombre de cas.
Richet dès 1871, puis Tillmanns, rapportant des cas d’ostéomes adhérents, s'élèvent contre ces assertions. Tillmanns soutient que la tumeur dérive des os de la face et de l’ethmoïde auxquels elle est rattachée par un pédicule toujours osseux. Richet pense aussi que l’ostéome naît aux dépens de l'os.
Pour Zuckerkandi, pour Tillaux, ces tumeurs viennent des ostéophytes que l’on rencontre si souvent dans les sinusites.
Virchow, faisant ressortir que l'orbite est la région qui, dans son évolution embryonnaire, offre le plus de variations (connexions étroites entre le frontal, le sphénoïde, le maxillaire supérieur, l’ethmoïde), pense qu'il peut se faire des troubles réciproques dans leur développement, ce qui libère l’activité des cellules du diploé : d’où formation d’une énostose, qui use, dissocie et finalement rompt les lames du frontal.
Arnold, après lui, à propos de deux tumeurs fixées dans la partie du sinus où l’ethmoïde s’accole au frontal. soutient l'origine des ostéomes aux dépens de restes de cartilage embryonnaire ethmoïdal. Au cours du développement de l’ethmoïde à partir de l’ébauche ; et
cartilagineuse, une partie en resterait non ossifiée c'est de ce reste cartilagineux que sortirait la tumeur. Il en donne de nombreuses preuves : jeune âge, lieu d'implantation du pédicule, données embryologiques, etc.