‹ Les tumeurs osseuses dysgénétiques (ou ostéomes) du sinus frontalChapitre 24 sur 36 · HO UE · texte numérisé non relu

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Evolution

Le développement des ostéomes présente trois caractères essentiels : il est très lent, il est continu, il est progressif.

La lenteur de leur évolution est un fait qui n’a été contesté par personne. Un ostéome met des années à atteindre le volume qu'il a au moment de l’intervention. Mais il est impossible de préciser le moment exact de son début. Nous avons vu en ffet que la tumeur reste très longtemps silencieuse, se traduisant à peine par quelques troubles subjectifs impossibles à rapporter à leur cause. De plus, les phénomènes douloureux ressentis pendant cette première période permettent de supposer que la tumeur a déjà acquis un certain volume. Si l’on essaie de calculer le laps de temps écoulé entre le début véritable de la tumeur et le moment des premiers symptômes, en le comparant à la rapidité de l’évolution de l’ostéome adulte pour lequel on a quelques points de repère, on s'aperçoit bientôt qu'il est presque le double de celui de l’incubation apparente de la tumeur.

Essayons de nous rendre compte du temps apparent mis par la tumeur à se développer. Lagrange rapporte une statistique de 37 cas où le début apparent est mentionné : il remonte 27 fois de 1 à 5 ans ; dans 7 cas,

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il varie de 5 à 10 ans ; dans 2 cas, il est de 10 à 20 ans. Ardenne a pu observer un malade de 64 ans dont l’ostéome avait à 40 ans le volume d’un pois, à 58 ans celui d’une noisette, pour atteindre au moment de l'examen celui d’un œuf de pigeon. La malade de Stephenson, âgée de 18 ans, avait noté 3 ans auparavant l'apparition d’une saillie dure dans l’angle interne de l'orbite. Le début de la tumeur chez le malade de Salzer remonte à 4 ans avant l'intervention. Knapp fait remonter celui de son malade à 2 ans, Badal à 6 ans, Coppez à 2 ans et 2 ans et demi. L’attention de la malade de Lemaître et Aubin avait été attirée un an seulement auparavant par l’asymétrie des deux arcades sourcilières, et au moment de l’examen l’exophtalmie était considérable. En examinant nos observations, nous voyons que, sauf pour le premier malade qui n’a pas prêté attention aux premières déformations, les premiers symptômes de l’affection remontent pour le deuxième à 7 ans, pour le troisième à neuf mois seulement.

A la suite de chiffres si disparates, il est difficile d'établir une règle quelconque. D'autant que ces chiffres reposent pour la plupart sur les assertions des malades, lesquelles sont sujettes à caution. La seule conclusion qui s’impose, c’est que l’évolution apparente des ostéomes s'étend sur un laps de temps variant de

1 à 5 ans. Cela permet de supposer que leur origine réelle remonte de 2 à 10 ans, peut-être plus. Il semble de plus que les ostéomes éburnés se développent plus lentement que les spongieux : 15 ans Sporing, 20 ans Busch, 42 ans Imra.

Néanmoins, comme le fait remarquer justement Roger, quelle que soit la lenteur du développement des ostomes du sinus frontal, de telles constatations contribuent à prouver leur extension fatalement progressive. La croissance régulière et continue de l’ostéome se poursuit inexorablement, même après l’ossification complète du squelette; elle provoquerait la formation de tumeurs énormes si l’on n'intervenait pas chirurgicalement ou, à défaut, si le malade n'était pas emporté par les complications. Nous n'en voulons pour preuve que le volume monstrueux qu'atteignaient les ostéomes au temps où l’abstention opératoire était la règle. La pièce de Walton atteint la grosseur du poing; celle que signale Demarquay, en 32 ans, était devenue semblable à « une seconde tête ajoutée au crâne du sujet ».

Au cours de cette extension, l’ostéome est fatalement conduit à envahir les organes voisins : orbite, cavité cranienne, sinus voisins, fosses zygomatiques et temporales, causant les plus graves dégâts. Il peut provoquer la destruction de l’œil. Nous avons étudié cette marche au chapitre de la symptomatologie.

Toutes ces constatations conduisent à une règle thérapeutique absolue : il faut opérer le plus tôt possible, avant la période extensive, avant l'infection.

Nous mentionnerons à titre de curiosité que, dans quelques cas aussi heureux que rares, l’ostéome a pu s’éliminer spontanément. Dans le fait de Imre, la tumeur perfora les téguments et tomba d'elle-même « comme un fruit mûr ». Dans le cas de Lediar, après 6 ans de suppuration, le néoplasme s’engagea sponta-

nément dans l’orifice de la fistule et se détacha. Bel, en 1828, se trouva être l’heureux bénéficiaire d’une de ces terminaisons spontanées : son « remède secret » acquit de ce fait une grande valeur.

Les récidives sont extrêmement rares : nous ne connaissons que le cas de Fetissoff.

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