‹ Les Tumeurs Ovariennes: Dites de KrükenbergChapitre 23 sur 27 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(MM. CHarBonxEL et MonGLonp. Communiquée à la Société d'obstétrique et de gynécologie de Bordeaux, 1930.)

À la séance du 27 mai 1930, nous vous avons présenté deux énormes tumeurs bosselées mi-solides, mi-kystiques, des ovaires enlevées depuis une huitaine de jours, et que l'examen histologique pratiqué par le Professeur Sabrazès avait montré être des tumeurs mélastatiques où en tout cas des tumeurs ovariennes avec métastases épithéliales muqueuses du type digestif, très nettes.

Durant l'opération, l’estomac n'avait pas été examiné, rien dans l’histoire de la malade n'ayant attiré l'attention de ce côté.

Le péritoine et l’épiploon avaient paru sains, sans granulations, mais il y avait beaucoup d’ascite.

Au vu des renseignements histologiques confirmés par de nouveaux et nombreux examens dus à l’obligeance de MM. Sabrazès et Bonnard, nous avons d'abord interrogé rétrospectivement la malade en insistant sur son passé digestif; il n'avait décidément

rien de bien précis. Elle aurait perdu l'appétit depuis quelques

ME y

mois, aurait eu des douleurs épigastriques, mais cela Jui était bien permis avec les tumeurs ovariennes qui se développaient. Elle aurait même, dit-elle, vomi une ou deux fois du sang, mais on ne pouvait rien savoir de plus.

Dès qu'elle fut en état, après des suites opératoires simples, au treëtième jour, nous avons examiné aux rayons X son estomac avec le Docteur Nancel-Pénard. Le transit et l’évacuation étaient normaux, Cependant, l’estomac parut un peu transversal avec un antre pylorique remonté et comme attiré vers le foie.

Nous proposâmes à la malade une nouvelle laparatomie qu'elle refusa, car elle se trouvait, disait-elle, fort bien, et sortit le 2 juillet.

Or, quelques jours après son retour chez elle, vers le 12 juillet, elle commença à présenter, nous écrit son médecin, des ballonnements et surtout de l’ictère. Cet ictère augmenta progressivement.

Elle fut transportée à Agen, où ôn fit une laparotomie qui resta exploratrice, car elle montra un cancer de la tête du pancréas (10 août). Le 25 août, elle présentait du météorisme, de la fièvre, des vomissements bilieux et hématiques et se cachectisait rapi-

dement.

Les auteurs ajoutent : « Il est curieux de constater que les premiers signes de cancer de la tête du pancréas, jusque-là sans traduction clinique, ont commencé à se révéler Juste après la guérison de la première intervention... »

Il s'agissait ici de métastases avec un type original bien défini, îlots de cellules muqueuses bien délimités dans un stroma fibro-muqueux, donc facilement reconnaissables — et c'est assez rare —, tandis que, dans la plupart des cas de tumeurs dites de Krükenberg, les métastases ont pris une structure tellement spéciale que certains auteurs ont pu nier la relation de cause à eflet entre tumeur digestive et ovarienne et croire à une simple coïncidence.

Assailly 3

OBservarTion III (Inédite). :

(Due à l’obligeance de M. le Docteur LACOUTURE.)

Mme L...

de septembre 1930 pour tumeur abdominale.

42 ans, est vue par le Docteur Lacouture au mois

Le début de l'affection remonte à il y a six mois; à ce moment, la malade a constaté que son ventre augmentait progressivement de volume. En même temps apparaissaient quelques douleurs du bas-ventre avec quelques irradiations dans les deux cuisses. Ces douleurs, au début supportables et intermittentes, deviennent bientôt continues et très vives, empêchant le sommeil.

L'état général, bon il y a six mois, a été très rapidement altéré, et la malade accuse un amaigrissement de 8 kilos depuis le début de l’affection.

L'interrogatoire ne révèle aucun trouble du côté des règles, qui seraient tout au plus un peu plus abondantes que d'habitude.

Dans les antécédents, rien de pathologique à retenir.

En particulier, l’interrogatoire ne révèle aucun trouble digestif antérieur ou actuel, à part la perte progressive de l'appétit depuis le début des troubles.

A l'examen, on est d'emblée frappé par l’altération (marquée de l’état général. Cette femme a un facies émacié, un état de maigreur, un teint anémié, qui font penser à l’état décrit sous le nom de cachexie ovarienne des volumineux kystes de l'ovaire.

L'examen de l’abdomen montre l'existence d’une tumeur volumineuse occupant la fosse iliaque droite et une partie de la fosse iliaque gauche, remontant en hauteur jusqu’au voisinage de l’ombilic, de consistance très dure, de surface bosselée, de mobilité très limitée. Pas d’ascite perceptible.

Au toucher vaginal, on trouve un col en antéposition: les culs-de-sac droit et gauche sont remplis par la tumeur, et le palper abdominal combiné montre la même fixité relative que l’examen du ventre. Il n’est pas possible de reconnaître le corps utérin, qui paraît perdu dans la masse.

Le toucher rectal ne donne pas de notion spéciale.

L'examen des différents appareils ne montre rien à retenir. La tension artérielle est très faible : Mx, 10; Mn, 6; I, 1.

Opération le 20 septembre 1930.

Laparotomie médiane sous-ombilicale.

L'ouverture du péritoine pariétal est très difficile. On tombe sur des adhérences étendues de la masse au péritoine pariétal, qu'il faut réséquer largement pour arriver en cavité libre. On libère péniblement de fortes adhérences épiploïiques très vascularisées et quelques adhérences au grêle.

La tumeur apparaît de volume considérable, plus grosse qu’une tête d’adulte, de surface blanc rosé, bosselée. L'’impression est qu'il s’agit d’une tumeur ovarienne sphacélée à pédicule tordu. Il existe une tumeur plus petite, mais d’aspect analogue, sur l’ovaire opposé. On constate une ascite légère d'aspect citrin.

Le Docteur Lacouture. pratique l'hystérectomie subtotale.

Fermeture du ventre avec drainage à la Mikulicz.

L'état de la malade est très grave du fait de la complexité des manœuvres de décollement et de l’état d'anémie.

Malgré la thérapeutique : sérum, tonicardiaques, etc., elle meurt le cinquième jour au milieu de phénomènes de dilatation aiguë de l'estomac. |

Examen anatomo-pathologique (Docteur Bonnard). — Les deux tumeurs présentent les mêmes caractéristiques microscopiques. Dans un stroma conjonctif assez lâche ont progressé par infiltration diffuse des cellules arrondies ballonnées. Leur cytoplasme fongoiïde, finement réticulé, muci-carminophile, a refoulé à la périphérie un noyau en calotté atrophié; on peut donc conclure à une métastase ovarienne bilatérale d’une tumeur à cellules muqueuses : tumeur de Krükenberg.

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