‹ Les tumeurs végétantes de l'ovaireChapitre 14 sur 21 · II. — DES ASCITES SPÉCIALES · texte numérisé non relu

II. — DES ASCITES SPÉCIALES

a. Ascites sanguinolentes. — On rencontre assez fréquemment dans le liquide ascitique des globules de sang qui ne suffisent pas à le colorer ; s’ils viennent à augmenter de nombre on peut voir ce liquide prendre une teinte variant du rose tendre au rouge foncé.

Dans nos observations, nous relevons sept cas d’ascite hématique. Si on laisse le liquide au repos, il se forme au fond du vase une couche d'épaisseur variable, qui adhère aux parois et dont la teinte varie suivant la quantité des hématies.

(1) Méhu. Arch. (jèn. de mèd t. II, p. 513, 1881.

(2) Dumouthiers. Recherches sur quelques liquides jpcithol. delà cavité abdominale, p. 106. Paris, 1886.

b. Ascites gélatineuses. — Dans ce cas, l’épanchement est épais, visqueux, semblable à de la colle ou a de la gelée de poisson. Il est ordinairement jaune, ambré et parfois teinté en rose ; tenace, filant, adhérent au péritoine et aux organes du petit bassin dont il est difficile de le détacher.

Dans le liquide gélatineux, amorphe, Hontang (li a trouvé un grand nombre de cellules les unes arrondies, la plupart cylindriques et caliciformes libres ou réunies en séries, provenant de la desquamation des cavités kystiques.

Ailleurs Péan (2) écrit : « Dans un examen fait par Ranvier, et Malassez on trouvait dans la substance gélatineuse des débris de cellules, des noyaux plus ou moins altérés avec protaplasma en partie disparu. Dans un autre examen pratiqué par Corail, il y avait, au milieu de la substance gélatineuse transparente et réfringente, des cellules rondes plus petites dont le protoplasma était finement grenu : quelques cellules libres, sphériques ou ovoïdes d’une dimension colossale avec un noyau granuleux, rond ou ovoïde: quelques cellules étaient transformées en corps granuleux ».

c. Ascites chyliformes. — L’ascite chyliforme a donné lieu à un certain nombre de travaux dont les principaux sont ceux de Debove, Weiil, Gendrin, Letulle, etc... Ces auteurs ont reconnu à ces hydropisies des caractères spéciaux ; leur couleur ressemble à celle du lait ou mieux d’un mélange de café et de lait, ou bien elle est analogue au chyle ou à une émulsion d’amandes (Lancereaux). Tantôt absolument clairs, ces liquides peuvent aussi devenir troubles; au repos ils laissent déposer au fond du vase une couche contenant des globules rouges et blancs. Ce liquide est constitué par de la graisse émulsionnée se présentant sous la forme de gros globules ou de fines granulations. Lancereaux y a décelé des filaires du sang. Généralement alcaline, parfois neutre, de densité variant de 1005 à 1035 l'ascite chyleuse existe en plus ou moins grande abondance dans la cavité péritonéale.

M. Terrillon (3) a communiqué un cas d’ascite chyliforme observée chez une femme de 29 ans. Le liquide était couleur café au lait. Densité 1021. Réactions acide, 110 grammes de matières fixes pour 1000

(1) Hontang. Bulletins de la Soc . anatomique , juin 1887, p. 369.

(2) Péan. Diagnostic des tumeurs de l'abdomen, p. 418, 1880.

(3) Terrillon. Bulletins de la Soc. de Chirurgie, 18 juillet 1888.

grammes, 76 gr. de matières albuminoïdes, 3 gr. 50 de sels et 21 gr. de matières grasses. Au microscope, c’était une véritable émulsion graisseuse.

Ce liquide ne contenait ni albumine, ni globules sanguins, ni paillettes de cholestérine. Pourtant la fibrine, les globules de graisse, les cristaux de cholestérine ont été signalés par Nickerson (1). Letulle (2) qui a fait un grand nombre d’analyses, résume ainsi ces recherches :

En fait de matières grasses , de tons les liquides épanchés dans les séreuses , c'est l'épanchement chyliforme qui se rapproche le plus de la composition du pus , et après le pus c'est lui qui est le moins riche en matières albuminoïdes.

d. Ascites a éléments épithéliaux et à micro-organismes:

1° Eléments épithéliaux. — On ne sait rien encore de positif sur la nature et la valeur des éléments épithéliaux tombés dans les liquides péritonéaux ; la cellule ovarienne de Drysdale, corps albuminoïde contenant quelques particules graisseuses qui lui donnent une apparence granuleuse, serait pour son auteur caractéristique des liquides ovariens : le corpuscule deBennet ne serait pas différent de l’élément précédent.

La cellule découverte par Garrigues serait seule symptomatique des tumeurs ovariennes. En somme jusqu’ici, désaccord entre ces auteurs.

Le Dr Foulis (3), chirurgien à Edimbourg, a trouvé que le liquide ascitique tenait en suspension des masses épithéliales dont les cellules ressemblaient à celles qui revêtent les jeunes kystes de l'ovaire. Knowsley Thornton, qui revendique la priorité, a décrit deux variétés distinctes d’éléments cellulaires : cellules endothéliales d’une part, cellules proliférantes d’autre part. C’est à ces cellules atypiques que Thornton s’en rapporte pour trancher le diagnostic de tumeurmaiigne.

Les connaissances actuelles sur cette question sont encore trop peu précises pour constituer un élément infaillible de diagnostic ; elles ne sont jusqu’ici qu’un utile adjuvant et rien de plus.

(1) Nickerson. Revue de médecine, p. 617, 1885.

(2) Letulle. Rec. de rnéd. 1886, p. 960.

(3) Foulis. Du diagnostic des tumeurs malignes de l’ovaire et de la péritonite maligne. Brit. med. Journ. 2 novembre 1879.

%o Micro-organismes. — En 1887, MM. Galippe etLandouzy (1) ont trouvé et décrit dans le liquide des kystes ovariquesdes organismes inférieurs, des microcoques sphériques réunis deux à deux en amas ou en chaînettes. Pour ces auteurs, ces micro-organismes seraient les premiers instigateurs d’une prolifération des éléments ovariens.

e. Ascites bilieuses. — L’épanchement péritonéal le plus souvent citrin, rarement hépatique, exceptionnellement chyleux, peut avoir une teinte verte qui le fait ressembler à la bile. La coloration spéciale du liquide lui a valu le nom d’ascite bilieuse, mais elle n’est pas toujours symptomatique d’une maladie du foie. On a vu ces ascites se développer dans le cas de tumeurs du petit bassin. La teinte spéciale du liquide n’est pas un indice certain de la présence de la bile et le réactif de Pettenkofer reste souvent inefficace.

Page 1