IV. — PROPAGATION. ASCITE. GÉNÉRALISATION
Les tumeurs végétantes de l’ovaire manifestent leur action néfaste de plusieurs façons : 1° par la production d’une ascite, cause de déperdition des albuminoïdes, d’amaigrissement sans parler des troubles mécaniques de toutes sortes qui peuvent en résulter; 2° par la propagation des végétations de proche en proche ou la généralisation du néoplasme. Gomment les tumeurs végétantes peuvent elles produire de l’ascite ?
(1) G. POÜPINEL. LOO. CÜ. '
La pathogénie des ascites soulève un certain nombre cle problèmes dont la solution n’est qu’imparfaitement connue. Certains auteurs admettent que les tumeurs du petit bassin peuvent exercer sur la veine cave et ses branches une compression capable de provoquer l’ascite. Cette théorie n’est applicable qu’à un certain nombre de cas assez rares. Pour d’autres Ja rupture des kystes ovariques serait la cause de l’épanchement péritonéal.
L’ascite liée à la présence de kyste de l’ovaire ne se développe ordinairement que si la paroi de ceux-ci est couverte de végétations externes. C’est là un fait clinique certain invoqué par M. Quénu. D’après lui les végétations externes sont comme les internes formées de véritables tubes épithéliaux, ce sont des pseudo-glandes qui sécrètent une substance qui se répand dans la cavité abdominale. Cette substance qui est colloïde provoque au niveau du péritoine des phénomènes d’osmose qui augmentent la quantité du liquide péritonéal. Il faut signaler aussi l’ascite produite par l’irritation péritonéale Cette théorie est admise par M. le professeur Du play pour les cas ou la paroi externe du kyste est dégénérée, dépourvue d’épithélium ou recouverte de végétations. L’inflammation de la séreuse aurait les mêmes conséquences. Il y a des cas dit M. Terriilon (1) où la surface du péritoine viscéral et pariétal est rouge, tomenteuse. Dans ce cas le péritoine serait la cause principale de l’épanchement. Plusieurs théories ont été invoquées pour expliquer la production de l’ascite gélatineuse compliquant certaines tumeurs du petit bassin. Les uns veulent que le liquide soit engendré par le péritoine sous l’influence de l’irritation ou de l’inflammation chronique. D’autres prétendent que la substance colloïde n’est autre chose que le liquide ovarique tombé dans le péritoine à la suite de la rupture du kyste.
Pour d’autres enfin le pseudo-myxome du péritoine n’est autre chose qu’une sorte de métastase, la séreuse est atteinte de la même dégénérescence que l’ovaire et secondairement à lui. Quant à l’ascite hématique elle est due le plus soin eut à la rupture des vaisseaux superficiels qui rampent sur les végétations épithéliomateuses du cancer et des kystes de l’ovaire. C’est pourquoi ce signe a toujours été considéré par les médecins et les chirurgiens comme un signe de malignité.
(1) Terrillon. Bulletin Soc. Chirurgie , 1885, p. 751.
Nous ne dirons qu’un mot de la pathogénie des ascites chyliformes. Ou bien le liquide est du chyle épanché par rupture des vaisseaux chylifères; ou -bien du pus modifié et lentement transformé par liquéfaction des leucocytes en une émulsion grasse (Letulle). Ou bien enfin les graisses que contient le liquide viennent de la dégénération des cellules endothéliales de la séreuse ou de celles d’une tumeur abdominale.
Pour M. Lancereaux cette variété d’ascite serait due à la présence de la filaire du sang dans l’organisme.
Parallèlement à l’ascite les tumeurs végétantes de l’ovaire manifestent leur présence par la propagation aux organes du voisinage ou la généralisation à distance.
Cliniquement on constate que d’une façon générale les tumeurs secondaires adénoïdes siègent au voisinage des tumeurs primitives; leur malignité est toute locale.
Les tumeurs secondaires carcinoïdes et colloïdes s’étendent au contraire au loin jusqu’au poumon, la plèvre, ou le sein; elles sont plus profondément enracinées, plus volumineuses, ce sont de véritables cancers.
On peut se demander si les végétations externes exposent plus à la généralisation que les internes. Cohn formule les conclusions suivantes à ce sujet : « Au début et en somme tant que les papilles n’existent que sur la paroi interne les tumeurs sont anatomiquement bénignes et aussitôt qu’elles se montrent sur la paroi externe du kyste le péritoine court le danger d’infection ».
En résumé, dit Poupinel, qui a très bien étudié la généralisation des tumeurs épithéliales de l’ovaire, bien que l’on puisse voir survenir la généralisation de l’épithélioma dans le cas de kyste prolifère ordinaire, celle-ci est incomparablement plus fréquente lorsque dans la tumeur s’observent des productions adénoïdes, carcinomateuses ou colloïdes. La présence de ces productions dans une tumeur ovarique ne signifie qu’une chose, c’est que cet épithélioma est en pleine activité de développement et de ce fait porté à la généralisation. Comment se fait la généralisation ? La rupture des kystes dont nous avons parlé est la première étape dans cette voie fatale. Les végétations libres dans le péritoine déposent d’abord leur semence au voisinage, ce qui explique les cas nombreux où le péritoine pelvien est complètement tapissé de végétations; puis ces néoformations se
propagent au péritoine, à l’épiploon qu’elles infiltrent complètement, au diaphragme, à l’intestin, aux reins, à l’estomac, à la plèvre, aux poumons et jusqu’au sein. Des observations que nous rapporterons tout au long rendront mieux qu’une courte description les différentes étapes de ce drame lugubre.
Les végétations internes font irruption et commencent à se généraliser.
Obs. 4. — Wolkmann’s sammlung klinische Vortrage, n° 109. Inth.
Poupinel, p. 57.
F., 40 ans. Papillomes des deux ovaires. 1 litre de liquide ascitique sanguinolent. Tumeur gauche, réniforme, du volume d’une tête d’enfant, à plusieurs loges dont quelques-unes rompues présentent des végétations en choufleur, saillantes dans la cavité péritonéale. Deux masses papillomateuses secondaires du volume d’une châtaigne et d’un pois dans l’épiploon. On énuclée ces noyaux secondaires et l’on enlève facilement les deux tumeurs ovariques. Guérison. L’opérée est perdue de vue ensuite. Hégar met hors de doute le développement ultérieur des noyaux papillomateux dans le péritoine et dans l’épiploon qu’il regrette de ne pas avoir réséqué.
KYSTES A VÉGÉTATIONS INTERNES ET EXTERNES AVEC GÉNÉRALISA¬ TIONS AU PÉRITOINE PELVIEN
Obs. 5. — Terrier. In th. Poupinel, p. 74. Tumeur kystique formée par les deux ovaires. — Opération le 7 janvier 1876. — Femme de 28 ans. — Début depuis deux ans. — Mort par péritonite suppurèe. — Examen anatomo-pathologique , par M. Malassez. Archiv. de physiologie , 1880, p. 886.
Il y avait un kyste multiloculaire sur chaque ovaire et les deux kystes étaient réunis sur la ligne médiane. On trouvait des végétations à la face interne dès loges et quelques-unes à la surface péritonéale du kyste. Les tumeurs secondaires siégeaient au niveau du péritoine pelvien sur l’utérus, les autres à la face antérieure du rectum.
Les végétations de la surface extérieure du kyste étaient constituées par un stroma partie fibreux, partie myxomateux présentant des petites cavités tubulaires et kystiques tapissées d’épithélium cylindrique dans l’intérieur desquelles s’étaient développées des végétations adénoïdes secondaires. Les végétations utérines et rectales avaient la même structure que les précédentes ; elles appartenaient toutes au type glandulaire adulte.
Obs. 6. — Goodell. Obstétrical Society of Philadelphia, 7 mai 1885.
In th. Poupinel, p. 59.
Kyste ovarique droit pesant 20 livres, inclus dans le ligament large par sa partie inférieure. Végétations papillomateuses externes et internes très abondantes. Papillomes tapissant toute l’excavation. Guérison. Malignité probable.
Obs. 7. — Von Grunewald. St-Petersburg med. Wochen., 1882,
no 30. In th. Poupinel, p. 57.
F., 28 ans. Kyste de l’ovaire gauche avec masses papillomateuses externes et internes. Production cancéreuse dans le petit bassin; nombreux ganglions cancéreux. Ovaire droit kystique. Pas de généralisation lointaine. Opération incomplète. Mort 8 jours après.
Obs. 8. — Terrier. Tumeur polykystique végétante de V ovaire. lie série d’ovariotomie. Rev. chir., 1882, t. II, p. 364.
M. C., 28 ans 1/2. 2 ponctions d’ascite abondante de 5 à 7 litres. Opération le 17 janvier 1876 après évacuation de 10 litres de liquide ascitique. Ablation d’une tumeur polykystique présentant sur quelques points des productions papillaires saignantes. Ces mêmes productions existaient sur l’utérus et le rectum au niveau du cul-de-sac recto-utérin. Ces productions ont été examinées par M. Malassez. « Elles sont formées d’un stroma fibreux, calcifié par points, entourant des cavités kystiques tapissées par un épithélium cylindrique et offrant des végétations, en un mot il s’agissait de productions analogues à celles de l’intérieur des ovaires.
Le plus souvent, les végétations internes prédominent, et la surface externe ne présente que quelques rares papilles végétantes.
Obs. 9. — Loehlein. Dégénérescence maligne d’un kyste pajoillaire.
Berlin , Klin. Woch., 1881, n° 19, p. 420. In th. Gundelach.
Mme S..., âgée de 49 ans, a été réglée à 18 ans; ses régies restèrent douloureuses jusqu’à son mariage (24 ans) ; elle eut six enfants, dont quatre vivent.
Ménopause en février 1878. En avril 1876, ses règles lurent supprimées brusquement le deuxième jour à la suite d’un refroidissement. Vomissements. Douleurs dans le côté droit de l’abdomen. A ce moment, la malade remarqua une grosseur dans la partie droite de l’abdomen. Affaiblissement progressif.
18 janvier 1879. Teint pâle, jaunâtre ; l’abdomen est irrégulièrement dis-
tendu, du volume du ventre d’une femme enceinte à terme. La tumeur principale remplit complètement la moitié droite de la cavité abdominale ; à sa surface, on peut sentir six à sept petites saillies de forme ovalaire. Sur la branche horizontale gauche du pubis, une autre tumeur fait saillie hors du petit bassin. La tumeur déplace l’utérus en avant et en haut. Les deux néoplasmes sont complètement indépendants.
Opération , 26 janvier 1879. — Un peu d’ascite. Quelques légères adhérences avec le péritoine. La tumeur gauche présente quelques papilles en choux-fleurs.
Dans plusieurs loges des deux kystes, on trouva des productions de papilles ; toutefois, il y en avait plus dans le kyste gauche où les papilles avaient perforé en un point la paroi du kyste. Dans un certain nombre de loges du kyste du côté gauche, les papilles étaient en dégénérescence calcaire. Sur la surface des papilles, on put constater en plusieurs points un épithélium cylindrique.
Il existe des kystes végétants présentanfdes végétations glandulaires et papillaires internes et des végétations papillaires externes.
Obs. 10 — Tebrier. Kyste multiloculaire végétant de Vovairc
droit. — Généralisation au péritoine pelvien. — Ovariotomie — Guérison. In th. Hadjes, p. 45.
Mme X..., de Clermond-Ferrand. Diagnostic clinique : kystes multiloculaires de l’ovaire droit avec ascite.
Ovariotomie faite le 18 mars 1888 par M. Terrier. — Liquide ascitique assez abondant, tumeur entièrement enclavée dans le ligament large d’où il fallut l’énucléer. Ovaire gauche également altéré, kystique.
Le péritoine contenait des nodules indurés qui n’ont pas été enlevés.
Examen anatomo-pathologique (fait par M. le DrPoupinel). Tumeur polykystique du volume de deux poings d’adulte pesant 270 gr., développée aux dépens de l’ovaire droit et entièrement enclavée dans le ligament large d’où il fallut l’énucléer. Cette tumeur comprend cinq ou six petites cavités du volume d’un pois ou d’un haricot, cpiatre ou cinq du volume d’une noisette à celui d’un œuf de poule, remplies toutes d’un liquide clair, transparent, légèrement visqueux. On voit une poche principale du volume d’une orange, littéralement remplie de végétations en forme de chou-fleur, de couleur gris rosé. Quelques végétations sont en dégénérescence graisseuse; d’autres ont perforé la paroi et font hernie au dehors sous forme de bourgeons en choufleur du volume d’une noix environ, de forme très irrégulière.
L’autre ovaire, également envahi parla néoplasie n’a pas été enlevé.
Le péritoine contenait dans sa cavité 6 à 8 litres environ de liquide ascitique, jaune foncé, légèrement sanguinolent.
Sur ie feuillet pariétal, juste sur la ligne médiane il existait quelques nodules indurés, lisses et blanchâtres, non végétants ; ces petits noyaux ne furent pas enlevés.
Examen histologique. — Cet examen met en évidence un épithélioma à cellules cylindriques ; les végétations sont à charpente fibreuse, myxomateuse selon les points.
KYSTE MULTILOCULAIRE A VÉGÉTATIONS PAPILLAIRES EXTERNES
Obs. 11. — Knowsley Thornton. Rupture du kyste multiloculaire. Med. Times and Gaz., t. I, p. 213.
Femme de 35 ans. Consulte en juillet 1876. Augmentation progressive du ventre depuis trois ans. Les règles n’ont pas reparu. Ascite considérable et tumeur de l’ovaire. Ponction et issue de 33 pintes de liquide citrin, contenant des cellules isolées ou réunies en groupe.
Diagnostic : rupture d'un kyste de l’ovaire. Ovariotomie. Kyste multiloculaire de 23 livres. La surface présentait de petites tumeurs papillomateuses pédiculées. Guérison.
TUMEUR POLYKYSTIQUE A VÉGÉTATIONS GLANDULAIRES ET A QUEL¬ QUES VÉGÉTATIONS PAPILLAIRES EXTERNES TRÈS RARES
Obs. 12. — Pereire et Gundelach. Kyste végétant de horaire. — Ascite. In th. Gundelach, 1887, Paris, p. 69.
L.., Eugénie, journalière, âgée de 42 ans, entre le 4 février 1887 dans le service de M. Terrier, salle Chassaignac, n° 36.
Mère morte à 72 ans. Père bien portant. Deux sœurs et un frère en bonne santé. Pas de maladie de l’enfance.
Réglée à 19 ans. Menstruation régulière jusqu’en 1886.
Mariée à 20 ans, elle a eu un enfant à 24 ans ; accouchement normal. Deuxième grossesse à 27 ans ; cinq semaines après l’accouchement plilegmatia alba dolens qui la tient alitée pendant 4 semaines.
A l’âge de 33 ans, hémiplégie droite avec aphasie ; elle fut soignée à l’Hôtel- Dieu dans le service de M. le professeur G. Sée et y resta 3 semaines. Elle en sortit guérie. Elle a conservé depuis cette époque de la céphalalgie fréquente.
Au mois d’octobre 1886 elle ressentit des pesanteurs dans le ventre et constata l’augmentation de volume de l’abdomen. En même temps vomissements 2 fois par jour pendant 8 jours et diarrhée durant 3 semaines.
Tuméfaction progressive indolore.
Depuis le mois de décembre plus de menstruation ; pas de troubles du
côté de la miction. Depuis le mois de janvier le ventre a beaucoup augmenté de volume.
Pas de douleurs abdominales. Simple pesanteur.
Anorexie, mais plus de vomissements, plus de diarrhée.
A cette époque œdème du membre inférieur gauche. Elle entre àl’Hôtel- Dieu et M. Renaut la ponctionne vers le milieu de janvier. On retire 12 litres 1/2 de liquide verdâtre.
Elle entre le 4 février à l’hôpital Bichat. Nouvelle ponction le 6 ; il s’écoule 10 litres de liquide citrin.
Etal actuel (21 février). — Faciès peu coloré, amaigrissement considérable depuis 4 mois.
Les dimensions de l’abdomen sont :
Circonférence au niveau de l’ombilic, 103 centim. De l’appendice xiphoide au pubis, 38 centim. De l’ombilic à 1 E. I. D. 3i centim. à 1 E. I. G. 30 cent. De l’ombilic au pubis, 23 cent.
Le ventre est symétrique : vascularisation des parois abdominales assez
développée.
Pas d’œdème de la paroi. L’ombilic n’est pas déplissé ; vergetures.
Matité très étendue occupant l’hypogastre ; latéralement, matité dans les deux fosses iliaques, dans l’hypochondre droit et dans les deux flancs.
Sonorité commençant à 3 centimètres au-dessus de l’ombilic dans la région épigastrique et dans l’hypochondre gauche. Sensation de flot. Pas de modification des zones de matité et de sonorité par les changements de position de la malade. A droite de l’ombilic, masses dures, bosselées, senties très profondément.
Rien dans les culs-de-sac, si ce n’est dans le postérieur qui présente des bosselures saillantes. Le col utérin est dévié à gauche. Pas de sucre, pas d’albumine dans les urines. Beaucoup d’urates. Un litre d’urine en 24 heures.
Diminution de l’appétit, digestions faciles, pas de vomissements, selles régulières.
Quelques frottements pleuraux à la base du poumon gauche, en arrière, jusqu’à la moitié de sa hauteur. Rien au cœur. Pouls régulier. Pas d’œdème des jambes.
22 février 1887. Ovariotomie par M. le Dr Terrier, aidé de MM. les Drs Périer et Brun. MM. Villeneuve et Quénu assistent à l’opération. Chloroformisation par M. le Dr Berger. Un peu d’asphyxie pendant l’anesthésie. Incision médiane de l’abdomen, quelques pinces hémostatiques doivent être placées. Le péritoine est largement ouvert.
Ascite, liquide citrin. La main introduite dans l’abdomen fait sortir un kyste végétant en grappe de Vovaire droit. Le kyste est fixé par un pédicule peu large, facile à saisir avec deux pinces courbes ; on le sectionne au ras du kyste, et on le lie avec trois fils de soie phéniquée disposés en
chaîne. L’appendice iléo-cæcal est adhérent à la masse kystique. Il est lié entre deux pinces courbes avec un lil de soie, puis sectionné. On peut alors enlever la tumeur.
L’ovaire gauche est aussi kystique, mais le kyste est de moindre valeur. Il est enclavé, adhérent dans le petit bassin. Les adhérences sont détruites avec la main, et le pédicule du kyste est aussi sectionné après une ligature en chaîne, avec deux fils de soie. Toilette du péritoine et des intestins refoulés à gauche. L’utérus est atteint de fibromes peu volumineux. L’épiploon que l’on étale au-devant des intestins est rougeâtre et présente des végétations à sa surface. Suture de la paroi abdominale avec sept fils d’argent profondément placés, et un crin de Florence superficiel. L’appendice iléo-cæcal est compris dans la troisième suture profonde de la paroi abdominale.
La tumeur ovarienne droite pesait 1165 gr., la gauche 170 gr. Liquide 8 litres 1/2.
La tumeur ovarienne droite est formée par deux grosses poches kystiques reliees à la masse centrale de la tumeur par la trompe qui forme sur elle une sorte de pont.
La face inférieure des poches est lisse et grise par places, tapissée de fausses membranes d’aspect caséeux, se détachant facilement. La masse centrale solide présente à la coupe l’apparence sarcomateuse. Des noyaux saillants les uns solides, les autres liquides, sont disposés comme en couronne autour des loges principales.
Quelques-uns de ces noyaux atteignent et même dépassent le volume d’un pois ; en quelques points même se voient des mamelons de la grosseur d’une noisette, lobulés et pédiculés. Çà et là on voit de petits kystes de la grosseur d’une lentille.
22 février. Soir, 3 vomissements, une piqûre de morphine.
Le 23. La malade a passé une bonne nuit. Urine 750 gr. Le matin deux vomissements verts, une piqûre de morphine.
Matin, T. 38°, 6. P. 92. R. 24. Le soir un vomissement vert. T. 39°. P. 104. R. 24.
Le 24. Urine, 700 gr. Eau chloroformée, champagne, piqûre morphine le soir.
Matin ; T. 38°, 4. P. 102. R. 22. Soir, T. 38°, 6. P. 104. R. 24.
Le 25. Urine, 500 gr. Gaz par l’anus. Matin : T. 38°, 2. P. 98. R. 22. Soir : T. 38°, 6. P. 98. R. 22.
Le 26. Urine 600 gr. Le matin lait, eau de Vichy.
Matin, T. 38°. P. 98. R. 22.
Le 28. Urine seule. On fait le pansement le matin et on enlève 3 fils d’argent. La température oscille les jours suivants entre 37° et 37°, 8.
2 mars. On fait le pansement le matin et on enlève 4 points de suture profonds et un superficiel.
Les jours suivants la température ne dépasse pas 37°.
La malade commence à se lever le 14 mars et peut être considérée comme guérie.
Nous avons fait l’examen histologique du kyste et des liquides kystique et ascitique avec l’aide de notre maître et ami le Dr Gilbert.
Examen histologique du kyste. — Il a porté sur trois points différents de la paroi kystique ; cette paroi est formée de dehors en dedans par 3 couches :
1° Une couche épithéliale;
2° Une couche fibreuse ;
3° Une couche épithéliomateuse.
1° Couche épithéliale. — Cette couche est représentée par des cellules cubiques, disposées sur un seul rang.
2° Couche fibreuse. — Composée par un tissu conjonctif adulte parsemé de cellules rondes et fusiformes ; elle renferme un certain nombre d’artérioles et de scissures et par places montre des vaisseaux capillaires isolés ou juxtaposés, dilatés et remplis de globules sanguins.
3° Couche épithéliomateuse. — Elle forme à elle seule la presque totalité de la paroi du kyste ; elle est constituée par un stroma conjonctif dans lequel sont disséminés des tubes épithéliomateux ; le stroma est plus ou moins épais selon les points que l’on considère ; il est presque toujours formé par un tissu conjonctif riche en cellules rondes et surtout en cellules fusiformes, les vaisseaux sont peu nombreux.
Les tubes épithéliomateux affectent une grande variété de forme et possèdent un épithélium cylindrique, vivace, bien coloré par les réactifs et limitent des cavités ordinairement remplies de quelques éléments nécrobiosés. Quelques végétations isolées, arrondies et sessiles, et quelques végétations agminées sous la forme de végétations en chou-fleur émanent de la paroi kystique et font saillie dans la cavité péritonéale. Au point de vue^histologique on peut distinguer ces végétations en deux catégories ; les unes les plus petites et les moins nombreuses sont essentiellement formées de cellules rondes, ce sont des végétations inflammatoires; les autres sont constituées sur le type du tissu qui forme la paroi interne du kyste; elles sont composées d’un stroma conjonctif et de tubes épithéliomateux, ce sont des végétations néoplasiques. Au niveau des végétations la paroi fibreuse du kyste fait défaut et souvent l’épithélium de revêtement manque également.
KYSTE A VÉGÉTATIONS EXTRAKYSTIQUES ^GLAND CLAIRES RARES ET PAPILLAIRES NOMBREUSES DISPOSÉES EN CHOUX-FLEURS
Obs. 13 (Résumée). — Gars. Tumeurs kystiques de l'ovaire gauche avec nombreuses végétations d' aspect papillomateux. — Développement lent de cette tumeur. — Laparotomie. — Extirpation. — Mort Le deuxième jour de péritonite. In Journal des sciences médicales de Lille, 1887, p. 217.
Femme de 66 ans. Entre le 9 juin 1886 à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. le professeur Duret.
Début du kyste dans le liane droit à l'âge de 40 ans. Augmentatien de volume du ventre il y a quatre ans. Le kyste a été ponctionné neuf fois sans accidents.
Opération. — Le 19 juin, par M. le professeur Duret. Épaississement énorme du péritoine (4 a 5 millini.), aspect cartilagineux. Cette séreuse présente plusieurs plaques calcaires. Un découvre une tumeur volumineuse, kystique, a parois blanches, opaques, épaisses de 3 à 4millim. et comme cartilagineuses, présentant dans leur épaisseur et à leur surface de pciits kystes sereux à parois transparentes. A la partie intérieure on voit de grosses masses végétantes à surface granuleuse. Cette tumeur a le volume d’une tete d’adulte.
Mort le lendemain de péritonite.
Examen des pièces. — Si l’on replace dans sa situation primitive la tumeur enlevée lors de l’opération, on trouve un néoplasme énorme développé sur le ligament large gauche et dans l’epaisseur du ligament large droit des kystes multiples beaucoup moins volumineux et accompagnés de végétations.
Sur le côté gauche de l’utérus au voisinage de la trompe on voit trois ou quatre tumeurs ovoides du volume d’une châtaigne, ressemblant à des ganglions hypertrophies et adhérents, chacun à sa masse musculaire, par un pédicule large et court.
La partie inferieure de la tumeur principale kystique est végétante. La paroi du kyste est épaisse de 3 à 4 millim. et présente dans son épaisseur et à ses surfaces interne et externe de petits kystes séreux et des végétations papillomateuses.
A ta partie inférieure des deux tiers externes de la trompe droite, dans l’épaisseur du ligament large, on constate plusieurs kystes séreux du volume d’une mandarine; le plus externe de ces kystes présente une masse végétante formée de deux parties, l’une sessile, l outre appendue au ligament par un : pédicule ramitie long de 8 cent.
. lies végétations ont une structure qui les rapproche du type papillaire sans dégénérescence cancéreuse, ce qui explique la marche lente dit néoplasme „