RADIUM- ET RADIO-THÉRAPIE
La radium- et la radio-thérapie n’ont été utilisées, soit 1s0lément, soit en association avec la fulguration, que dans les cas de tumeurs inopérables, ou lorsque les malades s’opposaient à toute intervention sanglante. Ce sont là en pratique les indications de ces traitements, surtout en ce qui concerne la radiumthérapie.
On a proposé de soumettre systématiquement toutes les tumeurs villeuses, bénignes, dégénérées ou malignes, à une cure préalable de radiothérapie. On obtiendrait de la sorte un abrasement des franges villeuses qui faciliterait ultérieurement l’ablation chirurgicale de la tumeur. La réalité de cette action est un fait très contestable et son utilité prête en outre à discussion. En ce qui concerne les tumeurs villeuses bénignes, il est des cas en effet où on peut assister à un « décapage » de la surface de la tumeur sous l'influence de la radiothérapie, mais l’action reste très superficielle et n’est pas constante. Par ailleurs on ne voit pas bien en quoi cette réduction toute superficielle de la tumeur faciliterait l'acte opératoire. Il semble même au contraire qu'il
ne soit pas indiqué de modifier par une cure radiothérapique la vitalité de tissus qui auront peu après à faire les frais d’une cicatrisation. Cette pratique ne nous paraît donc pas devoir résister à l’épreuve, la seule indication de la radiothérapie relevant des contre-indications des autres méthodes, à savoir, pour ce qui est des formes bénignes, le cas particulier de tumeurs villeuses diffuses parsemant toute la muqueuse recto-sigmoïdienne et échappant à toute possibilité de fulguration ou d’exérèse : et dans ce cas même, son action demeure très aléatoire.
Les tumeurs villeuses dégénérées ou d’emblée malignes paraissent plus encore que les formes précédentes insensibles aux rayons de Rœnteœn, même lorsqu'on associe à ces derniers une fragmentation progressive de la tumeur par fulguration. Un certain nombre de nos malades, qui pour la plupart avaient refusé le bénéfice d’un traitement chirurgical encore possible, ont été soumis à cette thérapeutique, et dans l’ensemble l’action peut être considérée comme nulle. Chez l’un d’eux (obs. 22), une série d'’irradiations profondes est suivie, deux mois après, d’une métastase lymphatique inguinale. Chez un autre, porteur d’une tumeur limitée du volume d’un abricot (obs. 29), huit séances de radiothérapie profonde ne précèdent que de quelques semaines une généralisation terminale. Sur une tumeur prolabée à l’anus l’action est également nulle (obs. 37). Dans un autre cas (obs. 27), les premières séries de radiothérapie semblent avoir fait fondre la tumeur en abrasant les villosités, puis des applications ultérieures deviennent inefficaces. Action nulle également dans les observations 3 et 34.
Des biopsies fréquemment répétées au cours de ces traitements, ont confirmé cette inefficacité. Parfois on constate un abrasement superficiel des villosités, une certaine réaction de sclérose interstitielle ou des plages de radio-nécrose. Mais l’infiltration profonde n’en progresse pas moins, et souvent nous avons vu, au cours du traitement, le type cellulaire tendre progressivement vers les images carcinomateuses les plus anarchiques.