PREFACE IX
du peuple ; mais ce sont des personnages officiels ; par conséquent entourés d'égards, surveillés et trompés avec d'autant plus d'habileté que leur fonction mérite plus de considération, qu'on a plus à craindre ou à espérer de leur part.
En dehors des représentants officiels des Puissances, beaucoup d'autres Européens parcourent l'Orient ; mais tous voyagent dans un but déterminé de commerce, d'industrie, et leur esprit toujours tendu vers l'objectif qu'ils poursuivent, ne s'assimile qu'un infime côté de la mentalité orientale.
Voyage-t-il pour son agrément et son instruction, l'Européen touriste voit par ses propres yeux, s'il est observateur ; mais entend par les oreilles de son interprète, pense ce que son drogman veut bien faire entrer dans son esprit.
Seuls les missionnaires religieux pénètrent plus profondément dans le caractère du peuple ; mais ils y entrent avec des idées préconçues, dans un but déterminé et leur jugement est obligatoirement impressionné par leur éducation première, par l'ambiance intellectuelle dans laquelle ils vivent. Ils ne peuvent juger avec impartialité.
Telles sont les raisons pour lesquelles on connaît en Europe fort mal les Orientaux, pour lesquelles, en diplomatie comme en affaires commerciales, les hommes les plus éminents commettent journellement des erreurs inexpliquables pour le public, souvent pour eux-mêmes.