‹ Les Turcs, ce que fut leur empireChapitre 4 sur 31 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

En Orient, de par l'organisation politique, deux éléments sont en présence : le musulman, et celui qui ne reconnaît pas Mahomet comme prophète. C'est sur les croyances religieuses seulement que de tout temps se sont basées les conditions sociales. La religion a toujours été dans cette partie de l'Asie le drapeau derrière lequel s'est abrité l'égoïsme des conquérants ; car, de l'Indus à la mer Méditerranée, du Caucase et du Pont-Euxin aux sables de l'Afrique, sauf chez le chrétiens et les mazdéens, l'altruisme n'a jamais existé, même de nom.

De Naram-Sin jusqu'à nos jours l'unique préoccupation de l'anaryen a constamment été de déposséder le faible, dan.'3 ses biens, dans sa vie même. Toute l'histoire des vieux peuples asiatiques gravite autour de Tesciavage, des moyens de l'étendre, d'en tirer parti, de le conserver ; et c'est la religion qui a servi de prétexte pour les princes, de mobile pour les peuples. Assour-Bani-Pal réduisait en servitude les gens « qui ne croyaient point en Assour son seigneur ». Les Persans musulmans, les Arabes et enfin et surtout les Turcs ont appliqué ces mêmes principes de domination et, depuis l'aurore de l'Histoire, l'Asie est demeurée immuable dans son amoralilé sociale et privée.

Peu à peu cependant les moeurs s'adoucissaient au contact des Grecs et des Latins. Les Arabes avaient appris le respect d'eux-mêmes, quand sont survenus les nomades des steppes.

Né dans les plaines du la Sibérie méridionale, le

PREFACE Xt

Turc très primitif, très barbare est arrivé à l'état sauvage, comme une trombe, au milieu du monde civilisé. Il suffit de jeter les yeux sur le vocabulaire du Turc primitif, de la langue Djagathaï pour se rendre compte du degré d'infériorité intellectuelle dans lequel vivaient ces tribus alors qu'elles habitaient encore les pays voisins de TAltaï ; il suffit de passer le Qara Sou, au nord d'Asterâbâd et d'entrer dans un aoul turkoraan pour se trouver transporté aux origines de l'humanité. Le parler rauque, guttural des kibitkas est pauvre, rude comme les esprits de ceux qui en ont usage et que guident uniquement des appétits, qui jamais n'ont connu d'autres sentiments que la cupidité, le désir de jouissances matérielles, poussé jusqu'à l'oubli de la rancune et de la haine,de l'amourpropre, de l'honneur.

C'est précisément du Qara Sou, d'Ak Qal'a (le château blanc), de la tribu des Kadjars qu'est sortie cette dynastie qui, en un siècle, a conduit à l'abîme le plus florissant, le plus riche des Etats de l'Asie, la Perse. Les princes kadjars ont gouverné leur empire comme vivent leurs congénères de la plaine du Nord, assoiffés de jouissances égoïstes, sans égards pour le lendemain, sans souci de l'avenir.

Le Turc était dans cet état de sauvagerie quand il est descendu vers les pays riches et fertiles du plateau iranien et de l'empire des Khalifes qui, après avoir conquis en primitifs, s'étaient affinés au contact des Grecs. Ces barbares nouveaux venus marchaient vers

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