PREFACE XV
à se faire respecter. Mais les égards dont ils jouissaient en ces dernières années n'étaient pas dus à des améliorations dans les sentiments des Turcs, ils ne résultaient que de la crainte qu'inspiraient les escadres, que des besoins impérieux d'argent : les sentiments demeuraient les mêmes que par le passé, dans le cœur de ces barbares. Aussi du jour que les Allemands se déclarent les protecteurs de la Turquie, vit on l'Altaïque relever la tête, et l'entrée en guerre des Osmanlis fut le signal de l'effondrement complet de tout cet édifice de tolérance laborieusement construit par la diplomatie au cours de trois siècles d'efforts. En un seul jour, les Turcs redevinrent la horde de Djenghiz Khân. L'adoucissement des mœurs n'était qu'apparent.
Aujourd'hui l'expérience est faite et elle se montre définitive, le Turc est un être qui jamais n'acceptera les lois de la civilisation. Gouverné par un régime européen, contraint au respect d'autrui, menacé par les sévérités de justes lois, il cachera dans les replis les plus profonds de son cœur ses haines, ses colères, ses appétits brutaux ; mais jamais il ne sera dans sa conscience un être civilisé.
Bien des livres ont été écrits sur les Turcs et la Turquie ; il en est peu, il n'en est même pas qui montre avec autant de clarté l'évolution de ce peuple et les sources de cette politique qui cause tant de déceptions aux hommes d'Etat de l'Europe. Je n'en connais aucun qui fasse aussi parfaitement toucher du doigt les origines de nos erreurs diplomatiques, qui avertisse ^veç