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B. - SANDJAK D ADANA

Le Sandjak central est subdivisé en trois cazas. 1° Caza d'Adana.

2° — de Kara-issalu.

3° — de Hamidié (actuellement Eurfïé).

Rien que dans le Caza d'Adana il existait 20 à 22 villages essentiellement arméniens, tandis que dans les

(1) fylae Ciliciae des anciens.

deux autres cazas, il ne se trouvait pas de villages arméniens, ceux-ci habitaient plutôt les chefs-lieux. — En dehors de ces villages, il se trouvait des fermes ou des hameaux aux environs d'Adana, de Tarsous, Sis, Kars-bazari, Osmanié, Hamidié (Eurfié) et Ayas, formant de petites agglomérations composées de 70 à 80 arméniens.

Adana {Ville). Ce nom provient du mot phénicien Adan qui dans cette langue signifiait Saule pleureur, car ces arbres grandissent aux bords de Sarus [Sihoune) . — Ce nom se présente à nous pour la première fois dans YHistoire des dix mille de Xénophon. — 11 en est fait aussi mention du temps des guerres de Mithridate le Grand contre les Romains, environ 70 ans avant J.-C, Pompée y a casé des pirates en les soumettant à l'obligation de cultiver la terre. Adana passa, alors, au rang des possessions romaines sans être une ville de première classe ; elle est située dans la plaine très fertile de Cilicie, sur le fleuve Sihoune. La ville d'Adana qui est aussi le bras droit du Catholicosat de Cilicie, se trouve à une distance de 18 heures (en voiture) au Sud de la ville de Sis, comme la ville arménienne de Hadjine se trouve située également à 18 heures au Nord de Sis. — Le fleuve Sihoune (ancien Sarus) prend ses sources dans les chaînes montagneuses du Taurus et passe à l'Est de la ville d'Adana sous un pont historique construit en pierre. Le port d'Adana est Mersine. Ces deux villes sont reliées par un chemin de ier, long de 67 kilomètres.

Le pont d'Adana sur le Sihoune a une longueur de 400 pics (le pic = 75 centimètres) avec 22 arches, sa

largeur est de 8 pics. Ce pont historique a été construit sous l'impératrice Hélène vers l'an 300 de l'ère chrétienne, en même temps que le magnifique pont de Missis. — Àdana a pris de l'extension dans ces dernières quinze années, elle a fait d'immenses progrès au point de vue commercial et agricole et elle a acquis un renom important.

Il y avait à Adana (ville) une vingtaine d'usines à vapeur pour le nettoyage du coton, pour la fabrication de fils de coton et de laine, pour la fabrication de la glace artificielle et pour la meunerie. 11 existait également plusieurs petites fabriques d'huiles de sésame, de farine et autres.

Suivant les statistiques les plus récentes, Adana ville devait posséder en 1909 environ 80000 habitants en temps ordinaire. — Ge chiffre s'augmentait encore d'une vingtaine de mille hommes vers le printemps à cause de cette recrue de journaliers-cultivateurs qui venaient un peu de partout (Hadjine, Marache, Albistan, Sivas, Diarbékir, Erzeroum, Karpert, etc., etc.), pour le? semences et pour le coton. — Ce chiffre de 100000 environ se dénombrait en mars 1909, approximativement comme suit : 62000 Islams, 18000 arméniens, 5000 grecs, 1250 syriens, 8000 chaldéens, 500 arabes chrétiens et environ 200 sujets étrangers.

Les 40% des arméniens s'occupaient spécialement des travaux d'agriculture et de culture, 30 % exclusivement de commerce de tous genres et les 20 / o d'affaires industrielles.

Les 75 à 80 °/ 8 des affaires commerciales et agricoles étaient traitées par les arméniens, cela provoquait des jalousies et voilà pourquoi ils n'avaient pas

l'estime de la majorité de H population et qu'on ne pouvait pas les supporter.

Pendant les événements faisant l'objet de cet ouvrage, toutes les fabriques, magasins et autres objets et biens appartenant aux arméniens ont été incendiés, saccagés et emportés, non seulement de la ville, mais à une distance de 12 heures à la ronde, 70 à 80 fermes ont été consumées et anéanties avec leurs habitants.

Les pertes et dommages sont évalués à 2 1/2 millions de livres turques (58 millions de francs) ; les récoltes aussi qui étaient abondantes cette année-là (1909), ont été entièrement perdues. — Si l'on évaluait exactement le produit de vente que les arméniens auraient réalisé, on arriverait au chiffre global de 8 à 10 millions de livres (230 millions de francs) comme pertes réelles des arméniens d'Adana.

— Hay-Kugh (qui se traduit par Village arménien mot à mot) à 1 1/2 d'Adana, sur les rives de Sihoune; très riche en culture et en agriculture, possédant à peine 250 à 300 arméniens. — Deux cents environ sont massacrés, leurs immeubles et meubles sont incendiés, saccagés et tout est dévasté.

— Indfirlik, sur la chaussée qui conduit à Alep, bâti dans une site bien fertile de la plaine d'Adana, à deux heures de la ville. — Population moitié islam et moitié arménienne. Il y avait 300 à 350 de ceuxci, la plupart sont massacrés.

Cheikh- Mour ad, à 3 heures du centre, possédait 80 maisons arméniennes; l'agriculture y était très avancée. — Les pertes de ce village en hommes sont insignifiantes. Les p^tes de ce village réunies à celles

des villages voisins de Ghayerli, Guemi-Soura, Mihmandar, Tanreverdi et de douze fermes s'élèvent à 450 personnes environ.

Missis. — Ville très antique et historique, assise sur les hauteurs d'une belle colline, comme un château-fort du moyen âge, ayant à ses pieds le fleuve Djihoun (ancien Pyramus), à 5 heures d'Adana. Suivant l'histoire un concile œcuménique a eu lieu dans cette ville. Elle est célèbre par les combats entre Grecs et Romains au moment de l'occupation de la Cilicie. — Un pont grandiose en pierre qui rappelle un peu celui d'Adana, construit sous le règne de l'Impératrice Hélène, forme un trait d'union entre les deux rives du fleuve ; c'est un chef-d'œuvre de l'architecture grecque, une inscription gravée sur les pierres du pont en fait foi.

C'est le roi arménien Léon I er de la dynastie des Roupinian qui a enlevé cette ville aux Grecs. (Elle s'appelait Mopsuestia du temps des grecs).

Elle possédait environ 300 maisons dont 120 arméniennes. Les habitants s'occupent généralement des travaux de terre et un peu de commerce. — Il n'y reste plus d'arméniens ; tout a été impitoyablement fauché par le glaive. L'église et l'école arméniennes ont été mises en ruines irréparables. Les maisons ont été flambées et les biens des malheureux, pillés et mis à sac.

Entre Missis et Hamidié, se trouve un ancien château-fort sur les hauteurs des monts. C'est l'ancien Fort Léon bâti par un roi arménien Léon. — Les Turcs l'on surnommé Yelan Kalé (fort), pour faire disparaître l'ancienne dénomination. — Yelan signifie (serpent).

Abdoglou. — La perle des villages, à 4 heures d'Adana, sur le Djihoun ; très envié à cause de ses progrès agricoles et pour la fertilité de son sol. Ce village absolument arménien, de 100 familles, a été anéanti et saccagé avec une sauvagerie non pareille ; tous les hommes ont été massacrés odieusement.

Kara-Issalou se trouve situé dans la région montagneuse du Sandjak d'Adana. Il possédait 75 à 80 arméniens qui ont tous passé au fil de Fepée. Le meilleur coton du Vilayet d'Adana est exporté d'ici et apprécié à sa valeur.

Hamidié. — - Créé après la guerre de Crimée en 1856, c'était une agglomération des émigrés de Crimée, de la Roumélie, du Daghistan et du Caucase. Son territoire étant vaste et son sol très fertile, son commerce augmentait de jour en jour. — Dans les derniers 15 à 20 ans, 70 familles arméniennes y sont venues pour s'installer, originaires de Césarée, Kharpout, Marache et Hadjïne. — Les 60 p. 0/0 du commerce local avaient passé entre leurs mains ; ils ont été mis à l'index et affreusement massacrés pendant les événements d'avril 1909. — Les autorités ont changé plus tard le nom de Hamidié en celui de Djïhan.

Hamidié était appelé primitivement Yarsouvad> bâti il y a 50 ans par des Tartares Noughaï. Il y reste un seul survivant arménien, le pharmacien Nersès qui avait aussi reçu un coup de marteau à la tête et a échappé à la mort. — Après avoir démoli avec furie l'Eglise arménienne de l'endroit, on l'avait réduite en un lieu de nécessité, dans l'intention de vilipender la religion arménienne.

Plus loin, on remarque les ruines de la maison d'un

certain Gharti, originaire de Marache où 200 arméniens ont été carbonisés en essayant une résistance désespérée. (Voir page 142 du livre intitulé « Un mois en Cilicie », par M me Archagouhi Théotik).

Karatache est un petit port sur la côte du Vilayet d'Adana, il s'occupe un peu d'exportation. 11 y avait peu d'arméniens venus de Hadjine.

Dans l'avenir ce petit port au fond du golfe de Youmourtalik, jouera un rôle commercial actif.

Des massacres eurent également lieu ici même.

Ghayirli [Chadriguine des arméniens) village de 1000 âmes, à 3 heures à l'Est d'Adana, sur le Sihoun.

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