GOUVERNEMENT OTTOMAN
Dépêche du vali cPAdana à la présidence de V Assemblée Nationale.
Les troubles qui ont éclaté le 1 er avril 1325 au chef-lieu du vilayet entre les musulmans et les arméniens ont continué trois jours. Ils ont pu être apaisés grâce à la force armée disponible en ce moment après de longues difficultés supportées nuit et jour et avec l'aide du commandant. Jusqu'à hier Tordre et la tranquillité continuaient. Hier vers midi, de nouvelles détonations se firent entendre dans le quartier arménien, ce qui a semé l'émoi et le trouble parmi la population musulmane qui a commencé à courir au konak gouvernemental. La force armée fut aussitôt envoyée et le quartier d'où étaient partis les coups de feu fut cerné.
Nous avons été authentiquement informé que c'étaient quelques fédaïs (personnes décidées à se sacrifier) arméniens qui venaient d'agir.
Dans la nuit, un incendie s'est déclaré dans deux endroits de la ville. Malgré les efforts déployés pour maîtriser d'un côté le feu, l'œuvre présentait de grandes difficultés, par suite du désordre et du manque de moyens suffisants pour éteindre de suite l'incendie.
Seulement grâce à Parrivée de quelques bataillons de Nizams, venus hier matin et répartis en patrouilles, ainsi qu'aux diverses mesures militaires prises, la situation a pu être, pour le moment, apaisée.
La population, les quartiers, les établissements étrangers sont protégés. L'inquiétude à Hadjïne, ainsi que sur plusieurs points des dépendances du vilayet, continue.
L'on prévoit, pourtant, que la paix sera rétablie à Hadjïne dans quelques jours, étant donné que le bataillon de rédifs de Sis, ainsi qu'une commission chargée de donner des conseils, y ont été expédiées, il y a quelques jours* Un bataillon Nlzamié à été envoyé pour dissiper les inquiétudes de la population de Deurt Yol et de Djébéli Béréket.
Ces troupes étaient capables de rétablir Tordre à Deurt Yol, de même que des Djémiets de Hama et d'islahiéi Des ordres en conséquence ont été envoyés.
Le fait que la situation a provoqué, au début, une grande panique, que seulement un bataillon Nizamiè de 300 soldats était disponible, que les rédifs appelés sous les armes étaient indigènes, qu'ils n'étaient pas en régularité, n'ayant pas d'habits, a fait naître de grandes difficultés.
L'apaisement en 3 jours du pays dont la population de 50 à 60.000 hommes était en butte à des attaques de part et d'autre, n'est dû qu'au résultat des mesures prises, de même que dé l'ordre donné à la troupe de tirer sur les fauteurs à quelque côté qu'ils appartinssent.
Il est évident que si nous disposions de la force armée réclamée à plusieurs reprises au début des événements, l'ordre et la tranquillité auraient été rétablis plus tôt.
13 avril 1325*
Le i>ali d'Adana : Djévad.
Dépêche du sous-secrètaire d'État, Adil Bey.
Les événements d'Adana sont regrettables, pénibles, et les auteurs méritent la malédiction et le dégoût. Le premier avril, arriva d'Adana un télégramme indiquant qu'une révolution y avait éclaté et qu'on s'y livrait au pillage. Dès que le ministère reçut ce télégramme, il donna télégraphiquement les instructions nécessaires au vilayet. Ces instructions disaient : mettez en mouvement toutes lès patrouilles dont vous disposez, soldats^ gendarmes, agents de police, envoyez-les partout, donnez des conseils aux deux partis. Maintenez absolument la tranquillité. Empêchez toute perturbation de l'ordre. Nous écrivons au Ministère de la Guerre. Les troupes nécessaires les plus proches seront expédiées. Jusque-là employez tous les moyens. Evitez les rencontres. Que les diverses classes de la population ne s'attaquent pas, qu'on ri inquiète pas les étrangers (1).
En même temps le Ministère de la Guerre fût invité par écrit à envoyer sur les lieux des forces suffisantes de l'endroit le plus proche, ajoutait le sous-secrétaire d'État, parlant à la Chambre. On s'adressa également au grand vézirat. Les télégrammes et les tezkerés du ministère disaient tous de hâter l'expédition de troupes et les instructions se renouvelèrent le lendemain, le surlendemain et le jour suivant.
Entre autres, c'est le mercredi que le conseil des ministres se réunit. Je demandai à Edhem pacha qui
(1) Cette phrase en langue hamidienne se traduit par massacrer les chrétiens sans toucher aux étrangers, pour ne pas s'attirer des ennuis par l'intervention des gouvernements européens.
était au Ministère de la Guerre : « Effendin, les forces militaires locales sont-elles suffisantes? » Il répondit que non. Voyant cela je lui demandai d'où il avait l'intention d'envoyer des troupes. Il dit qu'il préparait deux bataillons du deuxième corps d'armée.
Tandis que d'après les informations du vilayet, les troubles prenaient de l'extension et avaient commencé à gagner d'autres endroits. Deux bataillons ne pouvaient donc pas suffire. Par conséquent, je demandai au Ministère de la Guerre d'envoyer d'urgence le régiment de Séléfké que réclamait le gouverneur. Il répondit qu'il allait envoyer le régiment de Séléfké, mais que dans ce cas les deux bataillons étaient inutiles.
Si, dis-je, envoyez le régiment de Séléfké, mais expédiez néanmoins les deux bataillons, même s'il est possible que des troupes soient dirigées d'autres endroits. Qu'il n'y ait pas de troubles. Que l'affaire ne se prolonge pas. De toutes parts on organisa toutes les forces disponibles et on les envoya.
Malheureusement, les navires n'ayant pas été prêts à temps l'armée subit un retard, elle arriva lorsqu'il n'était plus temps d'empêcher les troubles. Il y a un dernier télégramme du gouverneur.
Si l'Assemblée le désire, les télégrammes et les tezkèrés que nous avons écrits sont à sa disposition. Je les lirai l'un après l'autre.
Dépêche au Ministère de V Intérieur.
Les patrouilles de gendarmes, de police et de réguliers parcourent depuis hier soir les divers
points de la ville. Nonobstant, la panique n'est pas tout à fait dissipée. Il a été constaté que sur des nouvelles arrivées de l'église, les Arméniens ont fermé leurs magasins qu'ils avaient ouverts dans la matinée. En voyant cela les musulmans les ont imités. Des conseils et des recommandations nécessaires ont été données en présence du commandant et des notables musulmans. D'autre part les notables chrétiens ont été à leur tour invités à venir. On attend leur arrivée pour leur faire les mêmes recommandations nécessaires (1).
1 er avril 1325.
Le çali <£ Adana : Djévad.
Dépêche au Ministère de V Intérieur.
Les troubles qui ont continué depuis le matin ont cessé, en quelque sorte, le soir.
L'on ne manque pas de prendre des mesures pour l'apaisement. Les bataillons de rédifs du régiment sont appelés graduellement sous les armes pour assurer Tordre dans les mutessarifats dépendants. Avec l'arrivée des 150 rédifs attendus de Sis et de Tarsous, les patrouilles seront encore renforcées.
1 er avril 1325.
Le vali d'Adana : Djévad.
(1) Les dépêches officieuses et les actes d'enquête établiront la fausseté du contenu de ces dépêches officielles,
Dépêche au Ministère de V Intérieur.
Des troubles ayant éclaté à Hamidié aussi, les massacres et le pillage y ont commencé. Des ordres ont été donnés à qui de droit pour l'envoi surplace des soldats du bataillon de rédifs de Yarpouz.
Nous avons écrit de faire tout le possible pour l'apaisement de la situation, en donnant des conseils nécessaires,
Les bruits de fusillade continuent ici.
1 er avril 1325.
Le vali d'Adana : Djévad.
Le mustéchar, en réponse, a écrit au Vali d'augmenter le nombre des patrouilles, de prendre les mesures nécessaires, de mettre la population et les établissements étrangers à Vabri de toute attaque.
Dépêche au Ministère dé V Intérieur. [Urgent.)
Les troubles dans l'intérieur du vilayet ayant pris de grandes proportions il a été jugé nécessaire de maintenir les bataillons sur place. Ayant été constaté que l'effectif de la force existant ne répond pas tout à fait à la situation, le commandant a été invité d'appeler immédiatement «ous les armes les régi-
ments de rédifs de Séléfké attaché au 2 e Corps et de le renvoyer par voie de Mersine à Adana.
1 er avril 1325,
Le vali d 'Adana : Djévad.
Dépêche au Ministère de ^Intérieur. [Important et urgent.)
On annonce que des troubles ont éclaté aussi à Hamidié et à Mersine. On a communiqué aux troupes appelées de s'employer à ramener Tordre. Au cheflieu, ce matin, la surexcitation et les attaques ont commencé. Quoiqu'on s'efforce de calmer l'effervercence au moyen de forces qui augmentent peu à peu, elle n'a pas encore diminué, car la mobilisation rapide des bataillons de rédifs de la division est difficile et subit des retards. 11 serait très opportun d'envoyer d'urgence de Beyrouth un ou deux bataillons de nizams pour renforcer les troupes d'ici et de Mersine qui est le centre de réunion des étrangers et des consuls.
2 avril 1325.
Le Gouverneur d"* Adana: Djévad.
3 e Télégramme au Ministère de V Intérieur.
Le Consul d'Angleterre à Mersine' arrivé hiersoir à Adana, par le chemin de fer, a dit qu'il allait parcourir la ville, quoique le commandant la division
Tait averti que par suite de l'état de révolution dans lequel se trouve la ville, une pareille démarche est dangereuse. 11 a persisté dans son projet et est parti accompagné d'un officier et de 10 hommes. Ce matin il est revenu et prenant en plus de son escorte précédente le commandant de gendarmerie, il est parti de nouveau à l'intérieur de la ville. 11 n'est pas encore de retour. Dans plusieurs quartiers de la ville, des incendies ont éclaté et les moyens d'extinction font défaut actuellement (1). Le 2 avril 1325.
Le vali d'Adana : Djévad.
Au Ministère de V Intérieur .
Le caïmakam fait savoir que les événements de Bagtché sont considérablement aggravés, que la population est en effervescence, pousse des clameurs, et qu'il faudrait y envoyer des troupes. Comme il est impossible d'en expédier d'ici, il faudrait, s'il est possible, envoyer des renforts des cazas de Islahié et de Osmanié. Les musulmans s'attroupent. Il a été recommandé au caïmakam qu'ils n'aient qu'à se défendre ; mais comme Votre Excellence le sait, les habitants ne pouvant remplir cette mission, il est évident que de graves événements se passeront. Des troupes sont nécessaires.
Le 3 avril 1325.
Le mutessarif de Djèbel-Bèréket : Assaf Essad.
(1) Ces incendies ont été allumés avec du pétrole dont on aspergeait les maisons à l'aide de lances de pompiers.
Il se comprend que les habitants étant incapables de se défendre eux-mêmes, le mustéchar demande l'envoi de soldats. Voici un télégramme urgent et très significatif du mutessarifde Djébel-Béréket.
Dépêche au ministère de V intérieur (très urgent).
Une vive fusillade s'entend de ce côté : Comme les habitants et les soldats sont tout au plus 200 pour défendre la localité si l'attaque commence, je serai obligé avec ma famille et la population de me réfugier à Osmanié. Le sandjak est en flammes, il faut absolument envoyer trois ou quatre bataillons.
Le 3 avril 1325.
Le mutessarifde Djébel-Béréket : Assaf-Essad.
Voici encore un autre télégramme du mutessarifat de Djébel-Béréket, en date du 3 avril.
Au ministère de V intérieur (urgent).
Aujourd'hui, près de 400 arméniens des environs de Deurt-Yol, armés de fusils Martini, se sont rassemblés, se fortifient autour du village, coupent des arbres, les brûlent et construisent des barricades. Nous apprenons que les musulmans des villages environnants s'assemblent sur leurs confins. Le commissaire de police, le commandant de la gendarmerie et quelques notables ont été envoyés au village d'Odjakli
pour donner aux partis des conseils salutaires et empêcher les meurtres jusqu'à l'arrivée des troupes.
Le 3 avril 1325.
Le mutessarif : Àssaf-Essad (1).
Au ministère de l'Intérieur. Télégramme chiffré.
La population musulmane du caza de Kars> ainsi que les Tcherkess, les Tchétchens et autres tribus nomades des environs, surexcités à la nouvelle des événements qui ont surgi entre les musulmans et les arméniens d'Adana et de Hamidié, ont formé le projet d'attaquer les arméniens du caza de Kars. Les chrétiens en apprenant cette intention se sont armés, réunis, barricadés et fortifiés dans leurs quartiers, dans leurs églises. Ces préparatifs n'ont fait qu'augmenter l'effervescence de la population musulmane qui, hier, s'est assemblée dans les environs de la ville. Immédiatement les Ulémas et les notables lui ont prodigué les conseils nécessaires et ont réussi à la calmer quelque peu. En même temps vingt-cinq rédifs de la localité, appelés et armés à la hâte ont été dirigés sur Kars hier la nuit, sous le commandement de l'adjudant-major Emin-effendi. Le détachement voyant que les Arméniens ne voulaient pas sortir de leurs retranchements, que la population des environs s'attroupait de pluà en plus nombreuse sans vouloir écouter dé conseils et qu'il était impossible
(1) Ces dépêekeâ ont été reproduites par le Journal la Turquie àu *5 mai 1909,
LES TURCS ONT PÀèSÉ LA..
de disperser les adversaires, a dû aujourd'hui recourir aux armes. Des deux côtés il y a eu des blessés. On annonce aussi des incendies sur plusieurs points.
Les forces militaires disponibles viennent de nouveau d'être expédiées sur les lieux. Mais les villages et les fermes situés à quelques heures du chef-lieu du sandjak ont été cernés, incendiés, les bestiaux et les biens ont été pillés et enlevés, paraît-il. Ces faits ont causé une violente impression sur l'opinion publique. Aussi il est fort probable qu'il en résultera de regrettables événements entre les musulmans et les chrétiens d'ici. Pour empêcher l'extension des troubles, les plus grands efforts sont faits ; mais il est impossible d'y réussir complètement, n'ayant d'autres forces que quelques gendarmes et éprouvant de grandes difficultés à mobiliser les rédifs. Le vilayet sera informé de la situation. Au moins, de grâce, que l'on envoie à la hâte un bataillon ici.
Le 3 avril 1325»
Le mutessarif de Kozan : Hassan.
Dépêche au gouverneur (TÀdana.
Les instructions données à qui de droit pour rassembler des forces suffisantes et les expédier avec la plus grande rapidité ont été exécutées. Des conseils ont en outre été donnés à la population musulmane par une délégation d'Adana envoyée par le patriarche arménien. Enfin, on a recouru à tous les moyens pour attendre l'arrivée des troupes demandées au chef-lieu du vilayet. Quelques-uns des chefs les plus influents
des deux partis ont été convoqués et ont reçu les remontrances les plus pressantes du Cheikh et du patriarcat. 11 leur a été représenté que de telles attaques, de telles violations sont défendues par les lois civiles aussi bien que par le chériat, que nous devons vivre en bon accord et en paix conformément aux principes d'union, de justice et d'égalité, établis parla constitution, nous aimer les uns les autres et respecter réciproquement nos droits, qu'il faut mettre fin aux luttes immédiatement, que chacun doit vaquer à ses occupations comme auparavant et s'abstenir de tout acte capable de troubler la tranquillité. Il est donc à désirer que tous les efforts soient tentés pour empêcher les rencontres, rétablir complètement l'ordre et la sécurité.
Le 3 avril 1325.
Le mutessarif de Kozan : Hassan.
Au gouverneur d'Adana.
Dans la ville de Kars, les luttes entre la population ont commencé ; les fermes des environs du chef-lieu sont attaquées, pillées.
A Kozan même, toutes les forces ont été expédiées et on éprouve une grande difficulté dans la mobilisation des rédifs ; aussi le mutessarif de Kozan demande-t-il l'envoi d'urgence d'un bataillon. La réunion de forces et leur envoi rapide ont bien été décidés ; mais jusqu'à leur arrivée, il est nécessaire de recourir à tous les moyens possibles. Le mutessarif a été invité à appeler quelques-uns des meneurs les
plus influents et à leur faire donner des conseils par le chéikh et la délégation du patriarcat arménien, en un mot de conjurer toute rencontre et toute attaque. Vous voudrez bien aussi prendre les mesures les plus urgentes et les plus efficaces p our rétablir le plus tôt possible le calme et la tranquillité (1).
Grand-Vézirat.
Officiel. — Le Takçim-Vèkaï publiait en date du 24 mai 1909 six longs rapports signés par le gouverneur d' Adana, Moustapha Zihni, par le commandant militaire et par des officiers, réfutant énergiquement la nouvelle selon laquelle deux régiments envoyés à Adana aient participé au second événement du 12 avril. Le commandant dit que, l'armée avait fait son entrée à Adana le 12 avril, le dimanche matin et qu'elle avait campé au lieu dit Kichla Meydani. Le soir, suivant l'usage les troupes étaient alignées sur la zone militaire devant le campement, d'où on a entendu une fusillade du côté de la ville vers les 10 heures à la turque. Un peu plus tard, les balles ont sifflé à droite et à gauche des soldats et les musulmans qui s'étaient groupés dans les passes criaient que les arméniens ont recommence leur attaque. Cependant comme les soldats n'avaient pas reçu de l'autorité militaire, l'ordre de bouger, ils restèrent ainsi sous les armes en attendant des ordres (2). Le commandant connaissant le dévouement
(1) Reproduit dans La Turquie du 20 mai 1909.
(2) Si l'armée était là depuis le matin du 12, pourquoi est-elle restée immobile, pourquoi a-t-elle laissé continuer les massacres
des soldats réfute avec véhémence l'assertion ayant trait à leur participation à la fusillade et au pillage, l'examen qui se ferait au dépôt des munitions démontrerait que les soldats n'ont pas tiré, — Tout le corps militaire d'Adana prie le gouvernement de traduire au tribunal le correspondant de Y Osmanischer Lloyd à Mersine, pour avoir accusé les soldats d'avoir participé au second massacre, d'avoir pillé et brûlé les immeubles. Le gouverneur déclare aussi qu'aucune vierge n'a été souillée par des Turcs. Une seule a été déflorée par un certain Khalil qui a été traduit par devant la cour martiale (1).
Officiel — Le journal La Turquie publie que suivant une dépêche officielle, il y a 1000 massacrés à Adana, dont 250 lslams.
Par dépêche du gouverneur d'Adana du 1 er mai, il y a dans le Vilayet d'Adana, 533 blessés et 1,924 lslams morts;
1455 Arméniens morts et 383 blessés.
La population entière du Vilayet est de 350 ,000 âmes , dont 48,447 arméniens (2).
quand elle pouvait mettre le holà et couper court en faisant cesser la fusillade, en incarcérant les fauteurs des troubles? Etait-elle donc envoyée là pour la forme ?
(1 II résulte de la lecture de ces pièces que tout ce qu'on a écrit et publié au sujet de ces massacres et de leurs conséquences est fantaisiste. Quelques signatures de militaires suffisent-elles donc pour changer des faits universellement constatés et connus ?
Après des rapports pareils il ne reste plus qu'à s'incliner et croire que les femmes et les filles ont été respectées dans leur vertu, et même qu'aucun massacre n'a eu lieu et que l'histoire des massacres d'Adana et d'Alep n'est qu'un mythe.
(2) Ces chiffres et appréciations du nombre et de la nationalité des victimes sont à retenir, ce sont des données officielles. — On verra par la suite qu'ils sont tout à fait faux.
Adana, le 21 avril 1909.
Au Ministère de V Intérieur.
Depuis quatre jours la tranquillité règne dans la ville principale du Vilayet. — Aussi, les magasins fermés jusqu'à présent sont ouverts, la population et les commerçants vaquent à leurs affaires (1).
Signé : Djévad Bey.
Dépêche officielle du gouverneur dlAdana au Ministère de VIntérieur.
C'est faux que les Islams soient laissés libres. J'énumère tous les jours le nombre des détenus musulmans et non musulmans, et par là même, il faut réfuter ce chapitre. Le but des correspondants des journaux Djéridéï Charkié, Manzoumèï Efkiar et autres est de faire croire que les notables arméniens sont arrêtés et que les musulmans se promènent libres (2) ; cependant à la suite des enquêtes faites on n'a rien trouvé de probant contre les notables musulmans : peut-être que dans les enquêtes futures on trouvera quelque chose à leur reprocher. Nous avons dit aux arméniens, au clergé ainsi qu'aux délégués envoyés par le patriarcat arménien (l'abbé Arslanian
(1) Très probablement, Djévad Bey ne veut parler que de la population musulmane, car il n'y a pas d'arméniens indemnes ; leurs maisons et boutiques sont dévalisées et incendiées. Ces derniers pleurent sur leurs ruines fumantes et portent le deuil trop récent de leurs chers morts, pour pouvoir s'occuper de quoi que ce soit.
(2) La suite prouvera et établira l'inexactitude de ces assertions.
et Sarkis Souine Eff.) qu'ils pouvaient sans crainte nous indiquer ceux des notables islams qui avaient participé aux troubles, mais jusqu'à présent on ne nous a rien prouvé. Quelques-uns ont adressé des rapports anonymes à la Cour Martiale, qui a répondu qu'une enquête sérieuse aurait lieu pour dénicher les fauteurs et organisateurs de troubles. On ne peut pas accuser la Cour Martiale sans vraie accusation de la part du Procureur Impérial et sans le nom de l'accusateur, et dénoncer le gouvernement comme fautif.
Que les accusateurs mettent des noms, que des poursuites aient lieu, nous verrons alors si les accusations sont véridiques.
Pour ce qui est des témoignages forcés contre les arméniens de Tarsous, quand j'aurai une réponse à ma dépêche je vous répondrai. Les autorités ignorent si tous les arméniens de Kerek-Khan ont été massacrés, car ce dernier village dépend du vilayet d'Alep. C'est une calomnie, quand on évalue le nombre des victimes à 30.000 ce nombre n'étant qu'audessous de 10.000 (1). Malgré tous mes efforts je n'ai pas pu préciser le vrai chiffre ; mais en tous cas il faut réfuter le nombre de 30.000. C'est encore une calomnie quand on dit qu'on menace ceux qui adressent des dépêches émouvantes à Constantinople ou ailleurs (2).
(1) La dépêche du 1 er Mai n'accusait que 4,000 victimes, le nombre des musulmans morts étant comparativement supérieur à celui des chrétiens. La présente dépêche évalue les victimes à plus du double, puisqu'elle parle de 10,000 environ, sans distinguer non plus le chiffre des islams tués ou blessés. C'est déjà un aveu tacite des massacres.
(2) Après des chiffres dérisoires, le vali insinue que le nombre des victimes approchait 10.000. — Il ose prétendre qu'on n'a pas
Mes rapports suffisent pour réfuter les publications des journaux.
Le nouveau gouverneur d'Adana: Moustafa-Zihni.
Dépêche de Rifat-Pacha au Comité Arménien Tachnaktzoutioun.
Extrait du journal Stamboul du 28 mai 1909.
Rifat-Pacha, Ministre des Affaires Étrangères, a fait parvenir une communication officielle, par l'entremise du Consul ottoman de Genève, au comité arménien Tachnaktzoutioun.
Dans ce document le ministre déclare que : « Les « arméniens ne sont aucunement fautifs dans les derniers troubles, qu'il aurait été possible de prévenir les massacres, si les troupes avaient pu arriver à temps et qu'enfin on peut avoir pleine confiance dans le gouvernement actuel, qui a pris des mesures sévères pour punir les fauteurs des troubles (1).
eu recours à des témoignages foreés et qu'on n'a pas arrêté ou détourné des dépêches. — Cependant les lecteurs verront dans cet ouvrage que la présente dépêche du vali n'est qu'une calomnie.
(1) La suite a démontré comment on a puni les fauteurs principaux. — Ceux-ci, grands personnages, Vali, commandant militaire et gens notables se promènent tranquillement sans être inquiétés. Tandis que des personnes sans nom, qui n'étaient pas les principales coupables des massacres d' Adana, ont été pendues sur les places publiques. Comme première preuve de justice intègre, la cour martiale d'Adana a fait pendre six bouchers arméniens. Sur Pécriteau de condamnation il était marqué que chacun d'eux avait tué 50 musulmans.
Or, six personnes ayant pu tuer 300 islams sans recevoir aucune blessure, pourquoi les 30,000 arméniens massacrés n'ont-ils pu
Du Lloyd Ottoman du 19 mai 1909.
Le vali d'Adana mande par dépêche qu'il refuse les Arméniennes qui demandent à se convertir à l'islamisme, afin qu'on ne puisse pas supposer qu'elles ont obéi à la peur. 11 s'agit des femmes et jeunes filles arméniennes qui ont été enlevées par les pillards et qui ont été mariées par force (1) .
Une dépêche de Djébel-Béréket adressée à Adil Bey, secrétaire du Ministre de l'Intérieur, annonçait que la tranquillité était rétablie.
Or, c'était le jour même du télégramme (samedi) que le village de Hassan-Beyli était dévasté par la horde et que le sang arménien coulait à flots dans le Djébel-Béréket. (Cherchez la Vérité !)
Sis. — Une dépêche lancée le 7 avril à 8 heures, à M. Mourad, dit :
« Sis est tranquille, la populace a été écrasée. —
tuer 1,500,000 turcs, — à raison de cinquante personnes par tête ?
L'exécution de ces condamnés innocents démontre clairement la délicatesse de la justice ottomane. — Le Patriarcat arménien avait protesté énergiquement contre le jugement de la cour martiale, mais on a passé outre et la pendaison des six innocents a eu lieu à Adana même.
(1) Celles qui auraient désiré embrasser l'islamisme n'auraient pas choisi un moment aussi critique, aussi inopportun ; elles étaient libres de se convertir quand elles voudraient. Cette dépêche démontre au contraire qu'on les a islamisées par peur, par force, en les séquestrant, en les enlevant.
« J'ai donné des détails aujourd'hui même au Minis- « tère de l'Intérieur. »
Le gouverneur de Sis :
Hassan-Fehmi.
La Turquie, du 19 mai 1909.
Télégrammes officiels communiqués à la Chambre par Adil bey y sous-secrétaire d } État au ministère de l'Intérieur.
Quoique les troubles d'Adana paraissent un peu calmés cette nuit, dans divers points de la ville, de terribles incendies continuent et les localités du vilayet, outre le sandjak, sont en pleine révolution. Le ministère sait dans quel état se trouvent les gendarmes et la police du vilayet. Il est absolument impossible de déplacer un seul agent de la sûreté d'un endroit à l'autre.
Depuis quatre nuits, je me trouve avec le commandant des troupes au quartier militaire. Non seulement nous n'avons pu dormir par suite des occupations incessantes, mais nous n'avons même pas eu le temps de manger le pain sec que nous avons réussi à nous procurer difficilement. La situation est très dangereuse. Les hommes des bataillons des rédifs de Kara-Issalu et de Tarsous, appelés sous les armes pour maintenir l'ordre, sous prétexte que leurs villages étaient attaqués, se sont dispersés avec leurs armes, et les troupes de Tarsous, montant par force dans le train, sont parties également. Le
bataillon dè rédifs d'Alexandrette n'envoie pas plus de soixante hommes à Djébéli-Béréket, car là aussi la surexcitation et l'agitation ont commencé.
Les trois cents hommes du bataillon de nizamiés sont répartis depuis quatre jours, non pas en sentinelles, mais comme des bekdjis, dans les nombreux points où la surveillance est nécessaire. Si dans quelques jours, demain peut-être, ils sont exténués, il ne nous restera aucune force disponible. La situation de Mersine est également inquiétante. Depuis trois jours, les habitants, par groupes, assiègent le gouvernement en réclamant des armes. L'envoi sans retard des deux bataillons est donc maintenant devenu de la plus grande urgence et de la plus impérieuse nécessité.
Le 3 avril 1325.
Le valid'Adana: Djévad.
Au ministère de V Intérieur.
La situation devient de plus en plus mauvaise. A Baghtché, on n'est même plus sûr de la police. A Deurt-Yol, il y après de cinq mille Arméniens armés de Martinis. Ils ont entouré le village de fortifications et cernent de plus en plus les villages environnants. Le chef-lieu du sandjak est terriblement menacé. Les femmes pleurent. Le sandjak retentit de plaintes. (1)
De grâce, qu'on expédie à la hâte ne fut-ce qu'un bataillon de nizamiés et qu'on fasse partir dès cette nuit les rédifs d'Alexandrette. Le caïmakam de Bagh-
(1) Lire le récit de Deurt-Yol pour mettre à jour la fausseté de cette dépêche gouvernementale.
tché annonce qu'un grand nombre d'Arméniens de Zéitoun et de Marache brûleront le ca2a. Nous prions qu'il soit donné des ordres urgents à Alep pour prévenir ce danger.
Le 3 avril 1325.
Le mutessarif de Djèbèl-Bèrékel : Assaf.
Au ministère de V Intérieur.
Les chrétiens de Deurt-Yol sont au nombre de plus de cinq mille. Le major et ceux qui l'accompagnent, que j'ai envoyés pour leur donner des conseils, sont revenus sans avoir pu s'entretenir avec eux. Les Arméniens ont commencé une terrible fusillade contre la population. Les musulmans n'ont pour ainsi dire que des bâtons tandis que les autres sont parfaitement armés. La population est la moitié moins nombreuse que les Arméniens.
Si cette nuit ils ont le dessus et, à Dieu ne plaise, s'ils entrent au chef-lieu, il ne restera pas une âme vivante. Tout en envoyant immédiatement ici les hommes d'Alexandrette et le bataillon qui doit venir, il serait désirable d'expédier également un détachement du bataillon de Misis. Les minutes deviennent de plus en plus précieuses et les plaintes comme les lamentations s'élèvent jusqu'aux cieux. (1) Le 3 avril 1325.
Le mutessarif de Djèbèl-Bérèket : Assaf.
(1) Plus de 15.000 hommes envoyés par le fameux Assaf cernai Deurt-Yol avec armes et canons et coupaient l'eau de la ville. — Quelle contradiction avec sa dépêche !