CRIS DE DÉTRESSE
Dépêches officieuses
Latakié. — l er /i4 avril 1909.
Aux environs de Kessab les Turcs et les Turkmens ont incendié et pillé 1.500 maisons. Environ 1.000 familles sont éprouvées, la moitié est réfugiée à la Paroisse. Depuis trois jours on est affamé et presque nu. Quoique le Gouvernement ait envoyé des secours, cela est insuffisant. Nous appelons Fattention du Patriarcat (1) et vous prions de faire parvenir un secours important au plus tôt. Détails par lettre.
Père Movsès Osgueritchian (Curé).
Latakié, le 1 er Jlk avril 1909, au Patriarcat arménien.
Le nombre des éprouvés par les incendies arrive à 3.000. Les paquebots transportent incessamment les rescapés des montagnes. Ils sont extrêmement malheureux et ont besoin de votre secours et de votre pitié.
Père Movsès (Cure), (ij II s'agit du Patriarcat arménien de Constantinople.
LlBNAN, le 13/26.
Parmi les villages de Guiavour Dagh (Amanus), Bahdjé, Djébeli-Béréket, Kharni, Lapatchli, Kichnez, Entelli, Keller ont disparu complètement, en dehors, de Hassanbeyli qui a résisté deux jours aux bandes innombrables qui devenaient de plus en plus nombreuses, et qui sait s'il résiste encore? 11 ne reste plus d'Arméniens à Guiavour Dagh (1).
Krikor Gueuvdjéan.
Un rescapé de Bahdjé.
Monsieur le D v Chambers, directeur des Missionnaires américains d'Adana, a adressé la dépêche suivante à V Agence Reuter de Londres, en date de Mersine, le 1 er mai 1909.
Un massacre effroyable a commencé le l er /14 avril, il s'est ralenti le 16, mais il a continué dans les environs. La semaine suivante on s'est organisé pour porter secours à 15.000 éprouvés. On a reçu dans un hôpital improvisé plus de 300 blessés. Le massacre a recommencé furieusement le 12/25 avril, les soldats etles bac hibozouk (irréguliers) ont commencé une fusillade terrible sur l'école arménienne où s'était réfugiée une foule de 2.000 personnes. Alors l'édifice a pris feu, et quand les réfugiés essayaient de se sauver et paraissaient dehors, ils étaient fusillés ; plusieurs ont péri dans les flammes. Le feu destructeur a con-
(1) Le lendemain, jour de la fameuse dépêche du gouverneur de Djébel-Béréket, Hassanbeyli était entièrement détruit.
tinué jusqu'à mardi matin. Ont été brûlés quatre églises et les écoles attenantes, des centaines de maisons dans les quartiers les plus populeux de la ville ; à la suite de cet incendie des milliers de personnes sont restées sans gîte et dans la pire misère. Les meubles et les biens épargnés par les flammes ont été pillés.
Lundi le consul anglais, le bras bandé, a travaillé énormément à convaincre le gouvernement local à mettre enfin de l'ordre et à organiser un service pour secourir ceux qui se trouvaient près des ruines fumantes. L'établissement des missionnaires américains et leur école, l'école des sœurs jésuites, étaient également en danger, maintenant ils sont indemnes. Le feu a détruit l'église des jésuites ainsi que leur école des garçons. Plus de 20.000 personnes ont trouvé l'hospitalité dans deux grandes usines. Mercredi matin on a distribué des provisions, c'est-à-dire 45 drams (1) de riz et 35 drams de pain à cette multitude qui n'avait pas mangé depuis trois jours. Les secours du Gouvernement sont absolument insuffisants et les mesures prises pour la sauvegarde des biens et des personnes sont tout à fait dérisoires. Une partie des soldats s'occupe de butins. 11 faut plus de 250 livres sterling par jour pour pouvoir nourrir la population de la ville qui meurt de faim (2).
(1) Un dram = gr. 3.20. Soit 45 drams = 145 gr., et 35 drams = 112 gr.
(2) Cette dépêche détruit entièrement le rapport du gouverneur d'Adana, Moustapha Zihni, qui prétend que les soldats n'ont pas bougé.
Alexandrette, le 10 mai 1909, au Patriarcat arménien.
Des centaines d'innocents ont été tués, nos maisons et fermes ont été incendiées et tous nos biens et meubles pillés. Notre classe aisée est descendue au niveau des pauvres, des milliers de personnes nues et affamées, des veuves et des orphelines dans un état pitoyable déambulent dans les rues. Dieu est témoin que nous avons toujours servi le gouvernement et la patrie et que nous n'avons jamais eu d'autre objectif. Nous sommes réduits à cet état de misère pour avoir commis le péché de défendre notre vie et notre honneur. Nos campagnes et nos champs sont réduits en cendres. Quoique nous avions de larges provisions, nous sommes devenus des indigents miséreux ; personne n'a pitié de nous, on ne fait pas cas de nos pétitions. La force armée nous est hostile, fait des enquêtes sévères, elle fait prisonniers les nôtres, comme si nous étions nous mêmes les vrais auteurs de ces événements.
Pour ne pas devenir les victimes de la calomnie, nous prions qu'on envoie une commission judiciaire bien impartiale pour que les assassins, les pillards et les incendiaires soient punis.
Nous sommes entassés très nombreux dans des champs, sans nourriture et sans abri. Les moissons approchent, nous vous prions de nous envoyer le nécessaire pour dresser des tentes et des cabanes, pour pouvoir au moins sauvegarder notre vie et nos moissons.
Le gouvernement a octroyé un secours de 5.000 pias-
très (1.150 francs). Au nom de 12.000 malheureux affamés, nous vous supplions d'intervenir en notre faveur.
Abbé Sahag, Curé de Deurt-Yol, Payas et environs.
Arapguir, le 9 mai 1909, au Patriarcat arménien.
Nous avons été avisé qu'on attaquerait les villages arméniens. Nous avons eu recours au gouverneur, on a fait venir des soldats en nombre suffisant et des inspecteurs nous sont envoyés d'Eguine. La tyrannie continue par suite de l'incurie des mudirs des villages. Par ordre du mudir Hadjï Mehmed et à l'instigation du mudir de Yachar, les arméniens sont molestés et battus publiquement. Nonobstant leur tyrannie, le commissaire d'Eguine recueille par force, des signatures arméniennes en faveur de ces mudirs. Prière de chercher les moyens de faire cesser cet état de choses.
Le Vicaire Kévork.
Hadjine. — Dépêche adressée le 9 avril 1909 à M. Boyadjian, député de Kozan.
Par suite des troubles d'Adana, de Sis et de Kars et à la suite de la déclaration d'un certain Hassan d'Albistan qui du haut d'un toit criait : Eh ! lslams armez vous, le jour est arrivé pour le massacre des chrétiens, la population a été émotionnée et la ville a pris toutes les mesures possibles pour empêcher
l'entrée des malfaiteurs, ainsi que pour sa protection et défense. Trois jours avant on a massacré les chrétiens du village Roumli, on a pillé et Ton a assiégé même l'hôpital, Le même jour des chrétiens qui venaient de Kozan ont subi des assauts ; ils ont été pillés, dépouillés, une femme a été blessée au sein. La ville est assiégée de tous côtés, environ 200 hameaux des vignobles d'alentour ont été brûlés. Ce matin, des Islams ont assailli la ville, ils ont tué une ou deux personnes à coups de fusil. Il y a beaucoup de dommages et de pertes de personnes. La ville sera détruite si des secours n'arrivent pas à temps ; déjà la mortalité a augmenté par suite de maladies et de faim. Pour l'amour de la patrie, veuillez vous adresser à qui de droit pour éviter les dangers et les pertes.
Le Curé de Hadjine, Nersès.
Mersine. — Dépêche du 10/23 avril 1909 (dans le Manzoumé).
Les arméniens d'ici sont réduits à la misère et ont besoin de commisération immédiate.
Larnaca (Chypre). — Dépêche au Patriarcat armé* m'en, le 9 avril 1909.
5 à 600 arméniens d'Adana sont arrivés ici dans xxvt état de dénuement complet et affamés, ils ne savent où donner de la tête. Envoyez secours.
Adana. — Dépêche du 11 avril, au Patriarcat arménien.
De tous les côtés, massacre général, feu et pillage, la situation continue de même jusqu'à présent. On craint également un assaut sur Sis, l'émotion est terrible. Prière de faire des démarches auprès du Gouvernement pour se dépêcher de rétablir la tranquillité et de garantir la vie du peuple.
Le Catholicos de Sis, Sahag.
Adana. — Dépêche du il avril 1909, au Patriarcat arménien catholique.
Pendant trois jours consécutifs la population chrétienne a été massacrée en martyre ; pillage, incendie immense, beaucoup de pertes de personnes. Les habitants de la paroisse sont effrayés et ont faim ; le village de notre ferme du couvent a été anéanti. Notre état général est désespérant, envoyez secours immédiats. Même situation effrayante à Tarsous, Sis et dans toute la Province.
Monseigneur Terzian.
Mersine. — Dépêche du 19 avril 1909 au Patriar* cat arménien.
Les dépêches d'Adana font la description d'une misère atroce. Les moyens de secours sont insuffi-
sants. Il faut que vous arriviez télégraphiquement à l'aide des affamés.
L'Abbé Ohannès.
Adana. — Dépêche du 19 avril 1909 au Patriarcat arménien.
Le massacre a cessé dans la ville. Nous ignorons ce qui se passe dehors. Les pertes sont immenses, nous ne pouvons les préciser quant à présent. Nous implorons la protection des besogneux et des émigrés. 11 faut que les secours arrivent sans retard, sans cela la salubrité peut être en danger.
Le Vicaire,
Arsène.
Hadjine. — Dépêche du 6/19 avril 1909 au Patriarcat arménien.
Par suite des troubles et des émotions les habitants ne sortent pas de la ville. — Nous apprenons que la population musulmane des villages voisins attaqueraient la ville. — La famine menace sérieusement. Nous sommes en danger. Nous vous prions d'arriver à notre secours.
Le Curé y
Nersès.
Kozan. — Dépêche du 20 avril au Patriarcat arménien,
La Ville est à feu et à sang, elle est assiégée de tous côtés. La population s'est réfugiée au Couvent. — Si l'on ne protège pas efficacement la vie des habitants, nous serons bientôt tous morts.
Le Catholicos de Cilicie 9 Sahag.
Alep. — Dépêche du 20 avril 1909 au Llyod Ottoman de Constantinople.
La persécution contre les chrétiens prend des proportions gigantesques en Cilicie et en Syrie. — Les chrétiens ont été massacrés par les Turcs à Marache. De nombreux arméniens ont été tués et plusieurs autres blessés. La situation est très grave.
Adana. — Du 20 avril, au Patriarcat arménien catholique.
Nous et tes Sœurs d'Adana et Hadjine sommes sains et saufs. — Attendons anxieusement que vous fassiez des démarches sérieuses et pressées pour le rétablissement de la paix.
Mgr Terzian : (Evêque).
Adana. — Dépêche du 16/29 avril au Bible House de Constantinople.
M. S.Lévonian, qui était envoyé d'Aïntab, comme député au conseil annuel des arméniens protestants a été massacré par la populace armée. La populace a fait aussi un assaut sur Késsab ; la plupart des habitants ont émigré à Latakié.
A Osmanié, 15 personnes ont été brûlées dans l'église protestante. — On suppose que ce sont d'honorables pasteurs qui s'y étaient rendus pour une réunion.
Mersine. — Du 18 avril au Lloyd Ottoman.
La situation reste la même à Adana, — Tarsous a subi le même sort depuis hier. Un grand désespoir règne, malgré les assertions des autorités.
Marache. — Dépêche du 20 avril 1909, au Patriarcat arménien.
On a attaqué Dèré Keuy, village de 500 âmes dépendant de Marache. Nous nous sommes sauvés à Candia (!). Tous nos biens et récoltes ont été pillés et saccagés. Nous mourons de faim. Nous vous prions instamment de nous faire parvenir des secours.
Père Vartan Mardirossian.
àlep. — Dépêche du 19 avril, au Patriarcat arménien.
C'est l'incapacité du gouverneur et du commandant d'Adana qui est la cause de tous ces événements. Le chef du dernier mouvement est le sergent de gendarmerie Serhan-Agha, qui se mettant à la tête de toute la populace armée, fait piller et massacrer impitoyablement. Il y a 5.000 éprouvés à Lattakié qui demandent du pain. Ils réclament leurs biens et la punition sévère des fauteurs des derniers événements.
Alexandrette. — Dépèche du 20 avril 1909 au Patriarcat arménien.
Le Mutessarif de Djébel-Béréket, bien connu par ses œuvres de tyrannie, Assaf Bey, s'est joint à 30.000 individus de la pire espèce en leur distribuant des fusils et cartouches. Ils se sont élancés sur les villages et sur la petite ville à'Ayas, ils ont massacré la plupart des habitants, ils ont enlevé nos biens et le bétail, ils ont incendié nos fermes et nos maisons ; c'est à peine si nous avons pu arriver à Deurt-Yol. (1)
Aussitôt que nous y étions, la ville a été assiégée aussi, nous avons dû pour la sainteté de nos familles et notre honneur rester treize jours enfermés presque sans une goutte d'eau. Une partie de la population est morte par la soif et par l'émotion causée par les balles et les boulets de canons qui tombaient comme la pluie. Enfin, grâce aux vaillants soldats de la deuxième division de Farmée de la Constitution, la
(1) Voir la dépêche contradictoire d' Assaf, page 109.
ceinture du siège a été rompue, on nous a laissé venir notre eau qu'on avait coupée et nous avons pu respirer un peu. — Le m utessarif nous ordonne de rentrer chez nous, quand nous n'osons même pas nous aventurer pour nos affaires ; nous n'avons pas encore une garantie complète sur la vie. Si une commission d'enquête ne vient pas ici et ne donne pas au mutessarif la punition qu'il mérite, il est très probable que les événements recommenceront et que nous serons tués. — Pour l'amour de Dieu, faites le nécessaire pour rétablir l'ordre et la tranquillité. — Faites rendre le montant de nos biens gaspillés, envoyez-nous des secours pour ne pas mourir de faim. Nous sommes 12.000 malheureux hommes, femmes, et enfants qui avons besoin d'un morceau de pain et de votre charité pour ne pas mourir.
(Suivent des signatures).
N.-B. — Voyez à l'article Condamnation, pour la punition accordée à Assaf Bey (Où est la justice ? ) (1).
Aïntab. — Dépêche du 20 avril 1909, au Patriarcat arménien.
Suivant nos renseignements exacts, l'insécurité et la misère régnent dans les lieux ruinés par les événements; les nombreux enfants delà Patrie, dont les maisons ont été brûlées et les récoltes anéanties, déambulent nus et affamés. En outre, des femmes
(1) On a vu Assaf à Constantinople en Mai 1910, se promener librement et même plaider des causes pour compte de divers clients, devant les tribunaux locaux.
vertueuses et des vierges sont emprisonnées chez des personnes ayant la charge de maintenir Tordre et la tranquillité, et elles sont obligées de se convertir par force. Le pays tombe en ruine; pour l'amour de la Patrie nous désirons qu'on mette fin à cet état anormal et nuisible en tout.
Le Vicaire , L'Abbé Haroutioun.
Dépêche reçue par M. Denys Cochin, députe à Paris. [Publiée dans le Journal Officiel le Î8 mai 1909).
Toutes nos informations d'accord avec celles de la presse européenne, constatent la complicité des troupes dans les effroyables boucheries d'Adana et de la province. Le second massacre du 25 avril fut opère par les troupes mêmes envoyées de Dèdéagatch pour réprimer les désordres (1). Des scènes d'atrocités inénarrables se sont produites. Toute la Cilicie est ruinée, en proie à la famine et à la misère.
La présence des navires européens n'a pas empêché les tueries.
La vigilance de l'Europe est indispensable pour châtier les auteurs des massacres.
Partout, à Erzeroum, à Van, à Mouche les autori tés et les troupes sont arménophobes et hamidiennes.
(1) La protestation des officiers militaires d'Adana, soutenant que les troupes n'avaient pas participé aux massacres et pillages des 12, 13 et 14 avril, reste sans aucun effet. C'est un assemblage de mensonges qui ne sert qu'à ridiculiser ses signataires.
Dans ces conditions un avertissement énergique, donne par les Chambres, pourrait seul conjurer ces immenses hécatombes.
Nous vous adjurons au nom de l'humanité, de faire le nécessaire dans ce moment tragique. Le moyen le plus efficace serait d'engager la responsabilité des gouverneurs et des chefs militaires des provinces arméniennes.
Féké, — Dépêche du 7 mai 1909 au Patriarcat arménien.
Pendant l'attaque de notre village, il y a eu 14 tués dehors et 2 en dedans, tombés sous les balles ennemies. Nous sommes sains et saufs, grâce aux efforts de notre caïmakam. Les habitants de 150 maisons sont réduits à la misère. Envoyez secours.
Krikor, mouktar de Yéré Bakan.
Kozan. — Dépêche du 7 mai 1909.
Des misérables ont assassiné impitoyablement nos époux et nos bébés, ils ont violenté nos filles, ils ont enlevé notre bétail, nos objets ménagers et tous nos biens, ils ont incendié nos fermes. Nous qui restons vivants, malheureux et blessés, retirés dans des endroits sauvages, nous avons été transportés par les soins du gouvernement à notre petite ville de Sis.
Une commission d ? enquête prit note de nos déclarations, quelques-uns des assassins furent arrêtés.
Mais le juge assesseur de Kozan, qui fait partie de la commission, est un tyran ; servant sa cause il cherche, par tous les moyens, à relâcher les coupables. Il menace même les employés du gouvernement et la police qui nous aident et nous protègent ; il dit qu'il relâchera les détenus, en brisant les portes de la prison. Dans ces conditions, l'état des malheureux éprouvés va s'aggraver. On dit qu'on nous enverra à Adana pour être jugés. Pour l'amour de Dieu, nous sommes loqueteux et affamés, comment irons-nous à Adana? Pour garder nos récoltes nous n'avons que les cadavres de nos chers massacrés. Prière d'envoyer ici même une commission impartiale d'enquête pour nous faire juger sur place.
Alep, 29 avril 1909, au patriarcat arménien.
Nous avons réclamé et fait des démarches officielles pour obtenir l'envoi de trois commissions d'enquête, afin d'arrêter les fauteurs des troubles, des massacres, les instigateurs, les pillards et les incendiaires, les satyres qui ont enlevé nos filles et nos épouses, ainsi que ceux qui ont emporté notre bétail.
Ces commissions devaient s'occuper dans trois directions :
1° Beylan-lskenderoun; 2°Antioche-Kessab; 3°Marache. Ces commissions ont été envoyées mais elles ne comprennent que des musulmans, le gouverneur n'admet pas la participation des arméniens à aucun prix.
Le curé d'Alep, Chahé.
Marache. — Dépêche, 16 avril 1909 au Patriarcat arménien.
Sur la population de 13 villages incendiés (de 1.000 maisons) il y a à peine 400 rescapés qui sont à Fendedjak près de Marache. Toutes les femmes et enfants de Hassanbeyli (400 maisons) se trouvent prisonniers de la populace. La misère est affreuse, le gouvernement ne se soucie pas de venir en aide ; par contre des ordres sévères des autorités locales sont arrivés pour encaisser les taxes arriérées.
Sur un millier d'habitants de la ville, qui se trouvaient aux champs, 300 sont massacrés, nous avons fait des constatations. La tranquillité n'est pas rétablie. La populace turque est contre les autorités qui ont fait arrêter douze turcs comme organisateurs des derniers massacres ; on fait tous les jours des démonstrations et Ton réclame leur liberté ; si les troubles recommençaient ce seraient pis que la première fois, les autorités n'ayant point la force voulue pour réprimer.
Nous voulons que les fauteurs des derniers troubles soient punis comme ils le méritent. Nous pouvons prouver franchement et mettre à l'index les organisateurs, savoir: Khourchid du village Keferdiz, Emirzé de Eloglou, Hadji Fakini de Yéchil Déré, Hadji Mestil de Eunsé. Ce sont ceux-là qui ont excité les turcs de leurs villages et les ont dirigés sur les arméniens. Nous désirons qu'ils soient immédiatement incarcérés et punis, car le Nouveau Sultan a le droit de leur accorder l'amnistie.
Le Vicaire, Sahag Der Bédrossian.
Le Catholicos arménien de Cilicie télégraphie au Patriarcat que les arméniens de Kars, sans abri et affamés sont malmenés et battus par des militaires.
Par contre, le gouverneur d'Adana télégraphie au gouvernement central que cette nouvelle est fausse et sans fondement. De quel côté est la vérité ?
Àlexandrette. — Dépêché 1 publiée par le Djéridè- Charkiêj a propos de la situation de Tchok- Marzouan, en date du 21 mai au 3 juin 1909,
Les intrigues diverses et la tyrannie des réactionnaires nous brisent le cœur. Nous méritons un peu plus de pitié après tous les malheurs qui nous sont arrivés. On veut nous écraser de nouveau par d'autres procédés. Quoique nous avions nommé les fauteurs des événements survenus, on continue à accuser nos notables et à les emprisonner. Ayant eu connaissance des plaintes formulées par notre dépêche télégraphique du 9 mai, le major du 2 e bataillon, ainsi que le commandant des troupes, devenus furieux, ont de nouveau commencé à surexciter les esprits. A leur instigation, les troupes se sont mis à nous maltraiter, à nous adresser des propos injurieux, à battre les pauvres arméniens, à causer toutes sortes de déprédations, en arrachant et coupant les arbres fruitiers. On considère coupables les arméniens, parce qu'ils sont restés vivants, en défendant, avec leurs armes, la vie et l'honneur de leurs familles. Nous sommes continuellement sur le qui vive et Dieu seul est témoin de nos souffrances. Nous sommes toujours dan» l'émotion et dans un effarement continuel ; nous
ne savons pas à qui avoir recours, pour implorer du secours. Le major et le commandant susmentionnés ont convoqué nos notables à la caserne, et leur ont accordé vingt-quatre heures pour leur livrer cinq cents fusils de Mauser et de Martiny, sous la menace de leur sécher le sang et de leur causer des malheurs plus terribles encore, au cas où ils n'acquiesceraient pas à leur ordre. Sachant très bien que nous ne possédions pas ces sortes de fusils, ils cherchent ains un prétexte, pour nous exterminer complètement*
Pour l'amour de Dieu, ayez pitié de nous. Entendez au moins les cris et les sanglots de nos familles et de nos nouveaux-nés innocents, pour mettre fin à ces persécutions et à ces tourments qu'ils veulent nous faire subir si injustement.
Nous venons, en conséquence, réitérer nos supplications adressées déjà précédemment, pour envoyer ici une commission spéciale, afin d'effectuer l'enquête nécessaire selon la justice et l'équité et préserver ainsi notre vie et notre réputation, qui courent aujourd'hui un grand danger.
La Situation à Adana (du Journal La Turquie)
D'après une dépêche transmise à un confrère arménien, des 26.000 éprouvés, 6.000 veuves et 12.000 hommes sont réduits à une extrême nécessité. Aux environs de Bahdjé 800, à Deurt-Yol 900, à Kessab 1.000 et à Kozan 400 familles séjournent en plein air sans tentes ; 300 familles massées aux environs d'Adana et d'autres localités, sont dépourvues <}e vivres. Pendant les trois derniers mois le nombre
des morts a pris des proportions considérables. L'émigration continue. Jusqu'à présent 4.000 personnes ont émigré.
Le Temps de Paris dit avoir reçu une dépêche du Patriarcat arménien (le 30 juin) avisant que 532 orphelins sont décédés par suite de privations et de manque de gîte et de substance, dans Adana même.
Marache, le 7/20 avril.
Le massacre de cette ville a commencé dimanche. Jusqu'à hier soir il y a eu 450 victimes. Cet état continue. Voir le Puzantion.
Adana, le 5/18 avril.
Nous sommes vivants. — La grande maison aussi a été incendiée. Les pertes d'hommes sont considérables. — Les destructions et la misère sont indescriptibles.
(Signé, Terzian).
(Voir le Puzantion).
Adana, le 23 avril. — Dépêche adressée à une feuille anglaise, par l'agence Reuter.
Les massacres ont produit une misère terrible dans ce Vilayet. Presque 15.000 personnes n'ont pas d'abri, restent g&ns refuge et sont affamées ; il y a des
milliers de veuves et d'orphelins à soigner. On a formé une commission de secours, composée de chrétiens et d'islams sous la présidence du missionnaire canadien M. Chambers, qui a beaucoup d'expérience depuis les premiers massacres d'Adana.
Hadjine, 16/29 avril 1909. — Une dépêche adressée au Bible Ho use de Constantinople.
Par l'arrivée du bataillon de Missis l'ordre a été rétabli dans notre ville, maintenant nous sommes tous bien portants et tranquilles.
Touzla, [par voie d'Âlep) le 18 avril 1909, samedi à 9 h. 30 à la turque.
Quand les soldats envoyés de Salonique sont arrivés, dimanche, le 12 avril à Adana, les massacres ont recommencé (1). — Cette fois-ci, nos écoles, nos églises et biens nationaux arméniens ont été entièremeut brûlés. — On ne permet pas aux arméniens d'émigrer. Ceux qui avaient pu se sauver du premier massacre jusqu'à Mérsineont réussi à émigrer à Chypre- La fin des troubles est incertaine.
Signé pour les émigrés arméniens de Chypre, Léon Papazian.
(1) Trompée par la populace qui criait que les Arméniens avaient tiré de nouveaux coups d'armes, la troupe s'est lancée le 12 Avril sur ces derniers, a brisé, brûlé et tiré sur tout ce qu'elle a trouvé dans les quartiers arméniens. Ce fût pire qu'aux massacres du 1/14 Avril 1910. Voyez le rapport des enquêteurs gouverne mentaux.
Adana. — Dépêche Reuter du 21 avril 1909, par le missionnaire M. Gibbons.
Après le commencement du massacre d' Adana, vendredi soir, 250 Rédifs volontaires, sans officiers à leur tête, se sont installés dans un convoi à la gare et ont forcé le mécanicien de les conduire à Tarsous. Là ils ont aidé à ruiner et détruire le quartier arménien qui formait la meilleure partie de la ville. La grandiose cathédrale historique arménienne a été dévalisée, les statues en marbre ont été mutilées, les autels de valeur historique ont été mis en morceaux, et tout a été détruit ; cependant l'édifice a résisté aux essais faits pour l'incendier.
Heureusement le nombre des morts n'est pas élevé, grâce à la proximité du Collège américain qui a offert un refuge certain à plus de 4.000 rescapés, dans un état miséreux et sans abri.
Alexandrette, le 28 avril. — Le missionnaire Kennedy télégraphie comme suit :
Les arméniens ont été massacrés à Antioche. — Il y a des centaines de veuves et d'orphelins. D r Martine et sa famille sont sains et saufs. — Ici la situation est très grave. — Les églises sont pleines de réfugiés. J'ai chez moi plus de 200 personnes à garder. Les sujets étrangers trouvent refuge chez le gouverneur.
Fekké, (Vahga) dépêche du 11 mai 1909 au Patriarcat arménien.
200 hommes de YAchiret qui ont pillé Adana, sont
arrivés ici chargés d'un riche butin. Ils ont attaqué deux villages des environs et ils menacent de massacrer tous les arméniens si on ne leur fournit pas immédiatement douze des plus belles arméniennes de la localité.
iV.-ZÎ. — « Cette dépêche a été remise parle locum tenens, du Patriarcat au Président des Ministres ottomans à Constantinople. »
Albp. — Dépêche adressée au Puzantion, le 11 mai 1909.
Il y a eu 1.500 massacrés dans notre district, à Antioche, Kerek-Khan, Sueïdié, Beylan et Alexandrette. Leurs maisons sont incendiées, leurs biens entièrement pillés. Plus de 12.000 veuves et orphelins restent à la belle étoile, loqueteux, affamés et dans un état maladif et sans soins. Ils sont dans un état misérable et à faire pitié. La plus grande partie de cette agglomération ne reçoit pas de secours de la part du gouvernement et ce qu'on procure est pusillanime et approche d'un rien. J'ai adressé plusieurs dépêches et lettres, malheureusement je n'ai reçu aucune réponse. — La souscription ouverte ici ne sert pas même pour acheter du sel à ces malheureux, je ne sais plus où m'adresser, de quel côté me tourner, — Au nom de Dieu et par amour de l'humanité je vous prie de nous faire envoyer des secours immédiats. — Nous attendons impatiemment que le gouvernement prenne des mesures efficaces pour nous faire arriver rapidement le^s secours attendus et désirés.
Nous le supplions également avec instance pour
qu'il fâsse rendre à notre métropolite, nos femmes et filles qui pendant les événements ont été, par force islamisées et arrachées violemment à leurs époux et parents.
Le Métropolite arménien,
Abbé Chahé Casparian.