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UN AN APRÈS

Mai 1910

Un an après les massacres de triste mémoire, on crie toujours famine de tous les côtés, de Zeytoun, Hadjine, Adana, Beylan, Deurt-Yol, Alexandrette, Latakié, Aïntab,etc, etc., etc., ce qui prouve l'insuffisance des secours ou leur distribution défectueuse.

Voici quelques dépêches prises au hasard dans le tas et datées de mars et avril 1910. Savoir :

Beylan.

Une pétition portant plusieurs signatureset adressée directement au Patriarcat arménien, explique la misère atroce qui y règne et implore des secours.

Bahdjé.

Les dames arméniennes de cette localité ont adressé la dépêche suivante à l'Assemblée nationale ottomane, au Ministère de l'Intérieur, ainsi qu'au Patriarcat :

« Pendant les événements, nos maris et frères ont

été tous abominablement massacrés. Les veuves sont restées incapables de se procurer de l'ouvrage, entourées misérablement par des centaines d'orphelines. Nous restons pauvres et affamées, car nous n'avons presque rien obtenu des secours à nous destinés par le Gouvernement.

« Potir ne pas succomber à la faim , nous avons encore une fois recours à la commisération et à la pitié du Gouvernement constitutionnel. »

Zeytoun.

Il y a eu quelques cas de décès par suite de faim ; des souscriptions arméniennes ont été organisées par les journaux de Constantinople pour les affamés de Zeytoun et de Hadjine.

Hadjine.

On crie famine, on expédie dépêches sur dépêches en demandant de quoi ne pas mourir.

Par contre l'honorable nouveau Vali d'Adana, Djémal Bey qui a fait une tournée dans la Province envoie une dépêche à Constantinople disant. « Dans ma tournée je n'ai pas rencontré un seul besogneux à Hadjine pour remettre des secours ; voilà pourquoi les 1.000 livres turques (23.000 francs) que j'avais prises avec moi pour distribution aux pauvres, ont été employées par mes ordres à la réfection et à la réparation des égouts de la ville. »

Voilà une anomalie très agréable. D'un côté on meurt littéralement de faim, parce qu'on n'a pas le sou dans la poche ; d'un autre côté le Vali qui se rend dans cette ville, ne trouve personne ayant besoin de secours et préfère dépenser pour des pavés et des

égoûts, l'argent destiné aux pauvres affamés ! (Sans doute le Vali cherchait la disette et le manque de blé et de céréales il ne les a pas trouvés, mais n'a-t-il pas pensé que les pauvres dévalisés, pillés et dépossédés, n'avaient pas de quoi s'acheter des vivres pour passer la journée ? Cela s'appellerait YEœcessi-* visme de la clairvoyance.

En plein régime constitutionnel, la censure turque recommande aux journalistes de lui soumettre les dépêches reçues et qu'on veut insérer. Ceci pour qu'il n'y ait rien qui puisse blesser la fraternité entre les éléments musulmans et chrétiens. N'est-ce pas que c'est dérisoire et ridicule ? Tandis que contrairement aux promesses données au Patriarche Tourian de réviser les sentences de la Cour Martiale d'Adana, on lui a répondu finalement que ces sentences restaient incassables parce qu'elles étaient sanctionnées par S. M. le Sultan.

Deurt-Yol.

Le Vicaire de cette localité télégraphie le 4 avril 1910 au Patriarcat arménien, que plus de 2.000 personnes sont vouées à la misère noire. 11 sollicite l'envoi immédiat de secours et de vêtements pour cette ville.

Nadjarli.

On télégraphie au Patriarcat, que 600 personnes affamées implorent des secours.

Odjakli.

En exposant la misère atroce on demande la con* tinuation des secours par les autorités.

Tarsous.

Malgré nos plaintes et réclamations réitérées presque aucun secours ne nous a été accordé, 600 familles sont dans une misère affreuse.

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