IV. — Bacilles diphtériques utilisés
Nous avons isolé en cuiture pure au cours des années 1918, 1919, 4920 et 1921, un grand nombre de bacilles diphtériques et pseudo-diphtériques. Les
bacilles diphtériques provenaient soit de ‘malades ou de porteurs sains de germes, hospitalisés dans des formations militaires, soit de malades ou de porteurs sains du service des diphtéries de la Charité à Lyon. Parmi ces malades de la Charité, il eut à un moment donné des enfants rapatriés des régions envahies soit par l'intérieur de la France, soit par la Belgique, l'Allemagne et la Suisse, de même parmi les militaires, les uns avaient été contagionnés dans toute l’étendue de la XIV° Région, d’autres au cours d'une permission, ou même dans une formation du front. Nous avons donc eu la chance de recueillir des bacilles provenant, non pas d’une seule épidémie, localisée, mais d'origines tout-à-fait distinctes.
Ces bacilles ont été recueillis sans grande continuité. Quelques-uns ont été systématiquement isolés dans des diphtéries mortelles et proviennent alors, en même temps que des voies respiratoires, des organes, du sangou du système nerveux, examinés à l’autopsie. D’autres ont été recueillis plus particulièrement chezdes malades qui présentaient des paralysies diphtériques. Enfin, d’autres avaient donné des localisations anormales de la diphtérie : diphtérie cutanée.
Tous ces bacilles diphtériques présentaient les caractères morphologiques et culturaux typiques ; pourvus de granulations le plus souvent très nombreuses, parfois ausssi en très petit nombre ; fermentant le glucose, capables de pousser en anaérobiose. La grande majorité a été inoculée au cobaye, souvent à forte dose (2 à 3 cc. d’une culture en bouillon de
48 heures). Presque toujours l'animal est mort en 24 ou 36 heures avec les lésions caractéristiques. Dans un certain nombre de cas, où l'animal a survécu, après avoir présenté un œdème local, l’inoculation a été répétée de préférence à doses plus fortes sur deux cobayes, dont l’un préalablement injecté avec L cc. de sérum antidiphtérique. Alors que l’animal sans sérum mourait ou présentait des lésions locales, l'animal passivement immunisé n’a jamais présenté de lésions.
Les bacilles pseudo-diphtériques proviennent de gorges saines ou malades, de conjonctives, du cérumen ou de pus d'’otites, de la peau ou de l’urêtre. Ces bacilles présentent des caractères variables ; aucun n'est pathogène pour le cobaye. Certains ont des granulations de Neisser abondantes, font fermenter le glucose et répondent au type du Corynebacterium cutis commune. La plus grande partie est sans action sur les sucres et répond au type du bacille d'Hoffmann.
Aucun de ces bacilles diphtéroïdes n’a été agglutiné, ni n’a saturé les agglutinines de nos sérums
antidiphtériques antimicrobiens.