PARIS ET LES ÉTRANGERS
était cl]n.n^rin. « On m'a reproché, me disait-il, d'avoir présenté nnc altesse de branche cadette. N'est-il pas triste de penser que dans notre siècle de lumière on a de semblables préjugés? »
Le cas du prince de M. Hagenbeck est une exception. Paris a toujours fait grand accueil aux souverains étrangers. La visite de Pierre le Grand en 1717 piqua vivement la curiosité des Parisiens. Saint-Simon parle de l'empressement que l'on mettait à se porter à la rencontre du roi du Nord, de l'ennui qu'il en éprouvait et de l'habitude qu'il avait prise, pour éviter l'importunité d'être en spectacle, de préférer les fiacres aux carrosses de la cour. Cinquante et un ans plus tard, Christian VH de Danemark ne fut pas moins fété, si l'on en croit Chamfort et l'abbé de Voisenon. « Le jeune prince, disent ces chroniqueurs, sut adresser un mot aimable à chacun. Il parla à Diderot du théâtre français, à Ilelvétius du théâtre anglais, à Marmontel de son Bélisaire, à Watelet de sa peinture et à M. de La Condamine de ses voyages. »
Depuis, les princes, petits ou grands, couronnés ou découronnés, qui sont venus à Paris, ont su dire le mot aimable aux Diderot, aux Ilelvétius, aux Marmontel, aux Watelet et aux La Condamine de leur temps. Mais aujourd'hui Diderot fait du reportage et Watelet fait de la photographie. Il n'est seigneur de quelque importance qui puisse éviter l'interview ou le chché, et qui ne soit forcé de subir le supplice de la question ou de la chambre noire, plus en vigueur que jamais en dc'pit des révolutions qui ont vainement tenté d'assurer la liberté de l'homme. On a des moustiquaires contre les moustiques. Rien ne garantit contre le reporter qui interprète même le silence et qui, au besoin, use de la seconde vue. Quant aux reproductions instantanées, Armand Silvestre a conté des anecdotes qui montrent que la chimie peut préparer tous les papiers et saisir ainsi jusqu'aux traits les plus intimes des personnes illustres. Les photographes, je me hâte de le dire, ont rarement besoin de recourir à de pareils subterfuges, les étrangers de marque se prêtant d'ordinaire avec une docilité parfaite aux exigences de l'objectif. Paris a eu l'honneur de recevoir, il y a quelques années, une altesse orientale qui' avait même
ii LES TYPES DE PARIS.
tout prévu, jusqu'aux retouches, et qui s'était munie d'une quantité d'épreuves de sa sérénissinve image à rendre jaloux nos plus célèbres candidats.
Paris ne cultive pas seulement les princes de tout genre comme il cultive les fleurs de tout pays. Il aime à ce point l'exotique qu'il verse volontiei s dans le rastaquouérisme, mot moderne qui désigne une maladie fort ancienne. Il y a des siècles que nous sommes victimes de ce cabotinage impudent et grossier. Les aubergistes et les bijoutiers ne sont pas seuls à s'y laisser prendre. Dans le domaine de l'art, c'est le rastaquouérisme italien qui nous a fait sacrifier l'école si admirable des primitifs français. Au Louvre, les Bolonais, ces peintres à breloques, se prélassent dans les bonnes places. Et le néo-grec, autre genre de charlatanisme, aussi odieux que le premier, plus odieux parce qu'il est plus persistant, ne s'est pas contenté de semer dans la Ville les monuments horribles, il a déteint sur toutes les manifestations de l'art. Prenons garde au japonisme, mes frères!
Cette malheureuse disposition à se laisser piper par l'étranger, cette tendance à croire cpi'il n'y a que les dentistes américains, les masseurs hollandais et les clowns de Londres, est une faiblesse essentiellement parisienne. En Italie, un Italien et son estomac peuvent divorcer. Personne n'y fait attention. A Paris, on s'ameute pour voir jeûner un squelette. Le grand succès de l'Exposition universelle de 1807 a été dû aux exhibitions d'étrangères qui, sous leurs costumes nationaux, servaient aux Parisiens des consommations de provenance souvent parisienne comme la plupart d'entre elles. De ce jour il a été entendu que rien ne valait l'aguarcliente espagnole, le raki grec et le café touc-touc. La grande mode a été pour tout bon citoyen de Paris, se piquant de quelque élégance, de se faire admettre dans ce que l'on appelle les colonies étrangères, et les Parisiennes ont eu fort à faire pour ramener les égarés.
Je ne veux point médire des colonies étrangères. Tout en faisant les plus expresses réserves sur la haute fantaisie qui pousse une fortune fabuleuse à demander l'Arc de triomphe en location, je suis prêt à reconnaître que l'hospitalité n'est pas seulement de nationalité écossaise, et qu'il est tel hall