‹ Les Types de ParisChapitre 15 sur 40 · LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS

réproiiv(3 la patcniité, mais chez ses seuls locataires, et son horreur du hruit n'a d'é^^ale que sa haine des lanjjes séchant aux croisées. Evidemment, la cour de son immeuhle n'a été créée que pour sa progéniture. Aussi les enfants le haïssent-ils, et souvent par pur instinct, car le cerhère s'humanise et les respecte lorsqu'ils habitent au premier étage.

Mais la véritable, la grande et navrante originalité des petits Parisiens des deux sexes, et de deux à dix ans, consiste en une facilité à vivre dans des boîtes où s'étiolerait un rat, et à s'amuser avec des riens. De par l'hérédité, les enfants de la grande ville tolèrent des claustrations et des promiscuités dont mourrait ailleurs un homme fait. Et puis, quelle aptitude à l'imitation! quelle ingéniosité à se créer des joujoux! quelles dispositions pour la cuisine, pour la couture ! quelle précocité !

Nous y voilà : la précocité, c'est, à tous les points de vue, la marque bien spéciale des petits Parisiens.

Cette précocité, la rue la révèle, comme tous leurs défauts, comme toutes leurs qualités ; la rue, ou, pour mieux généraUser : le dehors.

Leur vie se passe en effet en grande partie loin de la maison maternelle.

Pauvres, ils échappent à leur misère, à leur prison, par un besoin de respirer et d'exercer leurs jeunes muscles. Le square, s'ils sont surveillés, le trottoir, s'ils sont libres, s'offrent à leurs jeux. Du danger, ils n'ont cure, vite familiarisés avec les voitures, habiles à esquiver les écrasements. De fait, la statistique des accidents ne compte guère que des femmes, des vieillards ou des ivrognes. Le Dieu des enfants protège Paris; ceux qu'atteignent les roues des camions ou des fiacres n'appartiennent guère à la classe pauvre, dont les petits dressés par l'expérience se garent presque toujours. Par contre, c'est chez elle que, le plus communément, de pauvres mioches, laissés seuls au logis, se jettent à bas des fenêtres ou se grillent sur les fourneaux.

Les enlants des riches ou des « bourgeois », ceux encore dont les parents, sans connaître la fortune, voire l'aisance, ne vivent point d'un tiavail manuel, cherchent dehors non plus la liberté ou le confortable, mais la santé. Hiver comme été, s'ils ont pour les garder une bonne, une sœur aînée, une grand -

mère, une maman que n absorbe aueun travail sédentaire, on les voit hors des maisons, dans les squares, sous les arbres des promenades. Leurs allées et venues peuplent les jardins publies, mettent des gaietés dans la banalité triste des végétations rabougries et rappellent la vie véritable au milieu du luxueux et artificiel décor des Champs-Elysées ou du parc Monceau.

Et c'est là que le philosophe, le romancier, le curieux doivent les étudier pour les aimer les uns et les autres. Square Montholon, place des Vosges, parc de Montsouris ou des Buttes-Ghaumont, jardin de la Chapelle expiatoire ou carré Marigny, ils sont pareils, aux robes et aux bégayenieuts près, tant qu'ils se font porter ou se traînent. Quel démocrate, le soleil! Il est partout pareil, le sable que les cantonniers de M. Alphand sèment le long des allées, sous les marronniers numicipaux!

Les clairs, les gais, les bons tableaux! Les rubans des nourrices, ces grands larges rubans qui battent leur cape noire ou puce d'un flot de pourpre ou de bleu marin, tachent joyeusement le vert des pelouses. Des ruches de bonnets s'incendient, et partout, au ras du sol, des blancheurs trottinent, des babies en litières, des petits morceaux d'hommes, des embryons de femmes, de blanc et de crème vêtus, avec des rubans aussi, des rubans luisants et clairs. Sous les arbres, les mamans sont assises, qui brodent, bavardent, et surveillent de loin ces ébats primitifs. Un garde, vieux soldat médaillé, très brave homme, tourne autour du jardin, sévère seulement aux chiens sans laisse, mais daux pour tous ces bambins. Plusieurs, des habitués, le reconnaissent, se frottent à ses jambes. Et il est encore la providence des plus grands, garçons ou fillettes, dont les jerseys et les tricots rayés passent et repassent parmi les branches. Car ceux-ci s'éloignent, galopent, sont fous, empiètent sur les corbeilles et, dans leurs courses, se risquent jusqu'aux portes, ou dans l'allée centrale, une vraie rue, comme au parc Monceau, insoucieux des voitures que le soldat contraint à n'avancer qu'au pas.

De par une adorable mode anglaise, tous ces diables ont les mollets et parfois les bras nus. Leurs muscles apparaissent sous la peau hàlée ; la chair est ferme, sent l'hydrothérapie bienfaisante, le plein air, l'exercice continu.

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