COCHER DE MAITRE
et s'eml)ellisseiit les bêtes de courses, comme les bêtes d'amour. Au bar, en buvant des champagne-coctail, en aspirant des gin-sure avec un chalumeau, il connut des jockeys, des entraîneurs, des bookmakers, toute la lleur de
Técui-ie, toute la crème du fumier, auxquels parfois se mêlaient des baronnets et des dues ventrus et voyous. Et, à travers les discussions bruyantes, les innlc/ies prodigieux, les gestes de boxe, les tintements des guinées, se développa devant lui un horizon de fortune et de plaisirs, un rêve de gloire. William eût souhaité devenir jockey, car il ne concevait pas d'ambition plus haute. Mais il avait grandi, et si ses jambes étaient restées maigres, son estomac s'était développé ; il avait trop de poids. Ne pouvant endosser la casaque du jockey, il se résigna donc à revêtir la livrée du cocher. C'est un bel état, moins retentissant peut-être, mais où I on peut faire son chemin avec de la hardiesse, de l immoralité et du savoir-faire.
LES TYPES DE PATiIS.
Aiijoiirdliui William a (juarante ans. Il est des huit ou dix cochers an(>lais, itaheus, français, dont on parle dans le monde élégant, avec émei'veillement. Il est célèbre. Son nom est cité dans les journaux de sport, niênuî dans les échos des (jazettes mondaines, entouré des (|uaU(icatirs les ])lus triomphants, si triompliants , qu'nn étranjjer peu an courant de nos mœurs et des choses qui solhcitent, d'ordinaire, notre piété nationale, pourrait croire qu'il s'a.;;it d'un artiste de jjénie ou d'un .;jrand poète. Son maître, le baron de X..., un des pins milhonnaires banqniers de Paris, est fier de Ini, plus fier que d'une opération hnancière qui aurait coûté la ruine de cent mille familles. . . Le baron de X. . . dit : « Mon cocher » , en se rengorjjeant, sur un ton de supériorité déhnitive, comme un collectionneur de tableaux dirait « mon Velasquez ». Et, de fait, le baron de X... a raison d'être fier, car il a encore gagné en respect, en honorabihté, en Ulustration, depuis qu'il possède Wilham. Au club, au foyer de la danse, il est question « de la famense victoire dn baron sur F Angleterre. . . Les Anglais nous ont pris FÉgypte, mais il a pris William aux Anglais » . Le baron eût conquis les Indes, qu'il n'eût pas été davantage acclamé. Cependant cette admiration ne va pas sans une forte jalousie. On vondrait lui ravir William; et ce sont, autour de ce dernier, des intrigues, des uuichinatious corruptiices, des flirts comme autour d'une belle femme. Onant aux journaux, en leur enthousiasme^ ils en sont arrivés à ne plus savoir le(piel, de Wilham ou dn l^aron, est l'admirable cocher ou l'admirable financier. Ils les confondent tous les deux dans les mutuelles gloires d'une même apothéose. Aussi est-ce avec les i)his graves respects qu'ils ont reproduit et comnunité le traité d'alhance conclu entre William et le baron, c'est-à-dire entre l'Angleterre et la France.
Aux termes de ce traité, « qui fait également honneur aux deux parties contractantes », il a été convenu :