TROISIÈME SOUS-TYPE
Les intellectuels du troisième groupe sont la plus pure incarnation du type. Ceux-ci ne vivent plus guère que pour leur pensée. L'intelligence, chez eux, s'est détachée et abstraite de presque tous les sentiments humains sans cesser de diriger la vie, et, au contraire, en envahissant de plus en plus la personnalité qu'elle domine. L'organisme est soumis à l'esprit, ou si l'on préfère, l'homme n'est plus, selon l'expression imitée de Bonald par Letourneau, qui l'a trop généralisée en l'appliquant à tous les êtres humains, qu' « un cerveau servi par des organes. »
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Bordas-Demoulin, un jour, dénué de tout, mourant de faim, dépense dans un cabinet de lecture les quelques sous qui lui restaient. Il passe sa vie à faire de la métaphysique et meurt vierge « n'ayant jamais trouvé le temps d'aimer (1) ». On peut, je crois, le ranger dans notre troisième catégorie d'intellectuels. Spinoza aussi, qu'on ne vit jamais ni fort triste, ni fort joyeux, qui savait si bien être le maître de ses passions, probablement assez calmes, qui affirmait à son hôtesse que sa religion était bonae et qu'elle n'en devait pas chercher d'autre, ni douter d'y faire son salut, pourvu qu'en s'attachant à la piété, elle menât en même temps « une vie paisible et tranquille », si sobre d'ailleurs et si désintéressé (2) ! On leur adjoindra ce Franz Wœpke sur qui Taine écrivit un si touchant article. Franz Wœpke qui consacra sa vie à l'histoire des sciences, à la recherche des faits précis et à l'étude des idées générales, et dont ces spéculations furent toute la joie. « Les autres plaisirs, toutes les satisfactions qui, aux yeux des hommes, donnent un prix à la vie lui ont manqué. Il vivait seul, loin de sa patrie, loin de sa famille, dans une chambre garnie, sobrement et silencieusement, d'une pension que lui faisait un prince italien, protecteur des mathématiques, se croyant obligé de publier tous les ans ou tous les deux ans quelque mémoire, afin de mériter l'argent qu'il recevait. Son travail n'avait aucune récompense, pas même la gloire ; quelques savants estimaient ses recherches et c'était tout Il passait la
journée à collationner des textes aux bibliothèques et
(1) Letourneau, Physiologie des passions. 256.
(2) Yie de Spinoza par Golerus.
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à suivre au Collège de France des cours de hautes mathématiques et de langues orientales. La nuit, il écrivait. Sa vie était d'une régularité minutieuse.... Il sentait sa jeunesse usée, sa santé ébranlée, ses forces amoindries, ses recherches limitées, ses espérances réduites. Au milieu de tant de regrets, un regret profond et sourd perçait par intervalles. Il était né géomètre, et croyait s'être trompé en tournant sa vie vers l'histoire. Néanmoins il vivait résigné et calme, pénétré parle sentiment des nécessités qui nous plient ou nous trainent, persuadé que toute la sagesse consiste à les comprendre et à les accepter (1). »
Pour le dire en passant, cette sorte de résignation n'est pas rare chez les purs intellectuels du troisième sous-type. Elle revêt différentes formes, la prudence de Descartes, l'indifférence de Spinoza, l'accommodation de Wœpke aux nécessités de la vie et des relations sociales en sont des exemples divers. Pourvu que l'intellectuel puisse penser, il est peu exigeant sur le reste, et même, quelquefois, sur l'expression de sa pensée. Aussi lui a-t-on reproché de ne pas savoir agir, de ne se soucier de rien. Cela est mal jugé, l'intellectuel a une fonction sociale, et s'il reste indifférent à bien des choses c'est pour mieux remplir cette fonction, pour rester maître de sa pensée. Il est assez singulier de reprocher le défaut d'action et le manque de courage à des gens qui renoncent à tout, aux honneurs, aux richesses, et au reste, pour conserver le droit d'agir selon leur nature, c'est-à-dire de penser de leur mieux et le plus librement possible. Au reste, il
(1) Taine, Essais de critique et d'histoire, 393-894.
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faut éviter l'excès de généralisation. Tous les intellectuels ne sont pas ainsi,
Les intellectuels de notre troisième sous-type sont le plus souvent des abstraits, pour les mêmes raisons, plus fortes encore ici, que ceux du précédent. Naturellement le triomphe le plus pur du désir intellectuel, celui qui marque le mieux l'indépendance et la prépondérance de l'idée, nous le trouvons dans la vie des intellectuels abstraits. L'artiste, le littérateur peut encore s'intéresser humainement à la matière même de son art. Alexandre Dumas aimait Porthos comme un ami et pleurait de sa mort. Le sociolog'iste et parfois le philosophe peuvent encore être troublés par des sentiments ordinaires d'amour et de pitié, mais ensuite ces sentiments s'atténuent et disparaissent. Les métaphysiciens, les logiciens, les mathématiciens ou les géomètres, que trouvent-ils de passionnant dans leur étude sinon leur étude même et leurs idées ? Ce ne sont guère les rappels des émotions vécues et des tendresses terrestres qui les y peuvent émouvoir.
Et pourtant la joie des idées abstraites, si elle n'est pas très souvent exubérante, n'en est pas moins très réelle, très pure et très haute, elle peut être très profonde, c'est que l'intelligence, l'ensemble des idées, le système des faits de connaissance est devenu une tendance véritable, que sa nature même et ses conditions condamnent chez le pur intellectuel à une pureté qui en masque la force aux yeux prévenus.
Cette organisation de l'intelligence en un tout compact, uni, formant une tendance directrice, voilà un des faits importants que nous montre le type intellec-
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tuel. Ces fragments d'anciennes tendances, détachés de leurs primitives associations, se sont groupés entre eux. Très faibles d'abord, incapables de rester longtemps libres, retombant à chaque pas sous le joug des désirs, ils sont arrivés, peu à peu, en unissant leurs forces et en profitant des services qu'ils rendaient au reste de l'esprit, à l'existence réelle et durable d'abord, puis, ça et là, dans quelques cerveaux bien doués à l'autonomie et à la suprématie. Ils ont produit une tendance constituée, comme les autres par un fait central auquel se subordonnent une immense quantité de faits secondaires, une tendance capable de faire éprouver selon qu'elle est satisfaite ou meurtrie de vives douleurs et des joies réconfortantes, capable d'orienter l'ensemble de la vie.
La formation de la tendance intellectuelle ne diffère pas de la formation des goûts et des passions en général. Celles-ci résultent aussi de la combinaison d'éléments préexistants enlevés aux tendances dont ils faisaient d'abord partie et groupés d'une manière nouvelle.
Aussi voyons-nous l'intelligence se comporter toujours comme une véritable passion, s'assimiler de nouveaux éléments, lutter ou s'associer avec les tendances vitales ou psychiques. Il n'est pas rare de la voir dépasser en puissance les sentiments les plus développés dans l'espèce humaine, et vaincre de vives douleurs, parfois même en profiter. Pascal, dit-on, oubliait son mal aux dents, grâce aux mathématiques. Madame de Staël, paraît-il, ne cessa presque jamais complètement de travailler. « Ses facultés dominaient le plus souvent sa douleur ; et comme il existait toujours une relation entre ce qu'elle écrivait et le sujet de ses peines, elle
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pouvait encore composer lorsque la lecture ne lui offrait pas une distraction suffisante, « Je ne comprends rien à ce que je lis, disait-elle, et je suis obligée d'écrire. » (1). Ici, la tendance intellectuelle, pour pouvoir lutter contre une douleur, doit faire appel à toutes ses forces, s'incarner dans une tendance active, se donner l'activité qui convient le mieux à sa nature, bien plus librement occupée à l'expression de ses propres idées qu'à l'assimilation des idées d'autrui.
L'intelligence, chez les intellectuels, exploite les sentiments. Nous verrons ailleurs, à propos de l'invention, combien le fait est fréquent et presque essentiel. Rappelons seulement ici Gœthe et la composition de Werther, où il utilisa si bien ses propres impressions — et le suicide d'un autre. « La mort de Jérusalem, dit-il, causée par la passion malheureuse qu'il avait conçue pour la femme d'un ami, m'éveilla subitement de mes rêves, et comme aux réflexions que m'avait suggérées ce qui nous était arrivé à tous les deux, s'ajoutait l'agitation passionnée produite par ce que je venais d'éprouver, je ne pouvais manquer de communiquer à l'œuvre que j'entrepris à l'instant cette animation qui confond la fiction avec la réalité. Extérieurement je m'étais complètement isolé, et j'avais refusé jusqu'aux visites de mes amis ; de même, j'écartai au dedans de moi tout ce qui ne se rattachait pas directement à mon projet. En revanche, je rassemblai tout ce qui y avait le moindre rapport, et je me rappelai ma vie récente, dont je n'avais pas encore poétiquement exploité les événements. Ce fut dans de pareilles cir-
(1) Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël, par Madame Necker de Saussure, p. 170.
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constances, après ces longs préparatifs, que j'écrivis Werther en quatre semaines sans avoir préalablement tracé sur le papier un plan du travail total, ni l'exécution d'une de ses parties. » (1).
C'est encore un fait analogue qui se produit lorsque l'esprit tire parti de l'excitation diffuse produite par quelque cause purement physique, comme le café, par exemple, ou physique et psychique comme la musique. J'ai cité ailleurs les cas de Darwin, de Legouvé, de plusieurs autres. Et c'est, dit-on, pendant que Madame de Staël « entendait certains airs touchants ou sublimes que lui est venue, comme d'en haut, l'idée de ses morceaux les plus poétiques. » (2).
Ce procédé de l'esprit paraît tout à fait normal, il montre parfaitement comment les choses se passent. L'intelligence a besoin, bien souvent, pour s'affranchir ou pour dominer, d'appuis extérieurs, et doit avoir recours à quelques artifices. C'est, en somme, avec la volonté en moins, le moyen employé pour fixer l'attention volontaire. (3). Aussi comprend-on aisément, sans que j'y insiste encore, comment l'abstraction pure a une peine particulière à se dégager et à s'imposer, et son désavantage naturel par rapport aux tendances intellectuelles plus concrètes, à celles qui dominent l'artiste et le littérateur et qui, en relation plus intime avec les désirs ordinaires, peuvent plus aisément, au début, profiter de leur force.
(1) Mémoires de Gœthe, traduits et précédés d'une introduction, par Henri Richelot, etc. p. 247-248.
(2) Mm« Necker de Saussure, ouv. cité, p. 177.
(3) Voir Ribot : Psychologie de l'attention.
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Si nous croyons trouver un signe du type non-intellectuel dans l'impossibilité d'exercer son intelligence autrement que dans des circonstances où les sentiments sont intéressés, inversement, c'est un symptôme du type intellectuel, un symptôme qui ne trompe guère, que l'intérêt accordé aux idées pour elles-mêmes. Sur cent personnes devant qui une idée est émise, sans conséquence immédiate pratique, et qui n'intéresse ni la gourmandise, ni le reste, quatre-vingt-dix-neuf au moins la négligent. S'il en est une, par hasard, qui la remarque, sans que ses désirs (des désirs non intellectuels) ou ses habitudes y trouvent leur compte, on ne se risque guère à la classer dans notre type. Il me semble que chez les enfants mêmes on peut ainsi remarquer de très bonne heure l'aptitude aux abstractions, le goût des choses de l'esprit, le germe du type intellectuel.
En effet, cette fixation de l'idée, qui se marque immédiatement par le fait de la remarquer, de l'examiner, d'en parler, de la conserver, indique une intelligence déjà formée quoique peut-être encore mal développée. Une formule générale ne peut guère être assimilée et devenir le point de départ d'un travail de l'esprit que si elle trouve un système de notions, d'idées, déjà au moins ébauché, qui lui fournisse le point d'appui dont elle a besoin, terrain où elle s'épanouira. Le non-intellectuel n'entend et ne remarque pas plus une idée générale que l'homme ignorant une langue n'entend et ne distingue les mots de ceux qui la parlent. Un murmure confus, c'est tout ce qu'il perçoit. L'homme de désir n'accueille les idées, ne les
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comprend et ne les garde que si elles flattent un de ses penchants, l'intellectuel les aime sans avoir en lui le penchant spécial qu'elles pourraient intéresser. Mais ces idées deviennent un penchant, et c'est encore un signe de l'intellectuel que son amour pour des idées qui ne touchent pas à ses intérêts, qui ne lui serviront à obtenir aucun avantage matériel, qui ne lui sont pas imposées par les convenances et qui ne résultent pas d'une longue routine. Bien mieux l'intellectuel aime les idées fausses, les théories erronées, il s'en réjouit et les admire parfois alors même qu'il les rejette, si elles ont quelque chose de spécieux et de séduisant.
Examinons un peu l'extension de la classe des intellectuels, nous en explorerons aussi les prolongements et les alentours.
Nous y trouvons d'abord, avec les personnes chez qui l'intelligence est la fin suprême de la vie, toutes celles qui en font seulement l'une des fins principales de leur activité. Nous sommes obligés, en effet, tout en définissant rigoureusement le type, de l'élargir un peu pour pouvoir l'utiliser. A côté d'écrivains comme Flaubert, de philosophes comme Taine, beaucoup d'autres qu'il y faut ranger ne laissèrent pas prédominer en eux avec pareille énergie les tendances purement intellectuelles.
La plupart des artistes, des littérateurs et des savants y figureraient, à des rangs divers. Alors même que plusieurs d'entre eux, et, si l'on veut, presque tous poursuivent, en travaillant, des buts pratiques et sont poussés par l'amour de la gloire ou le désir des richesses, ils ne travaillent pas seulement pour cela. Le
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fait seul qu'ils ont choisi, pour arriver à leur but, une occupation intellectuelle indique, en général, un amour de leur art qui suffît pour les faire classer dans notre type. L'intelligence, même utilisée en vue d'autres fins, lorsqu'elle atteint un certain degré de force et de développement, reste dominante jusqu'à un certain point et se subordonne un grand nombre de tendances et de désirs. L'habitude d'une profession intellectuelle contribue du reste à lui donner un rôle plus ou moins prépondérant.
Après les intellectuels purs ou à peu près purs viennent ceux qui se rattachent en même temps au type intellectuel et au type indifférencié. Chez eux l'intelligence est partiellement subordonnée, partiellement libre ou dominatrice — et ce partage est plus frappant que chez les précédents. Car, à vrai dire, tous les hommes, même les plus intellectuels et les plus abstraits, sont obligés d'employer une part de leur intelligence à se nourrir ou à se vêtir, à s'assurer plus ou moins les conditions indispensables à la vie. L'intellectualité est une question de proportion. Chez plusieurs esprits, la partie subordonnée de l'intelligence est assez considérable, et, cependant, à côté d'elle, il existe une bonne quantité d'idées diverses qui se sont détachées de l'existence pratique, se sont organisées à part et ont créé, au sein de la personnalité envahissante, un petit monde qui leur appartient, on elles se meuvent en liberté.
Ces demi-intellectuels sont dominés par leurs désirs, leurs habitudes, leur profession, mais à côté de ces préoccupations d'autres existent en eux, pas très vives, mais parfois encore assez développées. Ils «tournent» des vers, ils rédigent « à leurs moments perdus »
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quelque mémoire historique ou archéologique, ils écrivent l'opinion d'un homme du monde sur un problème philosophique. Ce sont les « amateurs » dans le sens exact du mot, ceux qu'il faut opposer non pas aux « professionnels » mais aux intellectuels vrais . Ils peuvent aussi bien avoir des goûts artistiques, toucher le piano ou faire grincer le violon, « s'amuser » à dessiner ou à peindre. Tout au moins ils lisent, sont assidus aux concerts et fréquentent les expositions. Individus estimables, d'ailleurs, quand la prétention ne les aveugle pas.
Il ne faut pas les confondre avec les intellectuels vrais, qui ont une profession pour vivre, qui écrivent dans quelque bureau comme Spinoza polissait des verres de lunette, mais subordonnent leur métier à leur œuvre ou à leurs goûts. Les demi-intellectuels dont je parle se rapprochent des vrais en ce que chez eux la tendance intellectuelle s'est organisée à part, et n'a pour but essentiel que son propre exercice. Elle est reine dans son domaine, mais ce domaine est restreint. L'art, la science, la philosophie sont ici un simple intérêt de plus dans la vie, un plaisir parmi beaucoup d'autres, une distraction plus ou moins appréciée. Ils servent à l'agrément de l'existence, l'existence ne leur est pas consacrée.
Nous pouvons poursuivre les ramifications de plus en plus ténues du type intellectuel et en reconnaître les manifestations imparfaites et comme les fragments chez ceux qui s'en éloignent le plus. A côté des vrais intellectuels et de ceux qui le sont presque, d'autres esprits existent chez qui on trouve des coins d'intellectualité, des germes indécis de systèmes intellectuels indépendants, possibilités plutôt que réalités.
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Des goûts artistiques indistincts, qu'ils n'ont pu laisser grandir, leur permettent de goûter des plaisirs relativement esthétiques. Leurs idées sont en grande partie dirigées dans le sens de la vie pratique et absorbées par leurs occupations ordinaires, leurs distractions mêmes ne sont guère que la revanche des tendances organiques ou affectives comprimées par les habitudes obligatoires. Ils font des excursions, ils chassent, ils jouent à des jeux divers, ils lisent des romans ou se répandent dans les théâtres pour y connaître les émotions que la vie réelle leur refuse. Et déjà nous voyons ici poindre une aube d'intellectualisme. A côté des parties de l'esprit arrêtées et fixées par l'organisation de la vie, d'autres échappent à l'influence des besoins, et fleurissent presque librement. C'est un goût esthétique instinctif, c'est une habitude d'examen ou d'observation,une disposition générale à la critique, une passion pour un jeu de calcul et de combinaison, l'amour des romans qui, malgré sa nature plutôt sentimentale qu'esthétique, prend facilement une forme quelque peu littéraire et une apparence de désintéressement. Le type intellectuel se prolonge en se rétrécissant jusque dans les autres groupes d'esprits.
En fait chacun de nous représente à quelques degrés, et pour certaines parties de son esprit, les trois grands types que nous avons étudiés séparément. En nous tous il est des parties d'intelligence, des images et des idées presque complètement engagées dans le jeu des sentiments et des tendances, d'autres parties déjà plus formées, dépendant encore des tendances organiques ou psychiques et employées à les servir, mais assez libres et ayant tout de même leur organisation spéciale, d'autres enfin qui ont conquis leur autonomie,
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qui deviennent le point de départ de goûts nouveaux, qui sont le centre d'une tendance plus ou moins importante et n'ont guère d'autre fin qu'elles-mêmes. La proportion de ces divers phénomènes classe l'individu dans l'un de nos trois types, au centre de l'un d'entre eux ou sur la frontière ,