DES IDÉES DOMINANTES
L'unité foncière de l'esprit est un peu plus affaiblie dans notre second type. Tandis que dans le premier Tensemble des habitudes systématisées , des idées directrices, était trop influent, avait une organisation trop supérieure à celle des éléments qui vivaient près de lui, ne se laissait pas assez influencer par eux, en restait, à certains égards, trop indépendant, dans celuici, au contraire, ces idées directrices laissent un jeu trop libre aux autres éléments de l'esprit, n'en dirigent que trop imparfaitement l'activité, leur permettent de divaguer à leur gré. Au fond, c'est le même mal, le désordre et l'illogisme avec des apparences très différentes, ici d'incohérence tolérée, et là, de rigueur excessive.
Le lien qui unit les pensées naissantes et les rattache aux conceptions principales, aux idées directrices plus ou moins permanentes ou passagères, au but pour-
(li Magnan. Leçons sur les maladies tnentales, p. 348 et 349.
LES ESPRITS ILLOGIQUES
suivi momentanément par l'esprit, ce lien ne s'est pas rompu, mais il est sing-ulièrement relâché. Les esprits faux de notre second type sont intermédiaires entre les esprits justes qui se servent de l'association par contiguïté et ressemblance et les vagues déments chez qui les mots et les idées se succèdent selon les hasards de l'assonance ou des rapprochements imprévus qu'ont créés des circonstances diverses.
Ici, en effet, l'association par ressemblance et par contiguïté prend une importance exagérée. L'esprit faux n'arrive pas à se débarrasser de ses apports ou à les utiliser. Trop faible pour arriver directement à son but, il en demeure empêtré et parfois s'arrête et se fixe en dehors de la bonne voie. Dans la série des idées qui devraient s'enchaîner rigoureusement, une ou plusieurs d'entre elles, au lieu d'évoquer celles qui leur sont logiquement nécessaires, en éveille ça et là qui lui sont rattachées par quelque similitude ou quelque voisinage et ne sauraient prendre place dans la suite logique des pensées. La ligne du raisonnement se brise à . chaque instant, la direction première n'est pas totalement oubliée, mais elle n'est pas fermement maintenue ; il s'y produit d'étranges zigzags. Encore est-elle quelquefois à peu près perdue, le raisonneur parti vers une conclusion qu'il entrevoit vaguement, arrive à une autre conclusion assez différente et sans rapport bien logique avec la première, si, instinctivement ou à force de volonté, il ne revient pas vers son but pour l'atteindre au prix de bien des faux pas, à travers des fondrières et des broussailles.
Nous distinguerons, parmi les esprits faux du second ordre, deux groupes principaux : les imaginatifs et les raisonneurs, que nous étudierons successivement.
LES ESPRITS FAUX