LES IMAGINATIFS
L'imagination est, pour la raison, une sorte de piège constamment tendu. Elle laisse par définition même, un certain jeu aux éléments psychiques, elle ne les enchaîne pas étroitement comme le raisonnement (qui lui-même reste si souvent impuissant à sauvegarder la logique), elle garde toujours une allure un peu flottante et lâche qui permet aux diverses affinités des éléments mis en jeu de s'exercer assez librement et d'attirer certaines idées qu'une logique serrée laisserait dans l'ombre. C'est de là que viennent son charme et sa force, et l'attrait par lequel nous nous laissons diriger. Les joies du raisonnement sont logiquement plus pures, mais celles de l'imagination sont pleines de séductions moins sévères, plus insinuantes et nous enveloppent par plus de côtés.
Parmi les idées qui sont ainsi suscitées en dehors des règles de la logique, il s'en trouve parfois qui conviennent à merveille au but que l'esprit poursuit et qui se laisseraient rattacher à l'idée directrice par une logique très serrée. L'imagination s'est ici rencontrée avec la raison, mais elle est parvenue par un autre chemin, plus court, plus imprévu, moins régulier. L'esprit a découvert irrationnellement le rationnel et illogiquement le logique. Un écart l'a ramené à la bonne voie. Et le génie consiste précisément non seulement à faire de telles trouvailles, mais à les reconnaître, à pressentir leur valeur, à savoir en tirer parti. J'ai dît comment les poètes savaient utiliser, pour la plus grande harmonie de l'esprit, les combinaisons fortuites de la ressemblance et de la contiguïté.