LA FONTAINE DE U ARTSCHISARAÏ
glerie et le mépris. Il observe sans s'en émouvoir le regard timide, et écoute avec le même flegme les prières, les soupirs craintifs et les murmures. 11 connaît le caractère des femmes. Il connaît It^ur astuce quand elles sont libres et quand elles sont captives. Ni les regards caressants ni le muet reproche des larmes ne touchent son cœur. 11 n'a plus foi aux femmes.
Lorsqu'aux heures de chaleur, les jeunes captives, dénouant leur longue chevelure , vont se baigner dans l'eau des sources, il est là leur éternel gardien, il regarde de sang-froid cet essaim de beautés charmantes. La nuit il erre sourdement dans le harem, il marche d'un pied furtif sur les tapis, ouvre une porte obéissante, s'approche d'un lit et de l'autre, épie avec un continuel souci le voluptueux sommeil des femmes du khan ou leur chuchotement nocturne. La respiration, les soupirs, le plus petit tressaillement, tout est par lui soigneusement remarqué, et malheur à celle qui dans son rêve prononcerait un nom étranger ou à celle qui confierait à une complaisante amie une pensée coupable !
Mais qu3ls chagrins a donc Girey ? Le chibouk s'est éteint entre ses mains. Immobile et n'osant respirer, l'eunuque attend à la porte son signal. Le despote se lève mélancoliquement. La porte s'ouvre devant lui. Il se dirige en silence vers la demeure des femmes qui naguère encore le réjouissaient.
La troupe pétulante attend le khan, indolemment assise sur des tapis de soie, autour des jets d'eau. Avec une joie enfantine, ces femmes s'amusent à voirie poisson plonger
dans le cristal des fontaines au fond du bassin de marbre, et quelques-unes lui jettent leurs pendants d'oreilles en or. Des esclaves leur apportent des sorbets parfumés et un chant sonore et harmonieux retentit dans le harem,