‹ Les tyrans de village (volume 3)Chapitre 7 sur 17 · LK8 TYRANS · texte numérisé non relu

LK8 TYRANS

^ Ifademoiielle Jacqueline Loyseau? Ah ! peut-être bien ! Ahl on a dit à monsieur?...

«. Oui, Ton m'a dit, ~ Vous ave^ encore ici un M, Louspillac?

•^ Oh t certainement, monsieur I fit le père Sanas en roulant des yeux inquiéta.

^ Eh bien I qu'est-ce que ce M* Louspillac? que fait-il? de quoi vit-il?

^ Mais, monsieur, M. Louspillae est Tami de

M. Beautrubin.

— Ah ! Et qu'est«ce que H. Beautrubin T Je vous en prie, ne me dites pas que c'est Tami de M. Louspillac !

«-*-> M. Beautrubin, monsieur? c'est un auden négociant de Paris, qui est i^ujourd'hui bourgeois, proprié* taire, le plus fort propriétaire du pays après M« Fabert, le maire.

En ce moment, on entendit au dehors le bruit assez rapproché de plusieurs coups de pistolet.

— Et tenez, monsieur, vous entendez ces messieurs d'ici I

— C!ommentl ces coups de pistolet, c'est M. Louspillac, c'est M. Beautrubin?

L'hôtelier fit solennellement de la tête un signe afflrmatif, et, baissant mystérieusement la voix :

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*^ C'est toujours comme ça h troi$ heures et demie quand il ue pleut pas. Ils s'exercent, mcmsieur! Le jardin de M. Qeautrubin est mitoyen de Tbôtel Hs ont arrangé un tir dans leur allée de tilleuls. On dit qu'ils ne manquent jamais le petit rond noir de la cible. A des treute et quarante pas I --^ Et le matin» il faut les entendre s'escrimer h l'épée : Aoh! aoh! unel deux! aob! *— Monsieur, vous êtes de Paris, et je me suis laissé coûter qu'& Paris on est merveilleux sur ces arliclee*-12^ ; mais, voiez-vousi M. Louspillac ou môme M. Beautrubiu, qui n'est que son élève, en remontre* raiti à n'importe quelle arme, & tous les Parisiena. C'est comme j'ai l'bonneur de vous le direl ^ Et, U, de vous à moi, sans vous offenser, puisque vous n'êtes pas du pays, je vous assure qu'il ne fait pas bon marcher sur le pied d'un de ces messieurs, ou seulement lui barrer le ehemin, en amour ou en rien du tout!

Michel partit d'un éclat de rire.

•^ Ah ! je comprends, s'écria">t»ll ; ah I c'est trèsamusant I Votre Louspillac, et ce Beautrubin qu'il a dressé, sont à la fois l'orgueil et la terreur de Bellevue, n'est-ce pas? C'est la ménagerie d'ici, hein? Et, fiers mais tremblants, vous faites admirer aux voyageurs

les grosses dents de vos matamores? parfait! Votre bourgade a son César, qui est H. Louspillac, et cette charmante mademoiselle Jacqueline craint de céder à ce séducteur, et ce pauvre M* Firmin n'ose pas la disputer à ce conquérant l

— ^ Mais, monsieur, je n*ai pas soufflé un mot de tout cela ! reprit M. Sanas très-agité. Je suis aubergiste, et je ne me mêle que de mon auberge. Mademoiselle Jacqueline et M. Firmin font ce qu'ils veulent» Chacun est libre, voilà mon opinion. J'estime H« LouspiUac, J'estime H. Beautrubin, monsieur. Mais ils ne sont pas si terribles!... C'est-à-dire je ne les crains pas!... Non! ce n'est pas non plus ce que je veux dire !

— Allons ! vous avez peur d'avoir peur I mon cher . monsieur Sanas* Mais tranquillisez-vous, je sais à

présent h quoi m'en tenir et je ne veux pas vous compromettre. Donnez-moi seulement l'adresse de M. Firmin.

— Rue de l'Oseille, n"" 2, monsieur, au bout de la place du Quinconce. A deux pas.

-^ Merci. — Je sors. Je vais faire un tour par vos rues, et puis, j'irai xhezM« Firmin.

— Et monsieur reviendra dîner ici sans doute?

^ Non 9 je n'ai pas faim , répondit Michel sèchement. Je souperai ce soir, voilà tout.

— Cela suffit ! nous ferons tout pour que monsieur soit content.

— Allons ! l'auberge sera potable , mais voyons la petite ville I se dit le Parisien du bout des lèvres.

Eh bien, la petite ville était agréable et amicale an possible, coquettement assise sur la pente douce d'un coteau épanoui au midi, vivifiée par une jolie riviëre, rOudon» bien coupée par des hasards heureux de places ombragées, de terrasses et de jardins.

Mais son lute et sa joie, sa parure et son bouquet, c'était surtout sa promenade appelée le Cours , une longue allée demi-circulaire, nouée autour d'elle comme une écharpe et rejoignant aux deux bouts la rivière. Jamais Georges n'avait vu pareille avalanche de verdure. Bellevue a été fortifiée autrefois, et la double allée de vieux marronniers du Cours longe les anciens fossés et les anciennes murailles; fossés devenus jardins, murailles changéesenbosquets. Les herbes, les lichens, lés mousses, les lierres et les arbres ont escaladé ces remparts inaccessibles et battu en brèche cet indestructible granit. Immense écrotdement de végétation et de maçonnerie, à la fois ruine et forêt! Les

pranierg ifauvages poussent sur les créneaux, tes chëvrefeuiUes jaillissent à travers les meurtrières, les donjons verdoient au printemps et s'effeuillent à Vautomne , les décombres en fleurs gazouillent de nids d'oiseauxi et Ton trouve réellement là ce qu'on rêve seulement au pays des fées ; des blocs qui embaument et des pierres qui chantent. .

*- L'endroit est charmant, c'est positif! murmurait le jeune architecte, traqué dans sa mauvaise humîeur. Mais il faudra voir les habitante I Quand on songe que, dans ces adorables milieux , les hommes mènent la vie la plus plate et la plus sotte , et que les passions et les pensées ne se développent h Taise qu'à Vombre d'affreuses mines de moellons, telles que la rue de Rivoli l

n était rentré dans les rues, et il vit que le hasard l'avait précisément conduit rue de l'OaeiUe ; car on se retrouve à Bellevue comme on s'égare & Paris. H fut bientôt devant le n"" 9, petite maison d'assez médiocre apparence, à un seul étage et à quatre fenêtres.

n frappa. Une femme d'âge et d'air vénérables vint ouvrir.

— Monsieur Louis Firmin? demanda^*!!.

— C'est ici ', monsieur. Mon fils va revenir d'un

moment & Vaulre. Donnes -vous la peine d'entrer.

Elle introduisit Hicbel dans la première pièce, trèsgimple et môme un peu nue, très-tranquille et même un peu triste. Madame Firmin avança un fauteuil et reprit elle-même sa place sur la cbûse haute où elle cousait près de la fenêtre *.

Pendant quelques minutes de silence , Michel put observer la mère de Louis Firmin«

— Une bonne petite vieille bourgeoise de province t se disait*!!*

Madame Firmin avait soixaitite ans, mais sa taille était encore droite, ses doigts étaient encore agiles. Sa figura, autrefois belle, marquait une douceur forme et une modestie grave. Eme était vêtue de noir. Un gros livro à fermoir de cuivre était posé près d'elle, sur sa table à ouvrage : c'était la Bible,

— Pardon! j'y pense, dit-elle tout à coup à Michel, puisque Louis est en retard, il aura sans doute été forcé de passer chez M. Molineau, l'adjoint. Alors il ne rentrerait qu'à cinq heures. Vous n'avez peut<*être pas le temps de l'attendre, monsieur?^

— Oh ! je ne suis pas pressé, madame, et je tiens à parler aujourd'hui même à M. Firmin. C'est au sujet

de la reconstruction de la mairie. . .

— Mais y monsieur 9 cela regarde platât M. Fabert , le maire. Qui donc vous a adressé à mon fils?

— M. Firmin ne fait-il pas à peu près toutes les affaires du pays? Quand j'aurai causé avec lui, il voudra peut-être bien ensuite me servir d'introducteur auprès du maire; c'est du moins ce que m'a laissé espérer la personne qui m'a renseigné, et que je puis vous nommer, après tout; car le secret qu'elle m'a recommandé n^est pas pour vous, madame. C'est, je crois, mademoiselle votre nièce.

— Jacqueline! s'écria madame Firmin, qui tressaillit.

n y eut un nouveau silence. Puis , elle reprit avec une émotion qui n'échappa point à Michel :

—* Je vous serai obligée, monsieur, de ne pas dire à mon fils que sa cousin^ vous a envoyé à lui.

— Je n'aurais garde , madame , car elle m'a déjà fait la même défense.

-- Ahl... Elle a eu raison, dit madame Firmin avec un sourire qui était douloureux et que Michel crut deviner amer.

— Je ne veux pourtant pas être mêlé à dès commérages, pensait^il.

Et il reprit :

— Excusez-moiy madame; je n*ai vu mademoiselle Jacqueline que peu d'instants et par hasard, mais je dois vous affirmer qu'elle ne m'a parlé de M. Louis qu'avec amitié, et de vous, madame, qu'avec vénération.

— Et pourquoi donc Jacqueline aurait-elle de l'aversion ou de la mésestime pour la sœur et pour le neveu de son père? Notre vie, à Louis et h moi, est modeste et triste, mais. Dieu merci ! elle est nette et droite, et tout le monde y peut regarder, vous qui ne nous connaissez pas tout comme ceux qui nous connaissent. Honneur passe bonheur, monsieur! Ah! si vous m'aviez vue, il y a quatre ans, vous m'auriez vue moins seule; car il y avait alors autour de moi mon mari, mon frère et sa fille, et mes deux fils Jules et Louis.

— Je croyais que vous n'aviez qu'un fils?

— Hélas ! je n'ai plus qu'un fils, en effet. Mon pauvre homme est parti le premier, et puis mon frère, et puis mon aîné, mon bien-aimé Jules, dont Dieu ait la chère âme! Chaque année un nouveau deuil, monsieur, et la robe noire qui continuait 1 Jacqueline est vivante, elle,— béni en soit le Seigneur! et cependant je la pleure aussi, car son affection pour moi est

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morte. Jaquelioe est vivante ; mais celle que j'appeais mon enfant , celle que j*avais fiancée dans mes prières h Vun ou à Vautre de mes flls, où est^elle? Je ne la vois plus deux fois Tan, monsieur, Pardon I je vous dis cela!... c'est justement parce que vous ^tes étranger. Je ne peux pas le dire & ceux dlci, voyezvous I A Louis moins q!a% tout autre! E^t mon cœur» quand le nom de Jacqueline le touche» déborde tout seul,

Elle parlait avec un accent p^ofondi maiâ elle ne voulait pas pleureri et eUe ne pleurait pas^

Micbel commençait h se sentir à la fois surpris et touché,

^ Il n'y a probablement en ceci qu'un malentendu, dit"il ; n'açcuseis pas mademoiselle Jacqueline,

— Oh 1 je ne Taccuse pas, pauvre chère fille I Elle obéit, malgré elle, h une influence maudite,

— Ah ! je sais ! reprit Micbel, moitié pour consoler, moitié pour apprendre; ce fameux Fier-à-Bras dont tout le monde me parle depuis tantôt I Ëh I bien, mais le sentiment que^ ce Croquemitaine m*a paru inspirer h mademoiselle Jacqueline, c'est, je oirois» la peur plutôt qu'autre chose. Est-ce qu'il est sérieux vraiment? est*ce qu'il est dangereux, ce pourfendeur?

PS vili^àgï: 65

Madame Firmm lui ^isit le bras d'un mouYement convalsif comme pour lui crier : Assez I *-^ Michel vit alors avec effroi son visage pâle et boulever$ë| où, eette (ois, des larmes leotesjet silencieuses jaillissaient une h une des paupières, comme des gouttes suintent

d'un rocher.

^ hvv&W9 monsieur! dit enfln la mère d'une voix altérée. Vous ne save« donc pas?... Oh! non, vous ne savez pas l car vous n'avez pas Tair méchant. Vous me demandez, à moil si cet homme est sérieux, Dieu du ciell s'il est dangereux? MaiSi monsieur, il a tué en duel mon fils alnë !

Michel frissonna,

«--Ahl malheureux que je suisi s'écrià^t-il. Ah! j'ai rouvert une blessure terrible I

— Les blessures des mères n'ont pas de cicatrices, monsieur. —Attendez, je vous prie, un peu, Je reviens.

Elle quitta la chambre, et laissa Michel seul pendant quelques minutes.

— Voilà certainement la plus maladroite journée de ma vie! pensait'il, furieux contre lui-môme, Comment diable ! j'arrive, fringant et moqueur, en province, de mon pied parisien et avec mon esprit de

vaudeville, et, à chaque mouvement, je blessé- une . délicatesse pu une douleur; à chaque pas je m'en^ fonce en pleine tragédie I

Il alla au devant de madame Firmin qui rentrait, la démarche et le regard raffermis par une énergique résolution intérieur^.

— Je ne sais pas si vous me pardonnez, madame, lui dit-il, mais moi je ne me pardonne pas.

— Si 1 monsieur, répondit-elle. J'ai à vous remercier peut-être. Écoutez. Je vis désormais uniquement

pour que le fils qui me reste vive. Ma souffrance ne compte donc pas, et même je la bénis quand elle épargne la sienne. Vous allez être avec Louis en relations suivies, et c'est au frère que» sans le vouloir, vous auriez porté ce coup. Il vaut mieux que ce soit h la mère. Comme cela au moins vous êtes averti.

Michel regardait avec étonnement cette mère blessée et virile et le feu qui animait ses yeux gris.

Elle ajouta :

— Ce n'est pas tout Nous ne nous parlons jamais, Louis et moi, de certains sujets ; mais aussi qui me dit que ce silence même ne lui laisse pas tous ses doutes et tous ses tourments? Vous qui venez deParis, quiètes

de son âge, et qui paraissez éclairé et bon, il vous considteray j'en suis presque sûre. Vous auriez pu, sans mauvais dessein, augmenter son trouble. Au contraire, connaissant ce qui est juste et salutaire, 'vous le calmerez. Eii bienl vous me rendrez ce service-là. Je suis contente d'avoir presque le droit de vous le demander. Pour cela, il faut, je sais bien, que je vous raconte moi-même mon malheur. Il le faut. D'autres vous présenteraient mal la vérité. Je vous la dirai, moi. Cela me déchire, mais n'importe ! Nous avons une demi-heure à nous avant que Louis rentre... Je vous la dirai.

— Voilà un caractère! pensait Michel avec admiration.

Respirant fortement pour reprendre haleine et cou-^ rage, madame Firmin continua, — et les frémissements de son cœur étaient dans sa voix :

— Il y aura deux ans le 5 octobre prochain. C'était le jour de la fête de Bellevue, un dimanche. Jules venait d'être reçu avocat à Paris, et il s'était donné un mois de vacances. Âh ! monsieur, il était la gaieté, la vie et l'àme de notre petite ville, le boute-en-train des fêtes, le prince de la jeunesse, — un peu léger, damel à vingt-trois ans 1 mais loyal et tendre, et l'esprit et le

cœur sur les lëvréd. Il aimait d'amotir Jacqueline* Louis Faimait aussi> mais Louis a¥6d.plùâ de timidité et de gravité. Jules disait Taimer comme au fou et que Louis Taimait comme uu sage. Au reste, ils n'é« taieut pas rivaux» ils étaient frères< n était couv^u que Jacqueline choisirait entre eux et que le bonheur de Tuu consolerait le regret de Tautre. Jacqueliûe ne se pressait pas» jouissant de son reste de liberté et de royauté de jeune flUe,. îie voulant pas encore écouteî^ son cœur^èt se laissant aller à llvressé de son Âge dé dix-neuf ans. D*ailleurs, elle ne faisait que de quitter, après quinze mois, le deuil de son père. Cependant, elle avait encore, depuis peu, un troisième prétendant, mais qu'elle avait tout de suite repoussé, celui-là. C'ô* fait... c^était celui que vous disiez tout à l'heure, monsiéur.Vous saurez par d'autres ce qtt*il est. Moi, je ne peux pas parler de lui en chrétienne, je ne peux pas, mon Dieu ! Ce qu^il voulait obstinément, aveuglément, sans scrupule et sans pitié, c'était forcer le consentement de Jacqueline. Non par amour, certes ! mais par téna» cité brutale et vaniteuse, -^ « îi n'en aurait pas le démenti ! Jacqueline n^appartiendrait jamais à tm au^ tre 1 » — il le déclarait tout haut avec des menaces sauvages. Jules en riait, -^ pauvre étudiant tout

chaud de âon t^aris ! n faisait eommô vous, moûsiôtir, et ne prenait p^s au sérieux cet homme ; il l'appelait des noms que vous lui donniez. Bref, à cette fêle du pays où Jac(pieline ne voulait pas aller d*aborct, Jules a obligé sa cousine de danser une contredanse avec lui. Et puis, Vautré a invité Jacqueline, qui l'a refusé. Alors, monsieur, il a publiquement et odieusement insulté mon fll$. Tout le monde voulait empêcher Iules de se battre, -* Car tout le monde Taimait, mon pauvre enfant î On lui représentait que son adversaire se vantait lui-même d*être sûr de sou coup à toutes les armes. Jules répondait, le malheureux ! qu^on ne se bat pas avec des épéés ou des pistolets, mais avec son bon droit et son courage. à. Monsieur! monsieur! ils me Tout laissé assassiner I J'ignorais tout, moi ! Tout à coup on me rapporte mon fils sanglant, mourant ; on rétend là, sur un canapé ; 11 veut me sourire pour me rassurer, et il meurt 1— Tenez, monsieur, j^étais allée vous le chercher, le Voilà I

Elle tendit à Michel un médaillon, un daguerréotype pris par un ami de Jules dans ce dernier et lugubre instant. Michel vit, comme s*il eût été présent, le saisissant tableau : un beau jeune homme aux traits nobles et spirituels, pâle, éteint couché dans ràilitude

dont on ne change plus. Son sourire filial et sa t6te inclinée comme une fleur qui penche donnaient à l'image une poésie charmante, tandis que les linges sanglants et Técume rougeâtre aux coins des lèvres la faisaient d'une réalité terrible.

— Ah ! dit Michel remué, Dieu n'est donc pas toujours juste !

— Si 1 reprit d'une voix sourde madame Firmin en pressant de nouveau de sa main ridée le bras du jeune homme. Voulez-vous que je vous avoue une chose, monsieur? Je n'aimais pas Jules plus que Louis, mais hélas ! je crois que je l'aimais mieux, et Dieu n'est pas content de ces inégalités-là dans le cœur des mères. Aussi j'expie mon tort. Mon bien-aimé fils enseveli, je me suis dit qu'il ne s'agissait pourtant pas de mourir. Louis parlait déjà de venger son frère. Mais il ne le pouvait pas, Dieu merci ! tant qu'A avait sa mère, sa mère dont il est maintenant l'unique soutien ! Alors je me conserve et je me ménage pour qu'il se ménage et se conserve. Vous comprenez, monsieur? je suis son devoir de vivre !

Michel eut des larmes plein les yeux. Elle se rapprocha de lui, et, d'un ton plus confidentiel :

— Mais, savez-vous, monsieur, —j'ai beau survivre

tant que je peux, — savez- vous pourquoi je tremble qne Louis n'hésite et ne lutte encore? C'est qu'aujourd'hui, ce n'est plus seulement le souvenir de son frère qui doit tourmenter son cœur, c'est aussi, — je le sens bien, quoiqu'il n'en parle jamais, — c'est aussi son amour et sa jalousie. Dans les commencements, Jacqueline a été bonne et tendre pour nous. Il ne pouvait être encore question de son mariage avec Louis à côté de cette tombe à peine fermée ; mais elle lui était toujours sœur et elle m'était déjà ISlle. Et puis, au bout de six mois,.ses soins, ses visites même se sont peu à peu ralentis, et, au bout d'un an, ont cessé tout à fait. Quand j'allais la voir, elle me recevait froidement, tristement. Nous avons appris que ce cruel ennemi do notre famille lui avait parlé, lui avait écrit. Est-ce qu'elle aurait changé à'3on égard et n'ose point avouer son penchant à cause de cette mort qui est entre eux?' Ou bien l'a-t-il menacée, lui a-t-il fait peur pour ellemême ou pour Louis?

— Ohl ce serait infâme I s'écria Michel.

— Mon Dieu ! monsieur, vous sentez que je ne puis ici ni accuser ni excuser. Je vous assure seulement que mon Jules était le meilleur et le plus inoffensif des êtiés. Gomment voulez-vous que son... vainqueur soit

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moins violent parce qu'il n'est plus? Au contraire» on a remarqué que c'est depuis ce temps^là qu'il se plàtt & faire la terreur autour de lui« Gela ne m'étonne pas» Je me dis quelquefois qu'on doit craindre octnme la mort le moindre murmure de reproche quand on a un pareil écho dans la conscience^ Âh I le crime rend méchant, bien sûr ! ajouta naïvement msidama Firmin.

^ Mais mademoiselle Jacqueline a-^t^ellei donc laissé supposer qu'elle cédait à Todieuse tyratinie de cet homme?

•*- Non, et c'est bien heureux 1 car Louis autrement ne serait peut-être plus maître de sa colère. En at* tendant, il vit dans cette angoisse. Là délicatesse nous interdit de trop peser sur la volonté de Jacqueline, les tristes misères d'argent s*ajoutant à nôtre incertitude. Jacqueline est riche, monsieur, en comparaison de nous. Elle a trois mille livres de revenu, tandis que nous avons été ruinés par la mauvaise foi de Tancien associé de mon mari, qui a vendu Tan dernier^ une carrière à plâtre, notre unique bien. Il faut que Louis vive et me fasse vivre des mille francs de sa |)lace. Nous avons bien pensé à quitter fieUevue pour laisser Jacqueline maltresse d'épouser qui elle voudrait. Maià

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Lovis trouyeitiMl ailleurs un emploi? Et puis monsieur, je DO suis jamais sortie de mon pays natal» moi ; j'y m comme enraciuéei et, si je m'en arractie, je ne réponds pas de ne pas mourir malgré moi. Gagnons donc da temps» comme on dit; et c'est pourquoi, si Louis TOUS interroge, je vous serai obligée de b«en le conseiller, n'est-ce pas?

«<• Qh I n'en doutez pas, madame. Merci de votre confiance I je la justifierai, je vous le jure !

En ce moment, on frappa à la porte.

^ C'est Louis (dit la mère en tressaillant. Abl monsieur, gardez-moi le secret surtout l

Elle alla ouvrir. Michel, véritablement saisi au vif, attendait l'arrivant avec plus d'impatience et de cnrio* site que s'il se fût agi de VerUrée d'un héros de drame ou de roman au second acte ou au troisième chapitre. II vit un jeune homme de manières très^-simples et très**douces, un peu lourd peut-être et manquant un peu de finesse ; mais il avait une figure ouverte et régulière, un regard sincère et droit et de grosses lèvres très-bonnes. Tout en lui respirait la franchise et la cordialité. Si Tesprlt n'était pas rare, le cœur à coup sûr l'était. Michel voulut démêler dans son air une arrlère-tristesse résignée.

Louis reçut à merveille rarchiteclo de Pîlris. Il s'étonna beaucoup que M. Sanas l'eût adresse & lui, mais il se ferait un plaisir de le guider et de le servir.

M. Fabert» le maire, était absent et ne reviendrait

que le lendemain d'une de ses fermes. Louis s'offrit à faire voir à. Michel, dans la matinée, l'emplacement de la mairie projetée, puis à le mener dans l'après-midi chez M. Fabert. Ce qui fut accepté sans façon.

Le rendez-vous arrêté pour neuf heures à l'hôtel du Lion -d'Or, Michel prit congé, non sans avoir renouvelé ses promesses dans le regard et dans le salut respectueux qu'il adressa à madame Firmin.

Il avait hâte d'être dehors, d'être seul, de rêver, de penser, de revoir dans son esprit toutes ces figures : cette mère si énergiquement dévouée ; Jacqueline mystérieuse, triste et charmante; Louis humble et calme dans le devoir ; Jules gai, brave et brillant devant la mort, et même ce Louspillac féroce, stupide et fatal. Michel allait maintenant avec quelque respect par ces rues bourgeoises. Ce Parisien, devant la province, commençait à éprouver l'espèce d'hallucination qu'éprouve d'ordinaire le provincial devant Paris. Michel ne don-

tait plus que Bellevue ne pût contenir des existences et des destinées toul aussi dramatiques et passionnées que la a petite ville » de Roméo et de Merculio, et il n'était pas loin d'imaginer qu'à cette Vérone angevine il ne manquait qu'un Shakespeare.

li« Soetel« 4es Auls 4e« JLrim»

M. Fabert, le maire de Bellevue, avait admirablement bien reçu Michel, prèaenté par Louis Firmin» et, le surlendemain de son arrivée, il donnait un grand dîner en son honneur.

Plantureux festin de province dont 11 sera plus court d'énumérer les convives que les plats!

n 7 avait à table, autour du Parisien ; — l'amphitryon, un brave homme, heureux et riche, bon époux.

bon pèro et maire excellent ; — madame Faberl, sa femme» sérieuse et dévouée ; — mademoiselle Céleste Fabert, leur fille unique, alors âgée de dix-huit ans, un peu rousse, mais très -douce et très-agréable, et ayant reçu dans le meilleur pensionnat d'Angers la plus brillante ëd^ication, méthode Alvarès Lévy ; — M. Théodore Rusant, le médecin du pays, promis de Céleste ; le seul travers de ce jeune honuue était de s'imaginer qu'il dominait la province parce qu'il était encore dominé par Paris ; — M. Quoniam, pharmacien, petit et sec ; — M. Bigle, juge de paix, gras et calme ; — madame Bigle, une jolie blonde dodue ; — enfin, madame Molineau, femme du notaire et adjoint, grande et vive brune de trente-cinq ans, en rivalité avec madame Bigle ^ aspirant à a la capitale. )»

Après le dîner, il devait y avoir au salon séance de la Société des Amis des Arts.

Qu'était-ce que la Société des Amis des Arts? Oh! parlons-en avec gravité, s'il vous plaît ! MM. Fabert, Rusant, Bigle etH}uoniam en étaient les membres. M. Molineau en était le vice-président et n'avait pas voulu assister au dîner, pour achever la rédaction de son rapport. M« Fabert promettait à ses collègues et convives, pour cette séance mémorable, deux magni-

fiques surprises. Nous ne cacherons pas que Tune était la présentation du projet de la nouvelle mairie» et que l'autre avait trait à Télection d'un sixième membre, en remplacement de l'ancien président de la Société, du digne abbé Chauvelot, curé de Bellevue, décédé le mois d'avant. Hais les mystérieuses réticences de H. Fabert piquaient les curieuses suppositions de ses hdtes, et le dîner y gagna en animation et en gaieté.

C'est que la Société des Amis des Arts était la grande affaire, l'intérêt choyé, le lien aimé de ces bonnes gens^ de ces vieux camarades ! Le conseil municipal ne leur suffisant plus comme prétexte de réunion, H. Fabert avait bravement fondé cette académie locale. Dans le commencement, on ne s'y était guère adonné qu'aux aquarelles et aux collections de papillons et de coquillages. Mais l'abbé Chanvelot, fhi connaisseur en antiquités, avait fait peu à peu, et sans en avoir l'air, l'éducation archéologique de ses amis. On avait découvert à Bellevue un dolmen comme à Saumur, et un camp de César comme à Pont-de-Cé ; et les médailles romaines et les inscriptions romanes avaient fini par devenir une vraie passion pour les habitués du salon Fabert.

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Passion ionooeote et fraternelle, pa^km tranqiUIe et 9ûre l Le passif des déboires y restait toujours bien au-dessous de l'actif des joies, Les dissertations seien^ tifiques vivifiaient» sans jamais la troubler» la paisible entente des cbers voisins et confrères. Us se commu* niquaient leurs recbercbes, ils se lisaient leurs tra* vaux. Ce salon aux couleurs tranquilles» aux bruits étmnts où ils semblaient tous chez eux , n^avait jamais retenti d'une querelle. Rompus aux idées les uns des autres» ils se connaissaient» se comprenaient et s'appréciaient» esprits» cœurs et destinées. Beetbo* ven a de ces sextuors où des instruments différents et semblables» variés d'expression et de caractère» unis dans l'intention et dans Tbarmonie» causent et chantent entre eux, s'interrogent et se répondent» se confondent et s'alternent^ se provoquent et se complètent, *-- ensemble comme s'ils étalent seuls et seuls sans cesser d'être ensemble. Accord touchant et rare que la vie de province peut seule réaliser! Paris» lui» n'a que des duos de temps en temps» des symphonies par-ci par-là» — et encore !

Rendons justice à Michel : lui qui avait vécu et pensé dans des sphères très-supérieures» lui qui savait les mots d'ordre et les mots de ralliement de son

temps, il êttt tout de itiite le dentiiâdfit de ce c(mcen d*atmtié et se mit de très-bonne grftce au diapason» U se préoccupa sérieusement du succès de son projet » il B'i&téressa viTement à Ténigme de la candidature inconnue. Réconcilié tout à £ait avec Bellevuêi il vaiita aux habitants» presque malgré eUK^ leur jolie et calme petite ville allemande. Enfin } quand après le dîner on passa au salon pour déguster le plus savant café, et que mademoiselle Céleste, invitée par sa mère, e&écuta sur le piano m PHèfe dé MéUe de Ros-* sini de Thalberg» Michel, ^ un habitué du Gonser* vatoire I «- applaudit mademoiselle Céleste de la meilleure foi du mondé, tant il craignait de chicaner et de critiquer son bien-*ètre, et de déranger Tharmonie de cet intérieur amical, de ce foyer bienveillant I

Cependant > depuis quelque temps, M. Fabert, inquiet et impatient, tirait sa montre à toute minute.

•^ Molineau est bien en retard, murmura441, bieii en retard I

-*i Ahl VOUS pouvez commencer sans lui, allez ! dit

madame Molineau.

*- Eh bien! si dans cinq minutes il n*est pas ici, tant pis pour lui I nous ouvrirons la séaiice.

Il faut dbe que, pendant le dîner, le salon avaît été

19i LES TYRANS

arrangé ou plutdt dérangé pour des apprêts imposants. Une grande table à tapis vert avait été dressée, garnie d'écritoires et de papier, et entourée de cinq fauteuils. La sonnette de la salle à manger indiquait la place d'un président.

— Est-ce que je ne serai pas indiscret en restant? dit Michel à M. Fabert.

— Par exemple 1 nos séances ne sont pas secrètes. Vous serez avec ces dames.

Michel s'aperçut qu'en effet c< ces dame3 » s'étaient tout simplement installées dans un coin, autour d'une table à ouvrage. C'était fort bien combiné! La science ne dérangeait pas la famille , la broderie anglaise faisait bon ménage avec les monnaies grecques, et les maris se laissaient complaisamment admirer dans leur gloire par les femmes» ce vrai public des hommes. . — Voyons, messieurs, commençons ! dit M. Fabert, tout piétinant d'impatience ; cela fera venir Molineau, et je présiderai en l'attendant.

Les trois seuls membres présents prirent place. M Fabert agita la sonnette.

— La séance est ouverte. Une heureuse séance, messieurs et chers collègues, j'ose vous le prédire l une soirée & marquer de blanc dans nos annales ! —

J'ai promis deux grands événements. — Eh bien i d'abord, M. Michel D... qae voici, a la bonté de nous communiquer son projet pour la construction de notre mairie. (Âhl krcml bravo!) Financièrement, messieurs, cela nous regarde comme conseillers municipaux, et nous aurons à nous occuper mercredi de la question d'argent; mais la «question d'art rentre, je crois, dans notre compétence d'aujourd'hui.

— Certainement! le projet! le projet!

— Voici un bout d'esquisse que j'ai rapidement indiqué depuis hier, dit Michel.

Il remit un papier à M. Fabert. Tout aussitôt les membres de l'assemblée se levèrent sans cérémonie, et vinrent pêle-mêle se grouper curieusement derrière le fauteuil de leur président provisoire.

— Ehî mais ceci a fort bon air! dit M. Fabert charmé à première vue.

— Oh I très-bien ! — Élégant au possible! — Admirable !

— Â la bonne heure! dit Michel en riant, j'aimè que la critique brille comme cela par son absence I

— Ah ! mon cher monsieur, il n'y a pas à dire ,

c'est excellenll Tenons-nous-en là.

-8êr & notifie tdur ? MMUMtta cdicpiéItéâAeiit vëîadiinie

*ï»-*^!«Mi«nit dènso, belle dattéls'ènipffôga dei*- ^M^H. Faliért.

*ït %i^rééideiat porta ie'ï^pojèt 4 ces dames.

-s-^^eh ! bieh joli !^M«i -^jeli 1 aît«àt?înti(laîfne Fàl)ef t ^ët)^«ia^A(âi^lfâiRiieiÉfti.

->— Bien jolit répéta timidement Céleste.

— Comme»o5eSI?iiét ^t'Battcfftr * l'^l^fteTpâpier ! ITfe^tit^KIttdMie Isrgfe. ^Tti rêmartfifë ({âe /'parlaiheur, cela ne plaît pas 'tbtrjbilts ^tJtânttpîtod c'est

-«^^Vétei le pl^ €és dfepô^tîWîs-tttêrîéuTes, ait *itfté*iM.'^^tt 'rtîs^e-ateto^ , -siaJïe ^sT?âs'i)ertliîs ; à gauche, salle de jflHrtïge^tde^pdtx''bu"1ïe'^lfôdli(le "éfsr^lHfè ; * di^oHe, ifwîrste tt pfis^.

-— Conseil de discipline! t^son^I'eièlsimaôifgtfôil- -|«ftsemefttQtttoî*m^ qui- état "^ "de la

garde nationale.

'^Aupi^tïrferiSîâte/biîiiéâtex de 'ï*êtat civil, secrétfl»tàt,-^Mnet du ii^aife,'saHe^Qu* td^ mûDidf»&l et bibliothèque-musée.

^ Musée l s'écria M. Bigle; c'est )à qu'on mettfa

PJE VILLAGE 7«

« es mëd^illes^ Jes ^rjnes anciennes et tous les dëliris de nos fouilles !

Les hoBunes^ont des enfants qui ont de la barbe.

Tous cçs. graves personnages se mirent à détailler de

nouveau lepr jouet de pierre de taille, à monter les es*

caliers et à marcher dans les corridors de leur future

et idéale mairie. Le maire s'y voyait déjà mariant, le

juge de paix jugeant, le garde national mentant sa

faction ; membres du conseil municipal, ils y siégeaient ;

membres de la Société des Amis des Arts, ils y mon*

traient aux, étrangers le musée, les ferrailles rouillées,

les vieux ca3qae$,..les.briques à erocbet, rares trâïors

-portant ces. flatteuses étiquettes : Offert parM. Bmmt

. ^^ Donné far M. Bigk. •?- Trouvé che% M. Fabert. rr-

' Ce ftit: un tutti de joie ingénue.

-r- le reviens à la façade^ dit M. Bigle; cette espèce de pai'che^ les dnqoa six marches, le cadran, tout en est simple et beau. Hais, monsieur, ajouta- tril avec uu embarms qui hésitait entre la mixlestie et la fierté, V09S avez mis là en lettres lapidaires une inscriptiou : HÔTEL DE VILLE ! Bellevue est une viUe^ à coup sûr ; mais avons-nous réellement le droit d'écrire sar la :iname : Hdtel de Ville?

, -^ûh 1 cala Qff fait pas question I iHt.M^Eabert.

— En vérité? reprit M. Bigle rayonnant. Ahl c'est un projet superbe !

Et ce superbe projet fut adopté d'enthousiasme.

De plus, des remerclments furent volés à Tunanimilé à Michel, moins ravi encore de son triomphe que du naif contentement de ses admirateurs.

— Et Molineau qui n'arrive toujours pasi dit M. Fûbert. A' la grâce! je continue!

Il agita de nouveau sa sonnette; chacun fit silence.

— Messieurs, Tordre du jour appelle maintenant la nomination d'un membre en remplacement de notre regrettable et vénérable abbé Chauvelot. — Ah 1 ici encore j'ai à vous annoncer une bonne et grande nouvelle, messieurs 1 C'eût été sans doute à Molineau de vous l'apprendre; mais je vous prends à témoin qu'il est en relard de près d'une heure, et si j'empiète sur son droit, c'est sa faute et non la mienne. {Oui, oui! Chut! Écoutez!) Messieurs, vous vous rappelez que plusieurs noms de candidats avaient été mis en avant, un entre autres, bien célèbre dans le département et même au delà, celui de M. Fortin. Mais nous n'avions pas osé espérer que notre savant compatriote voulût bien nous faire l'honneur d'aocepter une

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