L£S TYRANS
-— C'est inutile ! reprit railleosement Louspillac.
Et y sans avancer, sans viser presque , il tira et abattit le chapeau. En même temps, Beautrubin lâchait son coup ; sa balle filait à quinze pieds audessus de son adversaire. Les deux témoins se mirent à rire.
— C'est à refaire ! cria Beautrubin, humilié d'avoir prêté à rire à des «c officiers français ! »
Les témoins essayèrent de s'interposer ; mais Beautrubin s'obstinait avec frénésie, et Louspillac les rassura par un clignement d'yeux expressif. On rechargea les armes.
— Voyons, puisque vous voulez à toute force être entamé, papa, dit Louspillac à Beautrubin, auquel de vos bras tenez-vous le moins?
— Mais au bras gauche, répondit machinalement Beautrubin, chez qui un commencement d'inquiétude perçait dans la colère.
— Bien I Heureusement, il y a de la marge, reprit Louspillac en pinçant légèrement l'énorme bras du gros homme. •— Ce tigre avait la férocité presque spirituelle.
Cette fois, il ajusta un peu plus longtemps, et, véritablement, atteignit Beautrubin au bras gauche.
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emportant uir lambeau de drap avec un lambeau de chair. Le hasard logea la balle de Beautrubin dans le collet de la longue redingote de Louspillac.
— U y a progrès, dit Louspillac en se rapprochant.
Beaulrubin regardait tout pâle son bras saignant. n avait vu la. mort, et tout à coup éprouvait un effroi rétrospectif : ce rageur, après tout, était loin d'être intrépide.
— Vous avez été généreux! dit à^ Louspillac un des officiers.
— Ohl je n'y ai pas de mérite, mon lieutenairt. D'abord, je suis sûr de mon coup, et puis, j'ai eu le malheur, il y a quelques mois, de tuer un jeune homme à l'épée.
Beautrubin trembla de tous ses membres et manqua s'évanouir.
— Recommençons-nous encore? lui demanda Louspillac en souriant,
— Non ! je vous fais mes excuses! dit-il d'une voix faible.
— A la bonne heure donc! une poignée de main, alors !
Beaulrubin, non pas ému mais secoué, se jeta dans