TECHNIQUE
Le chien a été le sujet de nos expériences ; nous l'avons choisi parce qu'il offre une grande résistanee au traumatisme opératoire et que les dimensions de son estomac permettent des excisions de muqueuse assez considérables.
L'animal était à jeun depuis la veille; l'anesthésique employé a été le chloroforme, précédé d’une injection souscutanée d’atropomorphine ;
ce dernier procédé nous a permis d'éviter tout accident chloroformique.
1° Technique de l’ulcère. — Après avoir pris les précautions aseptiques nécessaires on fait une incision médiane sus-ombilicale par laquelle on atüre facilement l'estomac rétracté sous le foie, hors de la plaie, le reste de la cavité péritonéale étant protégé par des compresses.
On incise l'estomac suivant la grande courbure jusques et y compris la tunique musculaire et alors deux procédés permettent de réaliser l'exérèse de la muqueuse. On peut attirer cette muqueuse, saisie avec une pince, à travers la boutonnière musculaire, fait rendu facile par la laxité du tissu cellulaire sous-muqueux ; on sectionne cette partie de la muqueuse ainsi heruiée au niveau du collet et on la laisse rentrer à l'intérieur du sac musculaire par sa propre élasticité : dans ce cas, on obtient une ulcération dont la disposition est circulaire ou ovalaire. On peut aussi plus simplement inciser directement la muqueuse elle-même,
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ouvrant ainsi la cavité stomacale dont on évacue les mucosités et, selon la méthode d'exploration de l'estomac employée par les chirurgiens, on pratique une éversion de l'estomac : il suffit alors d'enlever une certaine surface de la muqueuse sous les yeux mêmes de l'opérateur.
Pour que cette ulcération soit définitive, il faut prévoir la rétraction extrêmement rapide et considérable de la muqueuse gastrique qui, comme on le verra sur nos figures, se fronce immédiatement, formant une véritable bourse et parvenant à oblitérer complètement l'ulcération lorsque ses dimensions ne dépassent pas 10 centimètres. Ce processus de rétraction explique la plupart des insuccès des expérimentateurs parcimonieux qui faisaient des exérèses trop peu étendues; c'est pour cette raison d’ailleurs que dans nos expériences successives, nous avons {toujours tendu à faire des exérèses de plus en plus larges.
2° Technique des greffes. — Sur le fond dénudé de l’ulcère ainsi obtenu et constitué par la sous-muqueuse et la musculeuse intacte, nous avons greffé des parties de la muqueuse dont nous venions de faire l’ablation. Nous avons, pour ces greffes, employé plusieurs procédés. On peut tout d'abord fixer la parcelle de muqueuse gastrique par un fil de soie en surjet, mais nous avons rapidement abandonné ce procédé, lui préférant la technique suivante : on passe à l'endroit où on veut implanter la greffe un mince bistouri qui traverse en sillon les tuniques sous-jacentes, de façon à soulever en pont une mince bande de tissu sous-muqueux ; sous cette bride, on engage par son milieu la greffe muqueuse à implanter, de façon que celle-ci soit solidement maintenue en place et puisse con-
tracter rapidement des adhérences profondes, sans abanbon d'aucun fil ou d'autre corps étranger pouvant gêner l'évolution de la greffe. On peut de cette façon placer plusieurs greffes sur le fond de l’ulcère et en repérer exactement la situation.
Enfin nous avons employé un troisième procédé auquel on pourrait donner le nom de méthode indirecte. Après avoir refermé l'estomac par un double surjet avec fil de soie et rétabli les plans pariétaux, on fait ingérer, au moyen d'une sonde stomacale, des lambeaux dissociés de la muqueuse gastrique encore vivante, provenant de l’animal lui-même. Ces lambeaux étaient en suspension soit dans une solution saline oxygénée (solution de Locke), soit dans un milieu plus stable de gomme arabique et de gélatine.
Après ces interventions, le chien est maintenu à la diète hydrique pendant deux jours ; on l’alimente progressivement avecunenourriture de plus en plus consistante (soupe de pain), en évitant toujours les aliments durs, tels que les fragments osseux et sans que cette alimentation soit par trop riche en chlorure de sodium. Cette méthode ne nous a donné aucun accident et les suites opératoires ont toujours été fort simples.
Les animaux ont été sacrifiés après un temps variable ; généralement, dans un but de comparaison, les pièces ont été prélevées aux environs du dixième jour ; mais quelques chiens ont été suivis beaucoup plus tardivement jusqu'au quarante-septième et même au soixantième jour. A l’autopsie, on enlève l'estomac, on prélève l’ulcère et les tissus qui l’environnent et on fixe immédiatement dans le Bonin