‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 11 sur 103 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

des Américains se porte surtout, et elle y obtient de merveilleux résultats. Quelles sont les causes de ces succès? Les Américains eux-mêmes en reconnaissent cinq principales : leurs ressources agricoles ; leurs ressources minérales ; le développement et la perfection de leurs moyens de transport ; la liberté du commerce sur tout leur territoire ; le fait que leur population est affranchie « d'idées héritées du passé et ultra-conservatrices ». Ainsi s'exprime le rapport sur le Census de 1900 qui, sans se laisser égarer par l'orgueil national, reconnaît la part de la nature dans la puissance économique de l'Union.

Ce sont là des vues plus justes, à notre sens, que celles d'un certain nombre d'Européens qui voient dans le développement industriel du Nouveau-Monde l'effet de phénomènes passagers et secondaires, comme le protectionnisme et les trusts. Quoi qu'on pense du protectionnisme et du libre échange en théorie, ce ne sont pas les Etats-Unis qu'il faut citer comme exemple des bienfaits du premier. Nous venons de le dire : de l'aveu des Américains eux-mêmes, c'est le libre échange à l'intérieur, plus que le protectionnisme contre l'extérieur, qui est la cause des progrès de leur industrie. Les conséquences du protectionnisme ne sont pas les mêmes dans la grande République du Nouveau- Monde que dans les États, relativement petits, de l'Ancien. Avec leur nombreuse population, qui aug-

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mente si vite et qui consomme tant, avec l'immense étendue de leur territoire où se trouvent les ressources naturelles et les climats les plus divers, les États-Unis peuvent presque tout tirer de chez eux, tout en se conformant à la règle, enseignée par réconomie politique, que l'étendue du marché et la division du travail réduisent le coût de la production. C'est ce que ne peuvent faire, au contraire, la plupart des pays de TEurope, dont le territoire est moins vaste et moins bien doué, la consommation moins active et moins croissante.

Quant aux trusts, loin d'être des organes essentiels, la plupart d'entre eux sont plutôt, à nos yeux, des excroissances passagères du progrès industriel américain. Tandis qu'on s'en eflfrayait en Europe, ils commençaient à donner déjà sur leur terre natale la preuve de leur fragilité. Quelques-uns peuvent réussir, parce que des circonstances très particulières, naturelles ou artificielles, les favorisent exceptionnellement, ou parce qu'ils poussent, à la fois, au plus haut point la concentration de direction et la division du travail qui sont les caractéristiques de l'industrie moderne; encore la difficulté du contrôle dans des entreprises trop vastes finit-elle souvent par amener leur chute. Mais la grande majorité, fruits de conceptions mégalomanes, écloses dans des cerveaux grisés par des temps de prospérité exceptionnelle, dépérissent et tombent dès que survient un ralen-

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IVIII PRÉFACE

tissement de l'activité des affaires. C'est ce qui est arrivé, il y a une douzaine d'années, à une première floraison de trusts^ c'est ce qui arrive de nouveau à l'heure où nous écrivons. Ce ne sont pas les trusts qui ont fait le prodigieux développement de l'industrie américaine ; ce ne sont pas eux qui la rendent menaçante pour l'industrie du Vieux-Monde.

Les vraies causes des progrès de l'Amérique sont autrement profondes. Ce sont bien celles qu'indique le rapport sur le Census et elles peuvent toujours se résumer en ceci : les ressources naturelles du pays sont immenses ; sa population est le produit d'une sélection d'énergies que développe encore l'influence du milieu, de ce milieu neuf où tout croît vite, où le travail et la hardiesse inteUigente peuvent gagner, bien plus rapidement, une récompense bien plus grande qu'en Europe. Si l'on veut entrer dans le détail, on admirera la souplesse de l'industrie américaine, la rapidité avec laquelle elle se transforme, la bonne organisation du commerce et des transports, la rareté de la routine et des préjugés contre le machinisme chez les ouvriers, la hardiesse des capitaux, l'esprit d'initiative des chefs d'entreprise et des employés supérieurs, toujours à la recherche des améliorations techniques et des collaborateurs bien doués*.

1. Ce dernier point est très important. Il n'y a pas de forces perdues en Amérique et Thomme capable y fait toujours son che-

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