‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 73 sur 103 · MOUVEMENT DES SALAIRES AUX ÉTATS-UNIS DB 1880 A · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DES SALAIRES AUX ÉTATS-UNIS DB 1880 A

1880. iS90. 1900.

Nombre d'ouvriers occupés. . . 2.732.565 4.251.613 5.308.406

Augmentation pour cent depuis le

Census précédent » 55.6 0/0 24.9 0/0

Montant total dos salaires (en millions de doUars) 947.9 1.891.2 2.322.3

Augmentation pour cent d'un

Census au suivant » 95.5 0/0 32.8 0/0

Salaire moyen général(en dollars). 346.91 444.83 437.96

— des hommes (end.). ? 498.71 490.90

— des femmes (en d.). ? 267.91 278.08

— des enfants (en d.). ? 137.53 152.22

Le fléchissement observé de 1890 à 1900 est très faible, 1 1/2 p. 100 seulement, et il s'applique exclusivement aux salaires masculins, tandis que ceux des femmes et des enfants sont en progrès ; mais, pour faible qu'elle soit, cette baisse ne s'en étend pas moins à tous les groupes généraux d'industries, h l'exception de ceux qui sont sujets h des mortes-saisons prolongées ; pour ces derniers (industries alimentaires, industries du bois, fabrication des briques, des poteries et du verre) la nouvelle manière de calculer le nombre moyen d'ouvriers occupés, a eu pour résultat de relever la moyenne des salaires ; mais, partout ailleurs, elle paraît bien être en décroissance. Ce résultat contraste singulièrement avec les progrès considérables que l'on avait l'habitude d'observer pendant les décades précédentes : de 1870 à 1880, comme de 1880 à 1890.

Il ne faudrait pas se hâter d'en tirer des conclusions défavorables à l'avenir de l'ouvrier américain. D'abord, comme nous l'avons dit, les résultats des divers Census ne sont pas exactement comparables ; cela étant, un écart aussi faible que celui qu'on relève, dans la plu-

TRAVAIL ET 9ALAIBES DANS l'tNDUSTRIB AMÉRICAINE 381

part des industries, entre les salaires de 1890 et ceuiç^ de 1900, n'a guère de portée ; d'ailleurs, rélimination d'un certain nombre d'employés supérieurs, hautement rétribués, qu'on avait compris à tort parmi les ouvriers, en 1890, devait nécessairement réduire, en apparence, la moyenne des salaires ; puis, comme nous l'avons fait remarquer aussi, les conditions économiques étaient moins favorables à la main-d'œuvre lors du Census de 1900. Il est certain que, si l'on avait fait la statistique des salaires deui^ ou trois ans plus tard, en 1902 ou 1903, on aurait constaté des chiffres sensiblement plus élevés, et, au lieu d'une légère diminution sur 1890, c'est une notable augmentation qui se serait dégagée de l'ensemble. !Ënfm, certaines industries secondaires, mais occupant un assez grand nombre de personnes, qui se contentent d'une rémunération très faible, ont été receusées avec beaucoup plus de soin, en 1900 qu'en 1890. « Ainsi, dit le rapport sur le Census, l'industrie de la térébenthine et de la résine aurait, en 1900, 1.SÛ3 établissements, contre 670 en 1890, et occuperait 41.864 ouvriers, contre 15.266 ; la moyenne des salaires payés dans cette industrie est de 200 dollars (1.000 fr.) par an. Il est donc évident que, dans tous les États où la production de la térébenthine et de la résine est importante, la décroissance apparente des salaires moyens est due, non à une réduction effective de ces salaires, mais au fait qu'on a recensé un plus grand nombre d'établissements payant de très bas salaires à une maind'œuvre non qualifiée (unskilled). n L'égrenage du coton est un autre exemple d'une industrie à bas salaires, qu'on a recensée avec soin en 1900, tandis que, en 1890, elle se confondait plus ou moins avec les opérations agricoles ; le résultat en est encore un abaisse - , ment, purement apparent, des salaires moyens. Les deux

industries que nous venons de citer sont spéciales au Sud des États-Unis et leur influence explique que, dans cette région, les salaires paraissent avoir baissé de près de 9 p. 100 au lieu de 1 1/2 p. 100 dans l'ensemble du pays *.

Il ne paraît donc pas, somme toute, qu'il y ait lieu de s'inquiéter de cette baisse apparente de la rémunération du travail. Le rapport sur le Ce^isus estime, d'autre part, que la hausse de près de 30 p. 100 relevée de 1880 à 1890 est fort exagérée. Il demeure néanmoins que, même en faisant abstraction de l'influence exercée par les industries à bas salaires qui avaient été omises en tout ou en partie aux Census antérieurs, mais qui ont été recensées en 1900, la hausse des salaires, phénomène constant jusque-là, paraît s'être arrêtée de 1890 à 1900. Outre l'influence prédominante de la crise commerciale, dont les effets n'étaient pas encore dissipés quand le Census a eu lieu, il nous semble qu'on peut voir encore deux causes à ce phénomène : l'une est le changement qui s'est produit dans la nature de l'immigration et qui a amené aux États-Unis, à partir de 1890 précisément, beaucoup moins d'Allemands, d'Anglais, de Scandinaves, mais beaucoup plus d'Italiens, d'Autrichiens, de Hongrois, de Russes, ouvriers souvent moins habiles, plus arriérés, et habitués en tout cas à être moins payés ; l'autre est la moindre productivité, observée partout, de l'industrie qui n'est plus toute nouvelle : faisant relativement moins de bénéfices, elle résiste plus aux demandes d'accroissement des salaires.

1. Si l'on retranche les Etats du Sud et que l'on considère tout le reste des Etats-Unis, on voit la baisse apparente des salaires disparaître et les moyennes de 1900 devenir strictement égales à ceUes de 1890.

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