‹ Les Universités de Franche-Comté, Gray, Dôle, Besançon. Documents inédits publiés avec une introduction historiqueChapitre 61 sur 110 · BAUDOUIN A MARÉCHAL · texte numérisé non relu

BAUDOUIN A MARÉCHAL

(3 janvier 1566/7.)

Monsieur, j'ayreceuàceste heure voz lettres par lesquelles me mandez que gens doctes se sont présentez pour lire en droict en vostre université, mays que vous attenderez encores un mois ou environ ma venue. Pour response, il y a long temps que suis bien adverty que auparavant noslre accord on avoit parlé à aultres qui se vantent de leur refus, encores que je ne les estime pas dignes de ce que on leur auroit offert. Mays comme pour cela je n'ay laissé d'entendre à la mesme condition, ayant quelque but plus digne, aussy ce a esté toujours mon intention, comme c'est bien la raison, que ce pendant pour mes empeschemens et retardemens vous ne fussiez pas empeschez ou retardez de vous pourveoir d'aultres que trouverez plus prestz et à vostre dévotion. Plustost je seray bien joyeux que aultres plus capables comme moy ayent ceste charge, en laquelle je n'ay aultre regard que de l'avancement de vostredicte université. Et à ces lins et pour ne vous tenir en suspens aultrernent, je vous ay escriptes les lettres que avez receues dernièrement au jour de Noël, et de rechief je ne peux encores vous mander aultre chose, sinon qu'il ne m'est pas possible estre chez vous cest hyver pour vacquer à la lecture et establissement de vostredicte université, nonobstant la bonne volunté et affection que j'ay encores et auray toute ma vie de luy faire service en ma vocation. Au reste, si le terme semble trop long à messieurs les gouverneurs, ilz sont pour mon regard en aussy grande liberté de se servir d'aultres moins empeschez, comme auparavant nostredict accord, et les prie de prendre ceste mienne déclaration pour un aultre tesmoignage de l'affection que je porte à l'avancement de leur dicte université, sans aulcune particulière considération de moy mesme, comme aussy chascun peult bien entendre que nostredict accord n'a

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aultre respect, tant s'en fault que iceluy doibve empescher ou retarder ce que raesdiz seigneurs trouveront allyeurs plus prest et plus prouflitable pour cest effect. Au reste, je ne vous feray pas plus long discours de noz occupations pour toutes excuses, qui me sont plus nécessaires et raisonables que je ne vouldroye. Seulement je diray que si sur le printemps que j'espère estre plus libre, vostredicte université a besoin de moy, mesdiz seigneurs trouveront encores et toujours en moy l'alTection et dévotion entière de les ayder, conformément à ce que en avez cogneu icy. Ce pendant je leur présenteray et à vous mes humbles recommandations en priant Dieu de vous conserver. De Paris en haste ce IIIe de janvier.

Vostre serviteur, frère et amy, Balduin.

Monsieur du Molin est mort depuys trois ou quatre jours.

A Monsieur Monsieur le docteur Mareschal à Besançon.

Scellée, comme les autres lettres du même personnage, d'unécu non timbré, portant un chevron chargé de deux lions léopardés, affrontés, chacun sur une des branches du chevron, et de plus trois trèfles posés 2 et 1.

LES GOUVERNEURS DE BESANÇON

A BAUDOUIN

(14 janvier ÎS^.)

Monsieur, nous avons entendu par voz lettres à monsieur Mareschal, noslre confrère, la constance qu'avez à l'entier accomplissement de vostre promesse concernant le faict de l'édification de nostre université, de laquelle espérons grand fruict, puys que Dieu nous a tant favorisé que d'avoir addressé à vous, tant pour vostre grand sçavoir que

prudence, par le moyen desquelx tout équitable juge ne iloibt espérer que toute tranquilité. Et si au contraire l'on a semé, l'on voit clairement que l'affection particulière surmonte la raison, de laquelle comme espérons les princes advertis, ceulx qui desguysent la besoingne debvront estre salariez selon leurs mérites. En quoy vostre prudence assez advertie de noz affaires fera jugement si nostre commencement se doibt délaisser. Pour raison de quoy vous prions incontinent nous faire advertissement, pour le certain, en quel moys pourrez venir par deçà, afïin qu'au printemps voyons le germe de vostre heureux et fertile effort s'espauouir et produyre le fruict de l'arbre que Dieu a cultivé en vous. Ne craignez les vermiceaulx, car nous avons moyen de les repurger, faisant entendre facilement, comme avons faict, que toutes noz actions tendent à bonnes lins; aussy croyons indubitablement que soubz vostre conduite nostre université sera victorieuse. Et pouvez entendre par les discours dont monsieur Mareschal nous a faict rapport comme l'on nous traicte. Nonobstant lesquelx et aultres praticques que pourroient estre succédées, ne nous défions de vostre candeur et singulière affection à l'advancement d'ung-si bon œuvre que le nostre.

Pourtant, Monsieur, après vous avoir présenté noz très affectueuses recommandations, prions le Créateur vous maintenir en toute prospérité. De Besançon, ce XIIIP de janvier 1566.

Voz bien affectionnez amys Les Gouverneurs de la cité impériale de Besançon. A Monsieur Balduyn, docteur et professeur en droict, à Paris au cloistre Saint Benoist.

BAUDOUIN

AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON

(23 janvier 1566|7.)

Messieurs, comme je suys marry de la paine que prenez pour me solliciter, aussy je suys joyeux de cognoistre par là de plus en plus vostre bonne affection. Quant aux malins, qui ou en particulier mesdisent des hommes d'honneur et de lettres, ou en publicque taschent d'empescher l'exécution de voz bons, nobles et sainctz dessains, ce sont ennemys communs qu'il faut rembarrer en bien faisant, sans aultrement s'en estonner ou s'en soucier, comme jadis il fut bien dictque, nonobstant les chiens de nuict abboyans, la lune ne laisse point que de poursuyvre son cours. Au reste, je n'useray pas de redictes pour vous recommander vostre louable et vertueuse entreprise et l'affection que je luy porte. Mais pour respondre à votre sommation ou semonce, je diray de rechief que j'espère, ayant faict un voiageau Pays-bas qui m'est nécessaire , d'estre plus délivré à ce printemps pour offrir mon service et m'employer à vostre université, si lors il vous semble encores que le désir que je y ai soit conforme au vostre et que aultre plus capable (que ne vouldroye empescher) ne s'offre à vostredite université. Il me desplaist plus qu'à aultre que je soys si longtemps icy retenu et empesché d'affaires. Mays j'espère en sortir dedans quinze jours et m'acheminer vers le Pays-bas et de là vous mander incontinent de mes plus certaines nouvelles. Je croy que vostre prudence et discrétion entend bien que les grandes choses se font par compas, et pouvez avoir mémoire du proverbe antique : sat cUo, si sat bene. Tant y a néantmoins que j'espère que à ces Pasques j'auray mis ordre à mes affaires, de sorte que avecque ma suite j'auray entière liberté pour vacquer du tout au service de vostre république et establissement de vostre université, dont j'auray plus de moien de m'en résoudre avecque vous

au premier jour que j'auray ce bien de vous ouyr et par ensemble vous exposer de plus prés ce que m'en semble. Cependant vous avez grande occasion de persévérer en la poursuyte de vostre excellente entreprise et en espérer bon succès, nonobstant toute la contradiction de ceulx qui la vouldroient empescher pour l'envye qu'ilz portent au bien pùblicque et à vostre honneur. Au reste, Messieurs, je vous escrips la présente assez à la haste, comme aussy vostre messagier estoit hasté. Mays après vous avoir de rechief promis que incontinent que seray arrivé au Pays bas vous aurez de mes lettres et nouvelles, je prieray Dieu de vous conserver en sa saincle grâce, après m'estresemblablemeut recommandé à la vostre. De Paris, ce XXIII0 de janvier.

Vostre humble serviteur,

François Balduin.

Au bas : Reçu par Jacques Brenot, le pénultième de janvier 1566.

JEHAN DES POTOTS

AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON

(16 avril 1567.)

Très honnorés et redoubtésseigneurs, non l'effrénée audace qu'accompagne coustumièrement la jeunesse, non l'esguillon et stimule d'ostentation, ny semblablement le mespris d'honte et verecundie lasche la bride à ma débile et rude main pour me donner l'hardiesse d'escrire la présente aux excellences de voz dignitez : ains véritablement m'induict, me pousse et sollicite ad ce la grandeur de l'amitié que naturellement je porte à ma patrie, etc

En ce lieu de Pavie se retreuve entre aultres un excellentissime jurisconsulte, natifzde ladicte ville, professeur publique du droict civil en la fameuse académie Ticinoise, stipendié du sénat de Millan, homme meur, eagé, expérimenté, de bonne réputation, conversation, saincte et ca-

tholique vie, vertueux, bening, prudent, diligent, disert, éloquent, prompt, méthodique à enseigner, d'acutz espritz et d'admirable ou plus tost divine mémoire, sçavoir et érudition, tellement qu'après avoir de long temps eu plusieurs actes, concurrances, conclusions et disputes expérimanté et appreuvé l'efficace de sa vive voix et profondité de son sçavoir, à cette heure le bruict et commune famé des doctes et lettrés de l'Italie et terres Tuscanes est incitée et provoquée ou plustost contraincte par la raison mesme de le recognoistre sçavant dessus la capacité du temps , lequel après m'avoir quelque fois... escouté parler sincèrement et à bonne fin de voz nobles estatz, de l'équité de voz justices, de la police bien réglée et ordonnée, procédante de laulhorité de vostre gouvernement, contenant en paix, tranquilité chascun des citoiens et habitantz en office dehu et raisonnable, de la fertilité, aménité, salubrité, sérénité et bonté de l'air du pays, de la situation de vostre noble cité, des rares commoditez qu'elle contient en soy, des antiquitez qui s'y retreuvent, dus libertés et franchises d'icelle,du nombre des gents afTables, courtois et excellents en toutes sciences, arts et facultés, de la fidélité et preudhomie du peuple qu'elle contient entre son spacieux circuict, etc.. me répondit libéralement que sy c'estoit le plésir de voz très honnorées seigneuries luyemploier, qu'il n'yespargne-

roit aulcunemcntsespainnes, labeurs et diligences, etc

Les suppliant très humblement et très affectueusement m'excuser et pardonner sy, escrivant la présente, j'ay uséde trop grande hardiesse à l'endroict de ceulx qui auront tout le cours de leur vie pouvoir, puissance et authorité sur moy

leur très humble esclave etc Dois Pavie, le 16 d'ap-

vril 1567.

Jehan Despoutot.

LES GOUVERNEURS DE BESANÇON

A JEHAN DES POTOTS.

(4 Mai 1567.)

Monsieur Despototz, nous avons receu voz lettres datées à Pavie du XVIe d'avril, lesquelles nous sont esté très aggréables pour avoir aperceu vostre bonne volunté à l'endroit de l'honneur et profïlt de ceste cité, de quoy serons souvenans où l'occasion se présentera. Voz dites lettres contiennent qu'au lieu de Pavie se retreuve entre aultres ung excellentissirae jurisconsulte nommé Thomas Gualla, natifz de ladite ville, professeur publicque du droit civil en la fameuse académie Ticinoise, homme meur d'âge, expérimenté, de bonne réputation, conversation, saincte etcatholique vie, vertueux, bening,prudent,diligent,disert,éloquent, prompt, méthodicque à enseigner, d'acut esprit et d'admirable ou plus tost divine mémoire, sçavoir et érudition, lesquelles qualitez sont bien requises pour nouvellement édifier une université de loix, ce qu'ayant esté préveu par nous, par divers moyens avons peiné pour recouvrer professeur en loix, bien institué des bonnes lettres et ars libéraux, qui sont les moyens par lesquelz au contentement des escholliers du temps présent bien instituez desdites lettres l'on rend lesuniversitezfameuses,commeavonssceu plusieurs estre en France, esquelles les lecteurs ne suyvant l'apparat d'Ytalie méthodicquemeiit ilz traictent les loix, pour ceste considération, si ledit sieur Gualla par le moyen des bonnes lettres a ceste façon d'enseigner à la mode franchise, elle seroit convenable au désir qu'avons de veoir lleurir l'arbre qu'avons édifié pour nostre dite université, dont vous prions nous advertir seurement, et, si ledit sieur est tel que dessus, sçavoir do luy au dernier mot à quelle condition, pour combien de temps il vouldroit se transporter par deçà, luy remémorant, comme prudemment avez faict,

toutes les comraoditez de ceste cité,oultre lesquelles il nous trouvera favorables eu son endroit, n'obmettant luy faire entendre que la despence de par deçà se faict à beaucoup moindre pris qu'en Italie. Et dès qu'aurez négotié le plus secrètement qu'il vous sera possible, nous ferez part par messagier exprès, afïln que suyvant voz asseurez et véritables advertissemens nous prenions résolution sur le tout (1). Pourtant, nous prions le souverain Créateur vous douner la grâce de bien parachever vostre très bon commencement. De Besançon, le IIIe de may 1567.

Les Gouverneurs de la cité impériale de Besançon bien vostres.

A noble homme Jehan Despototz nostre concitoyen, à Pavie.

JEHAN DES POTOTS

AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON

[3 Juin 1567.)

A très redoubtés et très équitables seigneurs, messieurs les Sénateurs de la cité impériale de Besançon, H. S.

Très honnoréset très magniliques seigneurs, puisqu'il a pieu à la bénignité de voz Excellences favoriser si avant vostre très humble et très obéissant subject, désoie consecralernent à l'honneur, salut et service de vostre république, que de luy envoyer lettres de la part de voz très nobles seigneuries, après leur avoir rendu grâces immortelles et prie l'Eternel pour la prospérité d'icelles, avec tout honneur et dehue révérence je les advertiray que le premier jour

(1) Les gouverneurs de Besançon firent offrir à Thomas Gualta dea gages annuelde 800 francs, avec un logis pour trois ans, et le paiement de ses irais de vor*se (lettre à Jean des Potots du 17 juin 1567); mais Gualla demanda 500 éctW ri "abord, puis 1,000 francs, qui lui furent refusés lettre de des Pototsdu 24 juillet 1567.}

du mois de juin je receu icelles voslres lettres et quant et quant un singulier plesir en extrême oblectation desprit, et que ledict jour n'estimant me deuvier du dessain de voz souverainnes volontez ny de mon debvoir, ains plustost donner poidz et asseurance à ce que j'avois mys en train selon l'advertissement que j'avois précédainment donnez à voz très honnorées seigneuries, je communiquay vosdictes lettres au sieur Thomas Gualla, très insigne jurisconsulte, duquel il estoit question, et, suivant le contenu en icelles, je fiz debvoir et diligence d'entendre de luy à quelle condition et pour combien de temps il vouldroit se transporter par devers voz très nobles seigneuries pour emploier son sçavoir et érudition, ensemble ses veilles et labeurs, à l'édifice de vostre académie légale.

Mes très honnorés et très chers seigneurs, la responce première fut telle qu'il désiroit mériter et faire sentir à voz très magnifiques seigneuries au proufitz delà jeunesse, par l'aide et culture de ses forces et labeurs, combien il estoit amysde l'utilité publique, mesme de vostre cité et université, avant que prétendre aulcune récompense : et quant àl'aultre poinct, qu'il sesentoit tellement attiré et gaigné par les récitz et discours que je luy avois faict des commoditez et perfections de vostre cité, qu'il n'avait plus grand désir que d'emploier le reste de ses années au service d'icelle , s'il estoit agréable à vozdictes seigneuries , à quoi il painnerait avec tous les moyens que lui seroient possibles. Toutesfois que je sçavois le désir de voz très uobles seigneuries estre d'entendre et d'avoir asseuré adverlissement sur ce, après avoir ramantheuz audict sieur Gualla le prolilz qu'il pourroit faire estant par de là, oultre les gages qui luy seroient accourdez, l'honneur, i'acistance et la faveur qu'il recepvroit en vostre cité, la bonne raison de tous vivres qu'on avoit enicello, semblablement l'ample rémunération qu'il debvoit espérer et attendre par dessus ses salaires de voz très magnifiques seigneuries, sy moyenuaut son ayde, à l'immortalité de son nom, vostre académie florissoit dois le commencement en célébrité, de rechief je le sollicité et supplié de me donner entière réso-

lutionsurlespoinctsquedessus,àcellefind'enadvertyr,pour mon debvoir, vozdictes seigneuries au pluslosl que bonnement faire se pourroit, tellement qu'enfin icelluy me dict qu'il ne pouvoit s'absanter de Pavie, lieu de sa nativité, sans grandement s'intéresser et discomraoder, alléguant plusieurs raisons servans à ce propos, à l'occasion de quoy et de ses labeurs il prétendoit cinq cents escutz chascun an, un logis pour faire son habitation pendant le temps qu'il seroit stipendié de voz dictes seigneuries et d'estre deffraiez sur les chemins le cas advenant qu'il fut mandé par icelles, se que ne reviendroit à grand frais, d'aultant qu'il délibère et propose laisser sa femme et son filz un an ou deux à Pavie après son départ, et s'accompagner seulement d'un serviteur, ainsy qu'il m'a dict. Oultre ce, désireroit quetost après qu'il seroit arrivé en vostre cité, quelque partie desdictz cinq cents escutz lui fut avancée et contribuée, afDn qu'il so putz plus facilement accommoder, et que le surplus de la susdicte somme luy fut distribuez et paiez de quart d'an en quart d'an. Ou pourra tascherde venir à la somme raisonnable de quatre cents escutz, quant au reste, qu'il s'obligeroit de servir six ans continuels vostre cité et université Quant à l'ordre et méthode que ce grand philosophe tient faisant ses lectures, selon mon débile jugement, il suict de bien près celle que s'observe aux

universitez de la Frauce Dois Pavie, le 3* de

juin 1567.

Votre très humble et à jamais très obéissaul subject et serviteur

Jehan Despoutot.

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