‹ Les Universités de Franche-ComtéChapitre 18 sur 126 · XC1V · texte numérisé non relu

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pas seule la population studieuse. Dans les premières années, les ducs de Bourgogne veillaient avec un soin jaloux à ce que leurs sujets envoyassent à Dole leurs enfants. Souvent même ils subvenaient de leur bourse aux frais d’études de quelques-uns d’entre eux. Nous avons des lettres de Catherine de Bourgogne, duchesse d’Autriche, datées à Gray le 12 août 1425, qui accordent au jeune Olivier de La Marche, le futur chroniqueur de la cour ducale, une somme de 20 fr. pour l’achat d’une robe et son entretien à l’université. Charles le Téméraire donna un jour 200 écus d’or à Jean, bâtard de Bourgogne, son conseiller, protonotairc apostolique, pour lui permettre de poursuivre ses cours à Dole (1). Mais, apres la séparation du duché et du comté, les bourguignons, sans doute par suite de l’antipathie héréditaire qui existait entre eux et les franc-comtois, envoyèrent de préférence leurs fils à Bourges et à Valence. En revanche, la Lorraine, malgré Pont-à-Mousson, l’Allemagne, malgré les faveurs offertes à ses nationaux par la faculté de droit d’Orléans, la Suisse, l’Espagne, les Flandres mêmes, malgré la célébrité de l’enseignement de Louvain, fournirent un contingent plus nombreux à l’école doloise. Le seul obstacle que les étrangers, fort recherchés d’ailleurs, y rencontrassent, ce fut la religion. Ils ne parvenaient aux dignités électives qu’en faisant profession de foi catholique, et les rois d’Espagne, qui obligeaient leurs sujets du comté à faire leurs études sur place, moins pour soutenir l’œuvre de Philippe le Bon que pour éviter l’invasion des doctrines luthériennes ou calvinistes, firent à cet égard une garde si vigilante autour de leur « fille l’université, » que le plus mince hérétique ne réussit jamais à franchir ses portes.

Avoir la diversité d’origine des étudiants, les lignes pro-

(!) Lettres patentes données à Trêves, le 15 novembre 1473 (Arrh. de la Côte^ J Or.)

fondes de démarcation qui les divisaient, leurs mœurs violentes et agitées, on serait volontiers tenté de croire qu’ils étaient insociables, et qu’il n’existait entre eux ni fraternité ni sympathie. Ce serait une grave erreur. Les privilèges aristocratiques du moyen âge avaient ceci de particulier qu’en faisant de ceux qui les possédaient une caste à part, dont les intérêts, les habitudes, les droits, les sentiments différaient de ceux des autres hommes, à ce point qu’ils ne croyaient pas faire partie de la même race, sinon de la même humanité, ils resserraient l’union des privilégiés entre eux, leur apprenaient à se considérer comme les enfants de la même famille, et donnaient à leur affection mutuelle une ardeur que ne peuvent ressentir les grandes masses démocratiques. A mesure que le cercle de la société publique s’étend, la sphère des relations privées se rétrécit : l’individu s’isole et crée des classifications arbitraires, à l’aide desquelles il cherche à se mettre à l’écart, de peur d’être confondu dans la foule. Il n’en était pas de même à l’université. Non seulement les étudiants s’aimaient entre eux, mais ils aimaient d’une jalouse tendresse leur Alma Mater, moins peut-être pour la science qu’ils en recevaient, que pour les franchises qu’elle leur conférait. Bien loin de lui contester son autorité, ils l’auraient accrue au besoin. Ses privilèges n'avaient pas de plus énergiques défenseurs. Ainsi s’expliquent les luttes fréquentes qu’ils soutenaient avec les bourgeois ou les officiers du prince, et dans lesquelles leurs chefs ne craignaient pas de les couvrir, parfois même de les suivre. La réparation de toute insulte, de toute violence faite à un membre de l'université était poursuivie par le recteur et le procureur général, aux frais du trésor commun, à moins que l’offense n’ait été privativement adressée au plaignant, cas auquel il devait demander satisfaction lui-même. Et encore, s’il était pauvre, adeo pauper quam universitas pro

compassionis afjectu commota snam sinyularcm injuriam propriis ctiarn pecuniis procuraret emendari, le corps prenait l’injure pour son propre compte et supportait tous les dépens (1 ).

Les statuts, confirmés spécialement sur ce point par Cliarles-Quint, avaient introduit au profit de l’université un droit excessif que les Etats modernes n’ont pas osé, malgré leur appétit, s’attribuer dans toute son étendue. Quand un écolier ou un suppôt mourait ab intestat, le recteur, le procureur général, le syndic de la faculté et le professeur du défunt dressaient inventaire de la succession en présence du inavcur de la ville. Le décès était ensuite notifié aux parents ou héritiers présomptifs : s’ils ne se présentaient point dans le délai de six mois, le collège s’appropriait l’héritage (2). Eh bien! ce privilège exorbitant ne souleva jamais la moindre protestation. Notez pourtant qu’il s’appliquait à tous, même aux professeurs étrangers, qui apportaient à Dole leurs meubles, leurs livres, et leurs objets les plus précieux. On l’accepta pendant trois siècles sans murmure, en quelque sorte comme le prix de la protection donnée par la puissante corporation à ses membres.

(1) Statuts, ch. XLVli. — Ils fixaient le tarif «les amendes applicables dans ces cas. Pour une injure verbale adressée au recteur ou aux docteurs, l'arneude était de H fr. ; pour une injure atroce ou une voie de fait, de 16 fr. ; s’il y avait eu effusion de sang, «le 26 fr.

Pour une insulte faite aux uobles, licenciés, régents et officiers, 5 fr. Pour les autres écoliers, 1 fr.. ou 6 fr. si le sang avait coulé.

L’offensé pouvait remettre le tiers de ces amendes avant tout jugement .

(2) Statuts, ch. xxt\. Lettres du 8 mai 1531, p. 46.

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