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FINANCES DE L’UNIVERSITÉ. — TRAITEMENT DES PROFESSEURS

L’université de Dole ne fut jamais riche, et ceux qui connaissent à fond le désordre qui régnait autrefois dans les finances publiques n’éprouveront aucune surprise lorsque j’ajouterai qu’elle ne fut jamais exactement payée. Si, comme l’afïirme Gollut, Philippe le Bon et ses successeurs lui « instituèrent une famille composée presque à la roïale, »

(5) Annales de la ville de Dole, ms9. des archives de la Côte-d'Or.

on doit confesser qu’une maison prineière n’était pas ruineuse alors, et ne mettait point ses membres à l’abri du besoin. Mais cette phrase n’est malheureusement qu’une hyperbole. Démentie par les chiffres, par les faits plus encore, elle peut à peine s’appliquer aux premières années de l’université.

Comme tous les fondateurs, le duc Philippe n’avait rien négligé pour rendre son œuvre viable. Nous avons vu plus haut qu’il avait offert des gages fort élevés aux premiers maîtres de la nouvelle école. Les professeurs de droits civil et canon, de théologie et de médecine recevaient en effet deux cents livres par an, ce qui équivaut à onze ou douze mille francs de notre monnaie. C’étaient les honoraires alloués en 1461 à Anselme de Marenches, lecteur ordinaire en la faculté de droit, par les distributeurs Etienne Wurry, Jacques de Chassey et Jean Carondelet. Humbert d’Orchamps, qui était allé le chercher à Ivrée en 1452, lui avait promis deux cents florins de Savoie qui furent bientôt réduits à cent cinquante (1). L’université de Bâle lui ayant offert deux cent cinquante florins d’or, il menaça de quitter Dole et contraignit ainsi les distributeurs à rétablir ses premiers appointements, jusqu’à ce que la création d’une chaire extraordinaire l’ait de nouveau réduit à 150 fr. (2). Les revenus affectés à ces traitements étaient de diverses natures. Outre l’aide de 9,693 livres voté par les Etats pour l’établissement de l’université, le duc avait prescrit en 1 436 la perception pendant dix années d’un petit blanc valant o deniers tournois sur chaque charge de sel vendue à Salins, et la levée pendant six ans de 150 livres sur le corn-

(1) Lettres patentes de Philippe le Bon, du 8 septembre 1454. — Le florin valait alors 12 gros.

(2) Les lettres patentes de Charles le Téméraire, du 20 juillet 1473, rétablirent ses anciens gages.

munal de sa grande saunerie. Quelques jours après, à la prière des « rentiers et moutiers du bourg dessous, » le premier de ces impôts était converti en une contribution annuelle de 500 fr. qu’ils devaient payer à l’université pendant six années (lj. De leur côté, les habitants de Dole, qui ne croyaient pas acheter trop cher la splendeur de leur école, s’étaient engagés à lui verser la même somme durant la même période, sans compter le droit de rouage dont la ville avait frappé dans le même but les voitures étrangères à leur entrée dans ses murs. Il est permis de supposer qu’à ces subventions publiques se joignirent les libéralités privées. Le tout formait un revenu fort respectable qui fut au début, parait-il, régulièrement perçu et sagement administré, car l'université lit des économies et put, quelques années après sa fondation, acquérir moyennant 6,000 livres comptant de messire Jean de Vergy, seigneur deFouvans, une rente de 600 fr. sur le partage de Vignory à la saunerie de Salins (2). Un peu plus tard, elle achetait encore de Jeanne de Toulongeon, dame de Montrichard, une rente annuelle de 50 florins sur la même saunerie.

Mais cette propriété financière ne fut pas de longue durée. Le zèle qu’excitent les institutions nouvelles une fois refroidi, les donateurs se lassèrent de donner, les débiteurs de payer, les procès surgirent. Il fallut recourir au parlement pour contraindre Jean de Vergy à verser les arrérages de sa rente (3), pour faire rejeter l’opposition d’un autre

(1) Lettres patentes du 4 septembre 1436.

(2) Lettres patentes données A Hesdin, le 15 octobre 1441, qui ratifient cette cession.

(3) Arrêt du parlement de Dole du 18 mai 1451. — En 1613, cette rente ne se payait pas encore exactement, car François Vauchard tut obligé de recourir à la chambre des comptes pour obtenir le paiement de 540 livres dues par les héritiers du sieur de Nancray, trésorier de Salins. En 1656, même réclamation du professeur CbaUlot pour 70 fr.

Vergy, le seigneur d’Autrey, qui prétendait avoir une hypothèque sur le partage de Yignory (1), et au duc luimême pour briser la résistance des officiers de la grande saunerie qui refusaient de mettre l’université en possession delà rente constituée parla dame de Monlrichard (2). U fallut plaider contre les échevins de Salins qui, au mépris des privilèges universitaires, s’étaient avisés de prélever au profit de leur ville un vingtième sur la rente de C00 fr., et après avoir perdu devant le bailli, se pourvoir devant le prince pour faire réformer cttte décision (3). Charles le Téméraire, qui venait de monter sur le trône, s’empressa de la casser; mais ce fut autre chose lorsqu’on le pria d’acquitter le legs de 10,000 livres fait par Philippe le Bon à « sa fille, » pour la construction d’un bel auditoire et d’une maison destinée aux écoliers pauvres. L’opulent héritier fit la sourde oreille, et l’on dut se contenter d’une salle fort médiocre que le collège paya de sa propre bourse.

Quand le maître est aussi délicat, les serviteurs ne gardent plus de scrupules. Officiers et simples sujets, tout le monde se crut libéré envers l’université. Elle était presque réduite à la mendicité lorsque les événements qui suivirent la mort de ce duc, le pillage et l’incendie de Dole par les Français en 1179, vinrent achever sa ruine. En rétablissant dans cette ville, le 22 avril 1481, les cours que son père avait successivement transportés à Besançon et à Poligny, le premier soin de Charles VIH fut de faire payer aux distributeurs les arrérages qui leur étaient dus depuis l’année 1476 inclusivement, et qui furent employés à reconstruire sur les terrains du vieux hôpital l’auditoire brûlé par l’armée de Louis XI (4). Déjà, quelques jours auparavant, il avait

(1; Lettres patentes du 19 juin 1460.

(2) Lettres données à Bruges, le 1" juin 1463.

(3) Lettres données à Bruxelles, lo 20 juillet 1468.

(4) Registres de la ville de Dole, du 22 avril 1484.

enjoint aux débiteurs de l’université, y compris le receveur du partage de Vignory, de s’acquitter envers elle sans délai (I). Mais les meilleures ordonnances n’ont de valeur qu'autant qu’on les exécute : les distributeurs ne purent recouvrer que 760 fr., car l’incendie avait consumé la plupart de leurs titres de créance; cette somme suffit à peine à relever les bâtiments et les professeurs seraient demeurés sans salaire, si le roi de France et le magistrat de Dole n’avaient pris les gages du personnel à leur charge.

Malgré ce secours, l’université sortit péniblement de ses cendres. La générosité privée l’y aida vraisemblablement plus encore que les largesses royales. L’ordre était loin d’être rétabli dans ses finances en 1502, puisque l’archiduc Philippe le Beau commit un docteur, le procureur général et le bailli de Dole pour vérifier avec les distributeurs les comptes du receveur de la compagnie, et attribua au bailli la connaissance exclusive des poursuites faites pour le recouvrement de ses deniers (2). C’était sans doute beaucoup d’avoir des comptes exacts et une juridiction spéciale, rapide et peu coûteuse : j’imagine pourtant que l’école eut souhaité mieux encore, par exemple le rétablissement de son ancienne dotation avec les avantages que les ducs lui avaient primitivement accordés. Il n’en fut rien malheureusement, et elle dut vivre de ses propres ressources jusqu’au milieu du siècle, jusqu’aux octrois de Charles-Quint.

Gollut fait honneur à ce monarque de la création d’une nouvelle chaire de droit destinée à un professeur italien. Il eût été plus exact d’écrire restauration, car il existait déjà un lecteur étranger au temps d’Anselme de Morenches, et d’en réserver le mérite au chancelier Nicolas Perrenot, ancien élève de l’université, qui, passant à Dole en 1540, accueillit

(1) Lettres patentes du 8 mars 1483/4.

(2) Lettres patentes du 10 août 1502, aux Pièces justif.

avec bonté les doléances de ses anciens compagnons d’études au nombre desquels se trouvait encore le recteur Richard Receveur, et promit un secours extraordinairedu trésor royal, si la ville consentait à fournir elle-même une somme de 300 fr. par an. A peine en effet était-il de retour près de l’empereur qu’il lui faisait signer des lettres patentes accordant, « à cause des petisgaiges que les docteurs lisans en droict ont en ladicte université, » une allocation de 400 fr. pendant trois années pour faire venir à Dole « quelque docteur d’Ytalie (1). » Cette subvention fut successivement continuée, accrue même de 1543 à 1559, à la prière du recteur, du maire et des échevins de Dole qui craignaient de voir les études tomber « en desréputation » si le docteur étranger cessait ses cours, et elle se confondit par le fait avec les recettes ordinaires de l’université jusqu’en 1571 , époque à laquelle le duc d’Albe l'inscrivit définitivement au budget avec un chiffre supérieur.

Bien qu’elle ait été ainsi portée de 400 à 600 et même à 800 fr. par an, l’allocation royale affectée au traitement des professeurs surnuméraires ne crût pas en raison directe de leurs exigences. Les cités lettrées se disputaient alors à l’envi les jurisconsultes étrangers, les Italiens surtout. Ceuxci, de leur côté, se mettaient volontiers aux enchères. Pour les conquérir et les conserver, la ville redoubla ses sacrifices, l’université dépensa jusqu’à son dernier écu. Nicolas Belloni reçut un salaire annuel de 1,000 fr. (2). Etienne Stratius eut 900 florins avec un traité valable pour dix années, et le trésor municipal supporta en outre les frais de son déplacement, estimés 60 écus (3). En 1568, Olzignianus fut

(li Lettres patentes du 20 mars 1540/1, aux Pièces justif. , p. 48.

(2) Registre' de la ville de Dole, du 20 septembre 1541.

(3) Idem, 9 juillet 1561. — Stratius produisit un mémoire de frais s’élevant pour le seul voyage de Bourges à Dole & plus de 92 livres.

engagé moyennant 550 écus par an (1). Deux ans après, ce fut le tour de Cynus Campanus qui exigea sexcentos aureos italicos. Les honoraires du premier professeur furent fixés en 1583 à 1,200 fr., plus 100 écus pour t son viatique. » Cette somme était encore allouée le 18 janvier 1606 à François Pourtier dans son contrat avec la ville (2). En 1619, on éleva ce traitement à 1 ,800 livres, dont 1,200 à la charge du trésor royal et 600 à celle de la cité (3).

On voit que les lecteurs étrangers, grâce à leur renom , à l’attrait qu’inspiraient les études juridiques, au monopole qu’ils exerçaient, n’étaient nullement à plaindre. Bien loin de là, ils faisaient composer la ville et l’université. Comment celle-ci supportait-elle une charge aussi pesante? En réduisant les gages des autres régents. Non-seulement ils ne furent point augmentés pendant près d’un siècle et demi, mais on leur fit maintes fois subir des retenues et des « syncopes. » Certains maîtres étaient obligés pour vivre de se livrera diverses industries; ils tenaient des pensions d’étudiants, donnaient des leçons en chambre, faisaient des écritures et des traductions. Ainsi le docteur Jean Heberling, professeur de médecine, reçut en 1512 de la générosité du parlement 50 livres estevenantes pour avoir traduit des lettres d’Allemagne (4). Ils ne dédaignaient pas même le commerce, à ce point que le conseil de ville dut un jour censurer l’un d’eux, le docteur Morand, qui, profitant de la

(1) Archives de Dole, cote 1584.

(2) Idem, cote 1585.

(3) Actes du parlement, t. VI, p 198. — En 1623, Bernardin Tornielli accepta les mêmes appointements pour trois ans. (Archives de Dole, cote 1586.)

(4) « En considération, dit le mandat de payement, de la longue maladie qu’il a eue pendant environ neuf mois et aussi de la charge qu’il a de ses femme et enfans. pour le ayder et soubstenir en ses nécess tez esquelles il est survenu à raison de la dicte maladie ; donné aussi en considération de plusieurs services qu'il a faict cy en arriére tant à l’interprétacion des lettres escriptes en alemand venues en ladicte court que aultres services par luy faiz au corp9. »

franchise accordée aux membres de l’université pour l’entrée des boissons destinées à leur consommation, avait ouvert une boutique de détail et débitait du vin à 10 blancs la pinte (1). Il était urgent de remédier à cette misère et à ces scandales, lorsqu’en 1570 Philippe II augmenta la dotation universitaire de 3,000 fr. comtois par an, qu’un réglement du duc d’Albe répartit l’année suivante entre les divers professeurs. Jetons un coup d’œil sur celte pièce reproduite d'ailleurs plus loin, mais qui mérite une attention particulière, parce qu’elle nous fournit pour la première fois un ensemble de chiffres officiels sur la situation financière de l’université.

Les deux théologiens ordinaires professant la sainte écriture et les sentences sont augmentés chacun de 100 fr. par an. Le duc d’Albe leur promet en outre une prébende à l’église de Dole.

Le professeur principal en droit canon reçoit 200 fr. par an, et « le moins principal » 100. La même espérance leur est donnée.

Au professeur de droit civil étranger, il est alloué 600 fr., sans compter la somme qu’il touche de la ville ; 200 fr. à chacun des deux professeurs ordinaires anciens; 200 fr. au premier professeur des institutes; 200 fr. à celui qui occupe la chaire de droit criminel.

Le lecteur principal en médecine reçoit les mêmes honoraires dont moitié seulement est attribuée au moins principal.

Les gages des régents de philosophie sont augmentés de 50 fr.; ceux du professeur de lettres latiues de 1 50, et ceux des professeurs de grec et d’hébreu de 100.

Enfin, le notaire et le bedeau reçoivent 50 fr.

(1) Délibération du conseil, du 4 février 1586.

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