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Ces chiffres ne représentent pas les traitements réels, mais seulement l’augmentation procurée par l’édit de 157 1 . II convient d’y ajouter le produit des rétributions scolaires et celui des examens, dont nous ferons plus loin connaître le tarif. 11 faut également tenir compte des nombreuses immunités dont jouissaient les membres de l’université, comme l’exemption d’impôts, la décharge de toute taxe et de tout service municipal, guet, garde urbaine et logements militaires, de la réduction qu’ils obtenaient d’ordinaire sur le prix de leur loyer, enfin des prébendes attachées à certaines lectures. De temps à autre, mais rarement, des pensions et des bénéfices venaient même accroître le budget universi taire. Ainsi, sous le règne de Philippe II, grâce à je ne sais quelle influence, le souverain pontife avait autorisé l’école à percevoir une somme d’environ 600 fr. sur l’abbaye de Montbenoit (1). Si mince qu’ils fussent isolément, tous ces filets d’eau ne laissaient pas de former en se réunissant une grosse rivière, et à l’exception de quelques lecteurs ès-arts, toujours assez mal traités (2), la condition d’un régent de Dole au xvi® siècle eût été fort enviable, presque égale à celle de ses collègues dans les autres universités (3), et assu-
(1) Rech des Etats de Franche -ComU' , t. II, p. 47.
(2) En 1554, les régents ès-arts ne touchaient encore que 20 et 25 fr. de traitement annuel, quoiqu’ils fissent une leçon par jour.
(3) A Bourges, en 1550, Alciat recevait par an 600 écus nu soleil comme professeur extraordinaire; en 1557. Duaren y touchait comme doyen 9G0 livres : Uoneau 300 ; Bouguier 150; Jean Raby, docteur en droit canon, 140 ; Louîh Roussard, lecteur d’institutes, 50. (Raynnl, Histoire du Berry, t. III, appendice, n° XVUI.) Lorsque Duaren mourut, la même université n’offrit à Cujas que 600 livres de gages au lieu de 300 qu’il avait lors de Bon premier professorat, et si en 1575 elle portait ce chiffre À 1200 I , c’est que la grande réputation du maître l’avait rendu exigeant . Les gouverneurs de Besançon, comme nous le verrons plus loin, ne lui firent pas des propositions plus avantageuses. Au xvn® siècle, un professeur ordinaire, Edmond Mérille. n’avait encore, malgré la dépréciation des espèces monnayées, qu’un traitement de 500 livres, alors considéré comme supérieur à celui de ses collègues. — Les universités étrangères n’étaient guère plus généreuses. En 1556 l'académie de Prusse offrait à llotman pour le retenir dons son sein 500 florins d’appointements ; c’était, dit-il lui-même, un chiffre exceptionnel (Hotm. ep. vï,
5 juin 1556). A Heidelberg, en 1572, Doneau ne recevait que 200 florins, huit
rément supérieure à celle de nos professeurs de facultés (1), si le désordre des finances et l’incurie d’une administration trop centralisée pour être partout vigilante n’avaient en fait singulièrement réduit la légitime rémunération de ses laborieux efforts.
Toute favorable qu’elle parut être aux intérêts scolaires, l’ordonnance de 1571 reçut pourtant sur l’heure de l’université elle-même une première atteinte. On a remarqué qu’elle attribuait au premier professeur de droit canon, sous le nom de principal, 200 fr. de gages, et 100 fr. seulement au moins principal, c’est-à-dire au second. Cette inégalité dans le titre et dans le traitement était contraire aux statuts qui avaient établi quatre professeurs principaux, deux en droit canon et deux en droit civil. Le 21 juin 1571 , sur la proposition du vice recteur Jean Colard, le collège décida que les quatre professeurs ordinaires recevraient un salaire égal et que la première annuité de la nouvelle dotation serait placée de manière à produire un revenu de 100 lr. qui permît d’élever les honoraires du second professeur de droit canon au même taux que ceux du premier.
Elle reçut bientôt après une seconde atteinte plus grave et malheureusement plus difficile à réparer. Malgré les inhibitions les plus énergiques (2), le receveur général des confiscations pour le comté de Bourgogne, qui devait verser la dot annuelle, sans doute encouragé par la chambre des comptes,
mesures et demie de froment et une voiture de vin, comme premier professeur de la faculté de droit; c’eut loin des 15,000 florins que le célébré Thibaut avait de nos jour «dans la même ville. Par contre. i\ Leyde, Doneau touchait 1,000 fl. en 1579 (Eyssel, JT>'/c Doneau, p. 1 17'. A Louvain, les professeurs de théologie étaient gagés à 200 fl. en 1549 Cependant les honoraires étaient plus élevés en Italie. Haldus avait 1,200 fl. en 1397 à Pavie; Jason 2.250 fl. en 1492, et Menoch 6,000 livres en 1589.
(1) l.es charges de conseillers au parlement de Dole, que l’on accordait souvent aux professeurs comme une récompense de leur longue et honorable carrière ; ne rapportaient en 1575 que • sept vingt-sept écoz. * ( Rects des Etats, t. I, p. 229.)
(2) Elles furent renouvelées en 1572, 1579, 1581. 1583, 1593, 1597. 1616, 1619 et 1629.
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saisit le prétexte d’une instruction du sieur Foncq pour fermer sa caisse, et refusa de payer. Le recteur se plaignit, le parlement délivra des contraiutes à sa requête (1), mais l’opiniâtre comptable ne se fit pas faute de recommencer et son exemple fut suivi par le trésorier des sauneries de Salins. En 1578, l’université perdant patieuce députa au conseil privé de Bruxelles l’un de ses membres, alors simple écolier, Guillaume de Boisset, dont le père, conseiller au parlement, se rendait lui-même à la cour. Boisset sollicita énergiquement le paiement des nouveaux gages arrêtés par la jalousie tracassièredes maîtres aux comptes « dois depuis plus de trois ans. » On se contenta de lui donner copie d’une lettre adressée à la chambre, « pour faire comme il aura à soy régler. » C’était lui dire crûment : « vous nous fatiguez. » Quatre années plus tard, l'affaire n’était pas encore terminée, quoique le collège ait mis en mouvement les Etats de la province (2); on s’était même gêné moins encore : un particulier avait reçu, comme récompense de ses services dans les Pays-Bas, 60 fr. à prendre sur les deniers universitaires. Le 2 octobre 1582, le parlement est invité par des lettres royales à transmettre sans délai l’avis qui lui avait été demandé deux années auparavant sur la réclamation des professeurs, et la chambre des comptes est en même temps sommée de fournir ses explications. Croyez-vous qu’elle s’en émeuve? Nullement : elle répond le 16 novembre que le retard ne provient point de sa faute et qu’on ne saurait l’attribuer qu’au receveur des confiscations dont la négligence a égaré des pièces nécessaires. Ridicule excuse qui ne trompe personne, car le cardinal de Granvelle écrivait à ce sujet au sieur de Broissia : « ceulx de la chambre y ont mis difficulté à cause
fl) Arrêt du 14 août 1571. Un semblable fut rendu en 1599. (2) Reeh de* Etats de Franche-Comte, t. I, p. 134 et 283.
de leur prétendue précédence (1). » Mais le conseil ne s’en occupa point davantage, puisqu’en 1585, les Etats renouvelaient la demande d’un < assignai particulier » pour la dot universitaire que chacun se refusait à payer. Plus heureux que les indigènes, les professeurs étrangers recevaient régulièrement leurs gages à chaque trimestre, car on redoutait qu’ils prissent la fuite (2). Pour les autres, dont le salaire devait être soldé deux fois par an, le 8 janvier et le 8 juillet (5), on leur prêchait ironiquement la patience et la modération des désirs, lorsqu’on daignait leur répondre. Quelques-uns trouvèrent plus simple, non de quitter l’école à laquelle ils tenaient par sentiment national, mais d’escompter leurs mandats chez d’honnêtes industriels qui n’oubliaient pas sans doute leur droit de commission.
Ce n’étaient pas pourtant les écritures qui faisaient défaut. Les distributeurs dressaient chaque année l’état des lectures et faisaient soigneusement noter par le normateur les inexactitudes et les absences des régents. On en trouvera plus loin une preuve dans les pièces justificatives (4). Chaque vacance, chaque retard est pointé : il n’est pas fait grâce d’une demi-heure perdue. Mais à quoi bon tant de vigilance lorsque la caisse est vide? En dépit des registres, les gages demeurent impayés : au 1" février 1600, l’université n'avait reçu que 2,100 fr. sur 17,325 dus à ses officiers depuis 1593! On comprend que le patriotisme ne suffit pas à remplir les chaires et que les auditoires se dépeuplent. Si en 1577 « toutes les lectures sont ponrveues, sanlf l'extraordinaire et Pébrayque, ceste-cy à faute de per-
(1) Lettre * du cardinal de Granvelle publiées dans les Mémoires de la société d’émulation du Jura, 1864.
(2) Les quittances de Bernardin Tornielli en font foi.
(3) Décision des distributeurs de 1589.
(4) Ainsi on lit dans l’état de 1596 : s M. Vaulchard a faict deffault au dernier demy an, les 4, 5. 6. 8 et 9 d’aost, 9, 17 de décembre. »
sonnaige ydoine pour la desserte d’icelle, et l’aultre pour ce que défaillant asseu rance de payement, l’on n’y a appelé aucun professeur, » en 1594, huit sont vacantes, et l’année suivante six, entre autres les deux chaires de théologie et la chaire d’hébreu, c’est-à-dire celles qu’il aurait été le plus urgent de remplir, si l’on ne voulait fermer les cours et déserter la lutte contre un jeune et ambitieux rival, le collège des jésuites.
On la déserta en effet, et l’on dut même colorer des plus spécieux motifs cette honteuse retraite qui ne s’expliquait au fond que par l’indigence du trésor universitaire. Aussi quelles plaintes, quelles récriminations, quel concert de doléances ! Au sein de l’académie comme au conseil de ville, comme aux Etats, le mot de ruine est dans toutes les bouches : l’université s’en va, l’université est morte! Voici qu’en décembre 1595, l’archiduc Albert vient à traverser la Franche-Comté. La ville lui fait aussitôt présent d’une tasse valant 335 fr., afin d’avoir l'occasion de lui représenter humblement que l’école est en grande décadence par suite du manque de revenus. L’archiduc graliosie beaucoup les députés dolois, répond en espagnol, disent les registres municipaux, au compliment français deM. Chaillot, promet tout. . . et ne fit rien. Peut-être les charges du trésor royal, appauvri par de longues guerres, retinrent alors sa libéralité. Mais plus tard les raisons d’économie disparaissent, et l’indifférence subsiste. En 1614, l’Espagne est en pleine paix, et cependant les professeurs déclarent aux Etats que leur revenu est réduit à 800 fr., « le quart à peine de ce qui conviendroit à seize otficiers. » Ils ajoutent qu’ils ne reçoivent plus rien des sauneries récemment amodiées, ni de la dot de 3,000 fr. assignée sur les confiscations de la maison de Chalon, qui depuis ont été levées. Quant à la pension sur l’abbaye de Montbenoit, elle est depuis long-
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temps éteinte. Les Etats appuient chaleureusement la réclamation : que répond le gouvernement? « Leurs Altesses auraient pour agréable que les Etats ajoutassent quelques sommes de leurs deniers par an aux professeurs de l’université de Dole, comme naguère ont fait les Etats de Brabant aux professeurs de l’université de Louvain; mais, comme ils s' en excusent, et que lesdits professeurs leur ont fait présenter requeste, icelles la feront voir, et s’y résoudront au plus lost, le plus favorablement que, selon la courtesse des deniers, se pourra faire (1). »
Voilà qui est clair : ni le prince ni les Etats ne veulent délier leur bourse; ils se retranchent derrière leur pauvreté : c’est une excellente excuse dans la bouche du monarque qui épuise l’or des Indes et dans celle de l’assemblée qui, le lendemain, paie 3,000 écus le sourire d’un ministre des Pays-Bas !
Cette triste situation se prolonge jusqu’à la conquête de Louis XIV. Cependant, de temps à autre, pour ne pas trop mécontenter la ville, qui faisait entendre des plaintes souvent énergiques, le prince daignait augmenter sur le papier les revenus universitaires. Le 12 mai 1617, l’archiduc fixait à 3,300 fr. le chiffre de la dotation, y compris les 800 livres qui restaient de l’ancien fonds. Les traitements des premiers lecteurs en droit canon et en droit civil étaient élevés à 400 fr. et celui des seconds à 300. Le premier professeur de médecine devait toucher 350 fr. Deux ans après, on ajoutait 200 fr. pour le professeur d’anatomie et 1200 fr. pour le lecteur surnuméraire « dans le but de retenir à Dole les sujets de S. A. et tous autres attirés par la célébrité des maistres (2). » Le roi Philippe IV allait même
(1) Rêcès des Etats, t. II, p. 49. — Cependant les Etats accordèrent en 1621 600 fr. à l’université « pour ayder au voyaige en Flandre d’un commis député aux affaires de ladite université. »
(2) Lettres patentes du 9 octobre 1619.
jusqu’à donner en 1631, sur la requête de Pierre Verney, professeur de médecine, en faveur de qui l'archiduc Albert avait créé en 1619 une chaire d’anatomie aux gages de 200 f., une somme de 700 livres destinée à la construction d’un amphithéâtre pour les dissections qui se faisaient jusqu’alors dans les maisons particulières ou dans des salles louées par les étudiants (1). Enfin en 1635, il instituait une chaire de droit coutumier bourguignon, qui fut confiée, mais seulement « par forme d’essay » au docteur Talbert, avec un traitement annuel de 500 fr. (2). Heureusement, Talbert sortit victorieux de l’épreuve, car six années plus tard il fut maintenu dans ses fonctions (3).
En vérité, ce ne fut pas la faute du pouvoir central si l’université doloise prolongea son existence pendant trois siècles et si elle fournit les conseils du gouvernement, comme les corps religieux ou civils de la province, d’hommes d’Etat, d’érudits, de lettrés, de doctes prêtres et d’illustres magis-
(1) V. Pièces justificatives.
(2) Idem. Supplique de Talbert au conseil des finances et ordonnance de payement de deux années de gages arriérés, en date du 22 janvier 1659.
(3) Ce que nous venons de dire de la dot s’applique au matériel de ('université, même à son logement. L’école n'avait que deux auditoires, une grande salle avec un vestibule à droite du porche d’entrée, et une autre pièce appelée salle du canon, outre quelques chambres et un four. Une requête présentée au roi par l'université à la fin du xvi« siècle nous apprend que ces auditoires a sont situez sur rue publique fort estroicte et subjecte au bruict des chariotz, personnes passans et repassans, et des mareschaux, serruriers, manouvriers et artisans besoigneux de leur inestier avec bruict ; qu’il n’y a aucungs portiques, court ny place soit couverte ou à l’ouvert pour les disputes des escoliers devant ou après les lectures, etc. » Elle conclut en conséquence à ce qu’il lui soit accordé trois ou quatre mille fr. pour construire trois ou quatre auditoires. Mais le conseil privé, consulté sur la demande, se borne à conseiller au roi d’inviter les habitants de Dole « qui reçoivent fruict et proffit de l’université » à supporter celte charge. En 1635, le collège renouvelle sa pétition, et le 9 mai une ordonnance lui alloue deux mille francs au lieu de trois qu’il sollicitait, mais le 21 juin, le receveur des épargnes répond à la sommation du recteur qu'il ne peut payer, parce qu’il n'a pas d’argent. En 1642, nouvelle réclamation adressée celte fois à la chambre des comptes qui écrit au bas : s patience qu'il y ait des deniers des parties casuelles. » Elle fit la même réponse en 1646 et en 1672 pour la dot de 3,300 fr. ( Inventaire des titres de l’universiU .)
Nous avons dit plus haut que l’université possédait une chapelle, dédiée à saint Georges, où l'on célébrait tous les dimanches, à 8 heures, une messe solennelle,
trais. Frappée dans sa constitution, dépouillée au nom de l'ordre de ses plus chères libertés, dédaigneusement oubliée de la métropole à l’instar de ces colonies lointaines dont l'Espagne ne se souvenait que pour les opprimer et les appauvrir, réduite à solliciter son pain comme une aumône, elle aurait succombé cent fois sous les débiles héritiers de Philippe II, sans le zèle de ses professeurs, sans le dévouement patriotique de ses enfants, sans cette énergie patiente, cette froide opiniâtreté, traditionnel apanage de la race franccointoise, qu’on peut vaincre sans doute, mais qu’on ne lasse jamais.