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CX XIV

rachète la qualité : chaque fois que nous voulons prouver notre amour à la jeunesse, nous lui infligeons un nouveau concours.

L’université de Dole conférait les mêmes grades que les autres écoles de l’Europe. Sauf quelques exceptions qui seront indiquées en leur lieu, voici la forme et l’ordre des promotions.

L’aspirant au baccalauréat subissait deux épreuves successives, l’examen et la proposition.

La première n’était pas publique. Elle avait ordinairement lieu dans le logis du professeur choisi par le candidat pour présider à l’examen, et à l’heure indiquée par le doyen de la faculté ou par le recteur. Pour éviter des pertes de temps, il était d’usage que deux ou trois élèves se présentassent ensemble. Ils récitaient libro closo les textes qui leur étaient assignés, puncta assignala, et sur lesquels ils étaient interrogés, paraît-il, parle promoteur ou le président seul. Mais les autres régents qui assistaient à l’examen devaient ensuite les argumenter, au moins deux fois chacun, sur le même sujet ; après quoi iis se retiraient pour délibérer et faire connaître leur vote au recteur.

Deux mois au plus après cette épreuve, le bachelier devait faire sa proposition sous peine de nullité. Il la soutenait publiquement dans la chaire de l’auditoire de la faculté, en présence du recteur et de deux docteurs au moins, qui y étaient invités par déférence. Personne ne pouvait sortir de l’auditoire que l’acte ne fût achevé (1).

La licence se conférait à peu près de la même manière, mais avec plus de solennité. Il y avait aussi des textes assignés, des argumentations secrètes suivies d’une harangue publique, arenga.

(1) Statuts, ch. XLin.

L’examen auquel on n’était admis qu’après avoir produit au recteur un certificat d’assiduité et d’accomplissement des leçons prescrites, devait durer au moins deux heures. Le recteur avait le droit d’y assister, quoiqu’il ne fût pas public. A son issue, les professeurs délivraient au candidat reconnu suffisant un certificat dressé par le secrétaire de l’université et signé de quelques témoins. C’était sur la production de cette pièce que le vice-chancelier, à qui la collation des grades était réservée par les statuts, remettait publiquement au liceucié les insignes de sa nouvelle dignité, après lui avoir fait prêter serment d’allégeance et de fidélité au duc de Bourgogne, de respect et d’obéissance au recteur, et après avoir reçu de lui la promesse formelle de ne pas se présenter au doctorat ailleurs qu’à Dole (1). L’université déployait toutes ses pompes à l’occasion de cette investiture qui devait avoir lieu, sous peine de nullité, dans les trois mois de l’examen. Le récipiendaire, précédé de hautbois, se rendait processionnellement avec le recteur, le collège et les étudiants dans le grand auditoire où il faisait sa harangue et sa leçon, offrait à l’assemblée, par la main des bedeaux, des dragées et des vins fins, surtout du vin de Beaune, dans des coupes

(1) Le tarif des droits perçus à la collation de chaque degré était déterminé par les statuts ainsi qu’il suit, pour la théologie, les décrets et les lois :

Baccalauréat.

Licence.

Doctorat.

Au recteur.

. . . 5 gros.

10 gros.

20 gros.

Au be leau général ....

. 4 gros.

8 gros.

8 fr.

Au bedeau particulier de la faculté. 2 gros.

4 gros.

8 gros.

A l’université

... 2 flor.

4 tlor.

8 gros.

A la faculté

. 1 «or.

2 flor.

2 flor.

Au vice-chancelier ....

1 salut.

A chacun des examinateurs .

. . . 1/2 fr.

1 salut.

Au procureur général. . . .

. . . 4 blancs.

4 bl.

Au procureur particulier. . .

... 4 blancs,

4 bl.

Au receveur général ....

. . . 1 blanc.

1 bl.

Ces droits étaient beaucoup moindres pour la médecine et les arts. Ils étaient remis au candidat qui faisait preuve de son indigence. Les slatuts défendaient aux examinateurs, sub periculo animarum suarum, de rien recevoir au-delà, directe vel indirecte , pour l'assignation des textes ou les examens (ch. xlvi).

d’argent (1), et répondait aux questions des paranymphes. Puis le cortège se dirigeait à l’église Notre-Dame, où le candidat présenté par le recteur fléchissait le genou devant le vicechancelier qui prononçait à son tour une allocution fréquemment interrompue par des vivat. On chantait une grande messe et la journée se terminait par un somptueux repas, aux frais du licencié, qui devait y convier, outre ses condisciples, les membres du collège et les bedeaux.

Ces festins, chers à la jeunesse, étaient aussi anciens que les universités. On les trouve en usage à Bologne dès que les étudiants y furent organisés en corps. La vanité s’en mêla bien vite et l’on s’y livra à de telles prodigalités que Benoît XII, en 1337, et Clément VI, en 1349, interdirent aux chanoines réguliers d’y dépenser plus de deux mille tournois d’argent, ce qui représente à peu près 1,725 fr. de notre monnaie. Afin de prévenir les abus qui atteignaient surtout la classe pauvre, les statuts de Dole laissaient aux licenciés en théologie, droits et médecine le choix de donner un banquet ou de verser à la caisse universitaire une somme de 10 fr., élevée à 18 pour les docteurs (2). Est-il besoin d’ajouter qu’ils profitaient rarement de cette alternative et qu’ils aimaient mieux mettre leurs livres en gage, à l’instar d’un des précepteurs de Pétrarque, le vieux Convennole, qui perdit ainsi le traité de Cicéron sur la Gloire, que de renoncer à ces débauches dont ils sortaient souvent légers d’argent, mais pleins de vin, vacui et gravati, comme l’avouent sans gêne nos statuts? Il vint bientôt un jour où l’université fut obligée de proscrire cèt usage non pour la licence — cela parut impossible — mais pour le bacca-

(l'i Tam de bono vino belnensi quant specialibus variis et optimis largissime assumpturi... (Statuts, ch. xuv.) A Louvain, le vin de Beaune partageait la faveur avec le vin du Rhin.

(2) Statuts, ch. lix.

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lauréat en droits, où il s’était glissé, à moins que les nouveaux bacheliers ne trouvassent des compagnons disposés à payer leur écot ; dans ce cas, dit-elle avec naïveté, chacun pourra boire autant qu’il voudra (1).

Le doctorat enfin qui suivait de près la licence, n’en différait que par le privilège d’enseigner. Autant qu’il est permis d’en juger par les documents échappés à la ruine de l’université, c’était moins un grade scolaire qu’une distinction honorifique, dont le signe visible était le bonnet, birretum. L’aspirant à cette dignité suprême choisissait pour parrain le professeur qui lui avait fait subir ses épreuves de licence; une chaire était dressée dans l’église, le promoteur y prenait place et le candidat s’asseyait à ses pieds. Là il récitait (2) un texte des Décrétales, du Code, de Galien ou d’Hippocrate, sur lequel les écoliers seuls l'argumentaient. Les docteurs présents délibéraient ensuite sur son aptitude et, si elle était reconnue suffisante, il recevait des mains du promoteur, après une double harangue, le livre ouvert, l’anneau, le bonnet et le baiser de paix avec la chausse doctorale. Le festin n’étaitjpas oublié, comme on pense, et le vin de Bourgogne coulait à flots.

Il nous faut maintenant jeter un coup d’œil sur chacune des cinq facultés afin de noter la physionomie spéciale de leur enseignement.

Faculté de théologie.

La théologie, cette science longtemps unique, qui absorba les autres pendant une partie du moyen âge, ne fut point tout d’abord enseignée à Dole.

(1) Statuts, ch. XLiu.

î) Recitare ne signifie pas ici reproduiro littéralement par la mémoire, mai* exposer avec brièveté une proposition.

Philippe le Bon l’avait solennellement promise : il l’avait même, par une adresse ou une supercherie peu digne d’un grand prince, spécialement désignée dans ses lettres patentes du 22 juin 1423 comme l’une des facultés dont Martin V lui avait accordé l’institution. Néanmoins l’université n’eut à l’origine, comme sa sœur de Louvain érigée par le même papeen 1423, que quatre facultés, les décrets ou droit canon, les lois ou droit civil, la médecine et les arts. C’étaient les seules dont le Souverain Pontife ait fait une expresse mention. Nous avons dit que l’Eglise répugnait à autoriser un enseignement rival de celui de Paris. Elle essayait alors d’ailleurs, selon Juste-Lipse, de mettre un frein aux controverses théologiques dont l’hérésie de Wiclef, de Jean Huss, de Jérôme de Prague, lui avaient appris les périls (1).

Le duc ne se découragea point. Il renouvela sa demande, il envoya missions sur missions à Rome, il invoqua les vœux presque unanimes de son peuple. Une circonstance fortuite lui assura le succès : le concile de Bâle venait d’entrer en lutte ouverte avec le successeur de Martin V, Eugène IV, qui, personnellement plus favorable aux études dogmatiques (2), appela à son secours les théologiens et leur accorda deux facultés à Louvain et à Dole. La première fut créée le 7 mars 1431 et la seconde, la nôtre, le 30 octobre 1437 (3).

(1) Il n'y a point d’hérésie, disait avant lui Gautier de Saint-Victor, qui ne soit sortie de la dialectique : Ht ergo totos (lies et noctes tenait, ut interrogent, vel res pondeant.

(2) Nos igitur, dit Eugène IV dans sa bulle de 1437, qui eatndem theologiain u bique vigere incensis desideriis afiectamus.

(3) t ... Statuimus et ordinamus, dit la bulle d’Eugène IV, quod deinceps perpetuis futuris teinporibus, faeultas theologise in dicto studio de Dola, cum omnibus juribus, ernolumentis, honoribu9, oneribus, libertatibus, privilegiiset immunitatibus quibus decretorum et leguin ac aliæ inibi institutæ facullates quomodo libet gaudent et potiuntur, sit et esse debeat. et aliis ibidem facultatifs aggregetur. ■ Cette faculté, ajoute-t-elle, est accordée sur la demande des recteur, docteurs, maîtres, licenciés, bacheliers et autres étudiants de l’université de Dole, ainsi que d’un grand nombre de séculiers, seculares guamplurimi religiosi diversorum ordinum, etiam de baronum et nobilium généré procreati.

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