‹ Les Universités de Franche-ComtéChapitre 29 sur 126 · CL VI · texte numérisé non relu

CL VI

brusquement dans les conseils de la couronne et ne se fit pas attendre; le 13 décembre, un capitaine pénétrait avec une troupe de soldats dans le logis du jurisconsulte et lui intimait l’ordre de partir dans les trois jours. En vain invoqua-t-il sa qualité d’étranger, le traité de neutralité qui existait depuis 1522 entre le duché et le comté de Bourgogne, et demanda-t-il une semaine pour tout délai. On lui répondit que sa nationalité était précisément la cause de son expulsion et qu’on recourrait à la force s’il n’obéissait de bonne grâce.

La nouvelle de cet ordre brutal souleva l’université. Désertant leurs salles, les écoliers coururent chez les principaux membres du parlement et à l’hôtel du mayeur, afin de solliciter un sursis. Le recteur lui-même, en robe plissée et en bonnet carré, se rendit le lendemain au palais, pour implorer l’intervention de la cour. Mais la volonté royale était précise. Tout fut inutile. Désespérés, furieux, les étudiants se jetèrent alors dans leurs classes, brisèrent les bancs et les tables, saccagèrent les auditoires, grimpèrent sur les toits et auraient peut-être démoli l’édifice si Dumoulin, attiré par le désordre, n’avait calmé leur colère en leur promettant une dernière leçon pour le surlendemain.

Le 16, en effet, au matin, les portes de son logement s’ouvraient devant une foule avide, mais encore frémissante et irritée. Le professeur la reçut botté et coiffé, caligatus et petasatus, comme un voyageur. Il expliqua les lois cominodissimc et filius a paire, ff. de liberis et poslhumis, en attaquant vivement, selon sa coutume, les commentateurs dont il ne partageait pas l’opinion, mais sans faire la moindre allusion à son prochain départ. Tous les yeux pourtant étaient mouillés de larmes, toutes les mains se tendaient à lui en signe d’adieu. Ses ennemis eux-mêmes, — il en avait au sein de l’université, — s’associaient, eu apparence

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