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CI. XVI

tique embrasse, il est vrai, le vaste champ de la philosophie tout entière, car, selon Aristote, l’une discute tout ce que l’autre connaît : elle réunit ainsi la logique à la physique ou à l’étude de la nature, à la métaphysique ou à celle des idées universelles, à l’éthique ou à la morale. Mais comme la philosophie ne connaît encore que peu de choses, la science du pour et du contre est souvent réduite à argumenter dans le vide, et d’ailleurs n’est-elle pas plus propre à développer le raisonnement que la raison, à obscurcir l’esprit qu’à l’étendre, à le charger de mots barbares, de vaines et étroites formules qu’à rompre ses terrestres entraves et à lui faire pousser ce noble cri : Excelsior! Toujours plus haut?

Telle qu’on l’entendait alors, la philosophie méritait donc la dernière place dans la hiérarchie universitaire, quoiqu’elle occupât la première dans l’enseignement. C’était par elle, en effet, que commençait d’ordinaire l’instruction académique, dont elle formait la base presque obligée. Elle l’était au moins à Dole pour les étudiants en médecine, et si leurs condisciples en théologie et en droits s’affranchirent parfois de suivre les cours de la faculté des arts, comme nous l’apprennent deux requêtes présentées à l’Empereur en 1545 et 1554 par la ville de Dole, ce fut un abus contre lequel protestait une tradition respectable, à défaut d’un texte précis que nous n’avons pas rencontré dans les statuts il). Estce à leur défection qu’il faut attribuer la mince considération dont jouissaient à Dole les études philosophiques au moment même où elles jetaient un vif éclat à Louvain? Il est difficile de le croire, lorsqu’on voit les « artiens » placés au dernier rang dans les statuts primitifs, et leurs professeurs

(1 ) Il fallait cependant être maître aux arts pour se présenter aux examens de

théologie.

rétribués comme de simples pédagogues. Aussi, à quelquesuns près, comme Juste Lipse, qui ne fit qu’une rapide apparition à Dole, comme Babel, Gollut, qui yenseigna l’histoire et lalittérature latines, Antoine Lulle surtout, l’ami d’Erasme, de Ramus et de Gilbert Cousin, qui y conquit une grande renommée en publiant ses trois traités d’éloquence et de rhétorique (1), la faculté des arts n’eut que de médiocres régents, dont les jésuites eurent facilement raison, quand ils vinrent fonder leur collège, et que l’on finit même par supprimer comme inutiles en 1617, en attribuant aux deux professeurs de médecine le droit de conférer les grades à leur place (2).

A ce moment elle se composait de quatre lecteurs titulaires, qui existaient depuis la fondation de l’université, d’un professeur de littérature latine ou d’humanités et d’un professeur de littérature grecque, dont les chaires avaient été créées en 1570-1571. Le cours complet durait deux ans et demi. Il embrassait, comme nous l’avons dit plus haut, la logique, la physique, la métaphysique et la morale. Les écoliers do la première année, novi logici, devaient étudier omîtes libros logicales, tam veteres quam novos et aliquid de philosophia naturali ; ils ne pouvaient être admis au baccalauréat qu’après avoir suivi régulièrement les leçons publiques pendant un an, à moins d’une dispense spéciale que le collège ne leur accordait que sur l’avis de la faculté et leur solennelle promesse de suivre postérieurement les cours dont ils étaient exemptés avant l’examen (3).

(1) Prngymnasmata rhetorica, Bâle, 1550-1551; Basilii mugit i do exercitatione QTammalica, Bâle, 1553 ; de Oratione libri VII, Bâle, 1558.

(2) V. Pièces justif., p. ICI. — L'université elle-même recourut quelquefois aux jésuites pour faire ses cours. En août 1589. l'évêque de Nicopolis fut chargé par les distributeurs de s’informer près des PP. Jésuites s’ils n’auraient pas un religieux gradué ès-arts, ntm effectu, pour faire une lecture â la prochaine rentrée, parce qu'on ne trouvait personne en ville. ( Registre des distributeurs.)

(3) Statuts, ch. lvi. C’était même plus qu’une promesse, c’était un cautionnement, de hoc fide dignam præstabunt cautionevt.

En temps ordinaire, c’est-à-dire quand les professeurs ne se relâchaient point de leurs devoirs, ces leçons avaient lieu deux fois par jour. Elles étaient suivies, comme dans les autres facultés, de disputes publiques entre le maître et les élèves, ou entre ces derniers seuls qui luttaient de baroco et de baraliplon tout en reconduisant leur régent à sa demeure (l).Rien ne favorisait plus, il faut en convenir, ce goût de la discussion, celte manie de voir partout des objections à faire, des problèmes à résoudre, que la dialectique aristotélienne, grossie de la glose, qui entasse les abstractions au lieu d’en déblayer le sol, et heurte ses graves chimères, heccéités, quiddités, polycarpéités dans d'épaisses ténèbres.

Le baccalauréat n’était pas la première épreuve. Il y en avait une autre préparatoire, nommée dètcnninance, que les nouveaux écoliers devaient subir dans les premiers mois de leur inscription, et qui consistait à discuter publiquement et en robe un certain nombre de questions choisies d’avance par un professeur (2), en présence du recteur, des docteurs, des régents, du procureur général, du procureur de la faculté et du bedeau, à chacun desquels le déterminant remettait une paire de gants en cuir (3). Une fois reçus bacheliers, les élèves prenaient le nom de physici et suivaient pendant dix-huit mois des cours d’histoire et de philosophie naturelle, de métaphysique, de cosmographie, de géométrie et de morale (4). Ils étaient tenus en outre de disputer trois

(1) Ces questions roulaient sur le commentaire des catégories d’Aristote par Porphyre, sur l’Herméneutique et sur la grammaire d’Alexandre.

(2) Enquête laite en 1579 sur l’état de l’université de Dole.

(3) Ces gants étaient dus à tous les invités. Mais le candidat d’une pauvreté connue était dispensé d’en donner à d’autres personnes qu’au recteur, au procureur général et aux professeurs ès-arts. (Statuts, ch. lx.) A Louvain, on en donnait de quatre à sept douzaines. (Statuts primitifs delà faculté des arts de Louvain, publiés par M. Reusens.)

(4) Voici la liste des ouvrages qu’ils devaient étudier pour arriver à la licence : Omnes libros logicales, octo libros physicorum, très de cœlo et mundo, duos de

fois par semaine pendant le carême ou à une autre époque tixée par les professeurs.

Les promotions à la licence, que l’on confondit longtemps avec la maîtrise, gradus magistcrii, avaient ordinairement lieu au mois de mars. Pour être admis à l’examen, les candidats présentaient au recteur un certificat des régents de la faculté constatant leur assiduité aux leçons données dans l’auditoire des arts, car il y avait aussi en ville des cours particuliers dont ou ne tenait aucun compte, à moins qu’ils n’eussent été faits dans l’un des collèges agrégés à l’université. Puis ils payaient un écu à chacun des quatre professeurs pensionnés de la faculté, tant pour leur peine, disent les statuts, que pour le loyer des livres dont ils avaient fait usage. Ce droit était réduit à un florin monnayé, si le candidat avait apporté au cours ses propres volumes (1). Enfin ils;devaient après leur réception un salut d’or au vice-chancelier qui leur conférait le grade, s’ils étaient plusieurs, et dix gros par tête, s’ils étaient reçus isolément. Nous avons décrit plus haut la forme des examens, qui ne présentaient pas à l’origine les difficultés 'dont on les entoura dans la suite, quoique le concours des lignes n’ait jamais existé à Dole comme à Louvain (2). Nous avons également retracé les fêtes et les cérémonies par lesquelles on célébrait les promotions : il suffira d’ajouter ici que les « artiens » qui appartenaient d’ordinaire à la classe la moins riche, étaient autorisés à se réunir deux ou trois pour donner le repas

generatione, très de anima, tre* Mithæorum parva naturalia, très Iibro9 motaphyaicæ, tractatum de sphera, primum Kuclidis et sex Elicoruin. (Statuts, ch lxii )

(1) Le droit de location do chaque volume de philosophie et de logique était fixé à trois blancs. ( Statuts , ch. lxiii.)

(2) On appelait ainsi le classement des candidats de chaque pédagogie en trois lignes dont le rang était déterminé par un concours. Les trois premiers formaient la première ligne ; les trois suivants la seconde, et les trois derniers la troisième. (V. M. Reusens.)

d’usage, et pouvaient même se dispenser de cette cérémonie coûteuse en versant trois francs à la caisse universitaire.

La maîtrise ou le grade de docteur ès-arts était conférée sansgrand apparat. L’examenqui précédait la prise du bonnet, aclus birctalionis, avait lieu sous la présidence d’un régent, en présence des autres professeurs et du procureur général, et se réduisait pour ainsi dire à une simple formalité. C’est peut-être la raison pour laquelle les licenciés étaient indiflé— remment appelés magistri ou licentiati. Pour la réception, le promoteur dénouait la ceinture du récipiendaire et lui disait en latin : « Je détache votre ceinture, afin que vous sachiez que vous êtes désormais libre des écoles et des études d’humanités. » Il lui remettait ensuite un livre fermé qu’il ouvrait aussitôt, en ajoutant : * Ce livre que je vous remets d’abord fermé, puis ouvert, indique que vous êtes maintenant libre d’enseigner ici et partout ailleurs les secrets de la philosophie. » Enfin, en lui plaçant sur la tête le bonnet doctoral : « Recevez ce bonnet, disait-il, et qu’il brille sur votre tête comme une couronne ! Au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »

L’étude de la haute littérature grecque et latine ne s’introduisit officiellement à l’université de Dole qu’en 1571. Il serait injuste néanmoins de supposer que ces deux langues y aient été proscrites ou négligées jusqu’à cette époque, car on sait que tous les cours se faisaien t en latin et que l’épreuve préparatoire de la déterminance portait en partie sur la grammaire grecque. Quiconque ignorait les parties du discours était averti qu’il s’interdisait les arts :

Qui nescil partes , in vanum tendit ad artes.

Mais soit quelle ait partagé à l’égard de ces langues les

scrupules d’Erasme (1), soit plutôt qu’elle ait été trop pauvre pour augmenter le nombre de ses chaires, l’université se contenta, pendant cent cinquante ans, des notions élémentaires que ses élèves apportaient des pédagogies et des écoles privées. Ces notions étaient fort incomplètes, même pour la langue de l’enseignement : il s’était établi depuis plusieurs siècles une distinction entre deux latinités, l’une savante et correcte, l’autre usuelle, barbare, abandonnée à tous les caprices populaires. C’était malheureusement cette dernière qui avait, autrefois, passé de la rue dans les monastères et était restée dans les écoles.

Elle ne se purifia guère qu’après la Renaissance, sous l’influence des « maîtres muets, » comme parle Gui Patin, c’est-à-dire des chefs-d’œuvre de l’antiquité qu’un culte pieux exhuma pendant un siècle des ruines de l’empire bysantin et de la poussière des cloîtres. Mais la passion que l’on ressentit alors pour les anciens fut telle que l’on pilla leurs pensées au lieu de les choisir, que l’on gâta même quelquefois leur langage, sous prétexte de se l’approprier. Notre université ne fut pas à l’abri de ce mauvais goût : pleine d’ardeur et d’inexpérience, elle transportait dans son étroit domaine tout de l’antiquité, l’arbre et les racines; elle n’apprit qu’au siècle suivant l’art de greffer l’élégance et la clarté des latins sur le naïf bon sens du vieux français.

Moins dégénéré, le grec était aussi moins répandu : on ne rencontrait guère de bons hellénistes que parmi les dominicains, et malgré la grande réputation de Guillaume Fillastre, il faut descendre jusqu’en 1458 pour trouver un Grec réfugié, nommé Grégoire Tifernas, pourvu d’une chaire permanente à l’université de Paris. Les premiers professeurs

(1) Unus adhuc acrupulus habet animum meum, écrivait Erasme à Capiton le 25 février 1517, ne sub obtentu priscœ litteraturæ renascentis caput erigere conetur Paganismus. (Herminjard, Correspondance des Re formateurs.)

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de littérature ancienne à celle de Dole furent contemporains de Danès, de Turnèbe et de Valable au collège de France; ils précédèrent Casaubon, mais ne tardèrent pas, malgré l’éclat jeté par l’un d’eux, Hugues Babel (1), dont le nom est aujourd’hui fort oublié, à céder presque sans résistance la place aux jésuites qui tentaient une révolution pédagogique et avaient fait des études littéraires l’objet de leurs principales réformes.

Faut-il placer dans la faculté de théologie ou dans celle des arts l’enseignement de la langue hébraïque? L’ordonnance du 18 mai 1571 qui créa la chaire d’hébreu à Dole l’avait attachée à la première, et, de fait, la plupart des docteurs qui l’occupèrent étaient des théologiens. On peut même ajouter que l’interprétation des Saintes Ecritures et des Pères fut la cause principale de l’admirable développement qu’a pris depuis trois siècles la philologie, car presque tous les fondateurs des écoles orientales contemporaines de la réforme avaient appartenu ou appartenaient encore à l’Eglise. Néanmoins il convient de ne point séparer l’étude de cette langue de celle du grec et du latin dont elle se rapprochait et dont elle partagea le sort.

Ce serait une erreur de croire qu’elle ait été systématiquement proscrite par l’orthodoxie catholique. Le pape Clément V avait en 1312, après le concile de Vienne, décrété la fondation de chaires d’hébreu, d’arabe et de chaldéen dans plusieurs grandes universités. Certains ordres religieux, surtout les dominicains, tenaient à honneur de posséder les langues orientales dont la connaissance était nécessaire aux catéchistes des infidèles. Ceux de Dijon s’intitulaient massorii dans un acte de 1439, comme s’ils avaient

(1) Hugues Babel conduisit scs élèves en Angleterre et aux célèbres universités d’Italie. 11 laissa sa riche bibliothèque et ses manuscrits à son savant compatriote Jacques Boissard, mais le tout périt dans un incendie.

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été les dépositaires de la tradition des docteurs juifs. En 1455, les écoliers parisiens faisaient venir à frais communs un professeur de langue hébraïque dont ils suivaient le cours sur une grammaire en latin composée par les ordres de l’évêque de Durham. Il est vrai toutefois que les hébraïsants inspiraient quelque défiance parce qu’on redoutait qu’ils n’altérassent le respect attribué à la leçon consacrée des Evangiles. Cette suspicion expliquerait peut-être pourquoi l’université doloise fut si longtemps privée de cet enseignement spécial, si le maigre budget de l’école n’était un motif plus vraisemblable encore. Sanscela en effet, il serait étrange qu’elle en fût redevable au protecteur de l’Inquisition, à Philippe II lui-même, et que celui-ci le lui ait accordé, comme il l’affirme, afin de fortifier dans son sein les doctrines du Concile de Trente. On sait d’ailleurs qu’à peine établie la nouvelle chaire demeura vide, moins par faute d’auditeurs, dont le nombre était cependant fort restreint en 1589 (i), que parla difficulté qu’éprouvèrent les distributeurs à se procurer un bon professeur pour cent misérables francs (2). Aussi les jésuites eurent moins de peine à s’en emparer que des lectures de théologie, et sa suppression était déjà consommée en fait, lorsque l’ordonnance de 1616-1617, qui leur confiait le cours d’hébreu, vint la sanctionner.

Là s’arrêtait l'enseignement supérieur dans l’université de Dole. Il nous eût été possible d’ajouter bien des traits à cette légère ébauche. Mais n’aurions-nous pas abusé de la patience de nos lecteurs? Si incomplète qu’elle soit, elle suffit d’ailleurs, ce semble, à mettre en lumière l’économie des études qui nourrirent six ou sept générations d’hommes non-seule-

(1) Registre des distributeurs.

(2) Requête de l’université au Roi, sans date, mais de la fin du xvi* siècle. Elle demande que l'on unisse la chaire d’hébreu à une chaire de théologie. Le conseil privé fut d'avis d'autoriser cette fusion, à la condition que le professeur de théologie serait - obligé de lire quelque leçon en hébreu. «

ment dans le comté de Bourgogne, mais dans une partie de l’Allemagne et des Pays-Bas. C’est une justice devenue banale que de reconnaître à la science moderne une lucidité et une ampleur qui l’élèvent tellement au-dessus de ses devancières que toute comparaison serait impertinente, sinon impossible. Mais si les sources sont plus abondantes et plus limpides, si nous pouvons apprendre mille fois mieux et davantage, est-il bien certain que nous étudions autant? Le sillon s’est à coup sûr élargi, s’est-il creusé en proportion? Préoccupés presque tous que nous sommes de posséder vite et de jouir au plus tôt, n’aurions-nous pas pour l’étude libre et désintéressée un mépris presque égal à celui qu’inspire la lâche et stérile oisiveté ? L’Etat lui-même, qui veut sincèrement encourager le talent, mais qui a surtout besoin d’hommes pratiques, ne serait-il pas entraîné malgré lui à négliger la haute culture de l’intelligence, qui semble le privilège des aristocraties, pour ces notions plus concises et plus familières qui s’approprient mieux au tempérament et aux intérêts du peuple? Est-ce un progrès ou un recul? L’avenir seul nous le dira. Quant à l’esprit impartial qui se tient à égale distance des dénigrements injustes et des admirations passionnées, et ne se retourne vers le passé que pour découvrir le berceau du présent, il lui est interdit de méconnaître que nos vieilles écoles, si limitées dans leur enseignement, recélaient pourtant de libres et généreuses ardeurs, dont le chaos scientifique des premiers âges semble avoir attisé la flamme, au lieu de l’étouffer et de l’éteindre. Pour nous, derrière ces écoliers bouffons et tapageurs, ces clercs ribauds, ces truands, ces pères-fols, ces <* goiiards » aux tensons burlesques et aux soutenances ridicules, qui représentent aux yeux d’une certaine histoire toute l’ancienne université, nous distinguons nettement l’énergique labeur de l’étudiant pauvre qui, sans souci des gémissements du corps, employait

le quart de sa vie à développer son intelligence, à tremper son âme, et qui, aux clameurs bachiques de ses condisciples avinés, répondait sans relâche par le noble cri de Marc- Aurèle : Laboremus !

Altéré de savoir, dévoré du besoin de sonder l’inconnu, il ignore la vie dont les passions vulgaires n’effleurent pas son visage; si ses ressources intellectuelles sont médiocres, quelle virilité dans le caractère, quelle hauteur dans le sentiment, que de naïveté, que de foi! On croirait voir en lui la pensée humaine s’ébauchant, se corrigeant, se perfectionnant sans cesse, et ne suspendant parfois sa marche que pour se rejeter encore haletante, mais plus fière et plus vigoureuse, à travers les ardus problèmes de l’esprit et de la nature. Celui-là est le véritable ancêtre de notre société laïque, le précurseurdes érudits du xvne siècle, de nos savants et de nos publicistes modernes. Mais s’il est très-inférieur à nos étudiants par les connaissances, il a du moins sur la plupart d’entre eux une supériorité incontestable ; c’est d’avoir poursuivi la science, aimé la vérité pour elles-mêmes, d’en avoir fait le but honoré, non le vénal instrument de son ambition et de sa vie.

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