‹ Les Universités de Franche-ComtéChapitre 35 sur 126 · CI.XXXVII · texte numérisé non relu

CI.XXXVII

l’expansion de la joie que lui inspirait la démarche de ces nouveaux alliés qui venaient se mettre en son * espériale garde et protection, » il dépassa leurs propres désirs. Nonseulement il maintint l’école en possession des rentes et des revenus qui lui avaient été attribués à l’origine, avec les arrérages dus par ses débiteurs, « à quelque somme qu’ils puissent monter, » mais il en confia la répartition au sénat municipal ou à ses commis, sans se réserver, comme Philippe le Bon, le choix des distributeurs. Presque en même temps, pour achever la ruine de la cité qui avait osé lui résister, il transportait à Salins le parlement de Dole et y rendait, de sa personne, plusieurs ordonnances.

On ne pouvait plus clairement prononcer l'arrêt de mort de l'ancienne capitale du Comté. Ses malheureux habitants, décimés par un double siège, réduits à camper sur les cendres de leurs édifices publics et de leurs demeures privées qui avaient toutes péri dans l’incendie, à l’exception du couvent des Cordeliers, implorèrent en vain la miséricorde royale. Le 10 avril 1482, Hugues Avène, avocat fiscal du bailliage, et Claude Boudier, conseiller de ville, coururent se jeter aux genoux de Louis XI qui faisait un pèlerinage à Saint-Claude, et le conjurèrent de leur rendre le parlement et l’université, en accordant une exemption temporaire d’impôts à tous les étrangers qui viendraient repeupler Dole. Rien ne put fléchir le roi qui avait juré de venger l’échec de son lieutenant Craon et ne parlait tout d’abord que de raser les derniers débris de la ville (1). Vœ victis!

Pendant que leurs voisins étaient en deuil, les Bisontins oubliaient l’étranger pour se mettre en liesse. Leur triomphe fut de courte durée. Ils avaient bien, il est vrai, de belles lettres patentes, mais ils n’avaient pas encore l’univer-

(1) Archives municipales de Dule.

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sité. Le monarque peu scrupuleux dont ils avaient mis à profit la rancune, n’avait point fait difficulté de leur promettre tout ce qu’ils avaient voulu, mais en se réservant de ne pas tenir, s’il en était besoin, tout ce qu’il avait promis. Un bon serment sur la croix de Saint-Lô eût mieux valu à cet égard que tous les sceaux et tous les parchemins du monde. Pour réunir les professeurs et les élèves dispersés par la guerre, pour remplir un trésor à sec, pour élever les auditoires indispensables, pour apprendre à la jeunesse étrangère le chemin de la nouvelle école, il fallait non pas seulement le seing du prince, mais les efforts personnels des citoyens ; il fallait non pas seulement des mois, mais des années. Louis XI ne leur en laissa pas le temps. Il prit bientôt fantaisie à son médecin Coictier, originaire de Poligny, qui de simple physicien s’était élevé à la première présidence de la chambre des comptes de Paris, de devenir le seigneur de sa ville natale, et, en homme habile, il profita de la maladie de son maître pour obtenir le don du château de Poligny, avec ses appartenances et la « clergie » du bailliage d’Aval (I). Ce fut sans doute pour augmenter la valeur de ce riche présent qu’un mois avant de rendre l’âme, le roi, qui croyait tromper la mort en corrompant son médecin, trausféra dans la seigneurie de son redouté compère l’université de Dole, qui ne pouvait plus, dit-il, subsister dans cette ville, « veue sa ruyne. » (2) Besançon était soumise; une solide garnison française la tenait en respect : à quoi bon remplir envers ses habitants une promesse dont le but était désormais atteint? On ne daigna pas même y faire une allusion dans les lettres de juillet 1485, qui livraient aux mains de l’avide Coictier le précieux dépôt des hautes études franc-comtoises.

(1) Il rendit hommage pour ce fief au roi le 20 février 1482/3.

(2) V. Pitres justifie., p. 31.

Le sénat bisontin se sentait si bien joué qu’il n’osa pas même exprimer une plainte, lorsque l’année suivante Charles VJIT, révoquant la libéralité suprême de son père, s’empressa de restituer l’université aux Dolois. Il attendit une occasion plus favorable et se contenta de développer ses écoles municipales, qu’il parvint à unir, le 15 mai 1511, à celle de la Madeleine, dont les chanoines lui vendirent, moyennant 240 livres estevenantes, le privilège d’enseignement qui leur avait été accordé au xn* siècle par le pape Nicolas IV. Cette dernière institution s’était elle-même déjà fusionnée en septembre 1405 avec les classes de Saint-Etienne et de Saint-Jean, qui passèrent ensemble, après la cession du chapitre, de la rue de l’Ecole au nord de Chamars, « où estoient anciennement les écoles municipales entretenues des deniers publics du tems des Romains. » (1) On y enseignait seulement la grammaire, la rhétorique, la philosophie et quelques faibles éléments des arts libéraux. Mais l’instabilité des maîtres qui venaient souvent du dehors, l’indiscipline des écoliers, l’absence d’harmonie et de liaison dans les cours, peut-être aussi le défaut de surveillance, réduisirent bientôt le collège au discrédit le plus complet. < Mesme, disent les gouverneurs, à rayson des grandz désordres lesquelz journellement arrivoyent au collège de la dite cité, qui estoit lors de nostre charge, par les changemens des recteurs et régenz, et le danger que nous y pouvoit arriver par la réception de personnes estrangeres et passagères. » La fondation du collège de Granvelle, créé en l’honneur de Saint-Maurice, ne put réveiller l’enseignement public. Dù à la générosité d’Antoine Perrenot et de Nicole Bonvalot, sa

(1) Rapport au parlement. — Droz, Recherches historique s sur la ville de Besançon , collège, première partie, p. 18.

11 y avait en outre une école, dite de Sainte-Brigitte. qui est citée in ûfti» Car pttult, du 7 octobre 1500.

femme, qui par leur codicille du 5 janvier 1549 laissèrent une somme destinée à l’entretien d’un professeur eu théologie, de deux régents d’humanités et de huit boursiers, ce collège n’eut qu’une existence éphémère au xvi' siècle. Il attira d’abord quelques hommes de mérite, comme Jean d’Orival, docteur en droits, qui vint de Normandie professer les belles-lettres à Besançon. Mais les rentes constituées par les testateurs devinrent bientôt insuffisantes, et le collège, fermé peu après son ouverture, ne se rouvrit qu’un siècle plus tard, le 18 octobre 1646, grâce au comte de Cantecroix, héritier des Perrenot, qui le plaça sous la discipline de l’Oratoire (1). Ce qui manquait aux écoles municipales, ce n’étaient pas les élèves, mais les maîtres. Comme à Salins, où les études étaient aussi en décadencs (2), il n’y avait à Besançon qu’un cri pour accuser l’incapacité des ignares pédagogues à qui la ville était contrainte d’abandonner sa jeunesse. Chez ces vulgaires et cupides entrepreneurs de classes, venus on ne sait d’où, nulle vue d’ensemble, nul programme, pas même l’instinct delà routine, qui est quelquefois le respect de la tradition. Tout ce qui avait un peu d’ardeur, d’ambition et d’intelligence courait à Dole qui, derrière son université pourvue d’excellents professeurs et de quelques grasses prébendes, possédait un bon collège de grammaire, dont les chaires étaient si disputées en 4566 que le conseil de ville, embarrassé de faire un choix entre six candidats d’un mérite égal, procédait à l'élection par la voie du sort, ou, pour emprunter son propre langage, par bal lottes déposées dans un chapeau (3). Aussi les gouverneurs

(1) Dunod, Histoire de Ct'glise de Besançon, t. I, p. 321. M. Droz noua apprend que ce collège était situé danB la Grande-Rue. au n* 119.

(2) Le conseil de ville de Salins mande devant lui en 1560 le recteur des écoles et « lui faict remontrance qu’il avoit promis estre pourveu de régens et subalternes idoynes et suffisant, ce qu’il n’avoit faict. • (Droz, loc. eaf.)

(3) Registres du conseil de ville.

répondirent au vœu général lorsqu’à la mort de Charles- Quint, qui amena la séparation définitive de l’Espagne et de l’Empire, ils résolurent de reprendre leurs anciens desseins, et d’obtenir à tout prix du Pape et du nouvel Empereur une université.

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