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XL IX

blée générale est en permanence ; elle attend anxieusement la proclamation de l’élu dont elle doit ratifier le choix. Introduit avec pompe dans son sein, celui-ci jure entre les mains de son prédécesseur de maintenir l’honneur, la discipline, la pix et les privilèges du corps, de faire observer les statuts, et de ne prendre aucune décision grave sans l’avis dn conseil (1). On le revêt de sa robe écarlate et de son chaperon bordé d’hermine (2), dons de l’université, on le fait asseoir sur un siège élevé à la tête du collège; de là on le conduit, in gaudio comitandus, à l’église Notre-Dame de Dole, oü un Te Deum suivi d’une messe du Saint-Esprit, est chanté au son des cloches en action de grâces. Puis maîtres et élèves, nobles, gradués ou simples étudiants, précédés des bedeaux avec leurs masses et leurs verges, l'accompagnent sans distinction de rang jusqu’à sa demeure (3).

Tel était le mode primitif d’élire le chef de l’université. Emprunté sans répugnance par Philippe le Bon à plusieurs écoles étrangères et particulièrement à celle de Bologne, il parait n’avoir, pendant de longues années, donné naissance à aucun abus ni provoqué aucune objection. Sans doute ces jeunes électeurs ne furent pas infaillibles et, malgré les candides exhortations prescrites par les statuts, firent plus d’un choix médiocre ou mauvais. Ceux qui regardent le vole universel, même le vote à deux degrés, comme une sûre garantie de l’excellence des élus, se font une illusion complète. Le

(1) Ego N. rector... juro quod procurabo pro posse meo honores, eomtnoda et libertates studii Dolani, paeemque et concordiam inter nnH et singulos omnes alumnos. inter illos etiam do villa nec non suppositos illius universitatis ; quod et «ingula damna, dissentiones et scandala evitando, nulliusque legentium vel regentium substraham vel substrahi taciam aut permittam ; insuper quod nulla publittp univer*itatis statum vel factum concementia absquc deliberatione, con- *ea>u et ordinatione ejusdem universitatis vel collegii agent. (Statut!, ch. vin.)

(2) Capam rugatam {plissée) cum caputio ejusdetn coloris et ponni minutis variis... (Statuti, ch. xxu.)

(3) Ceux qui refusaient de se mêler nu cortège étaient possibles d'une amende de deux gros au profit du recteur.

suffrage universel a d’autres avantages, mais il n’a pas celuilà. Quel que soit le corps électoral, pourvu que l’élément populaire y domine, il sera par instinct disposé à écarter d u pouvoir les hommes supérieurs, moins peut-être parce que ceux-ci lui inspirent de la crainte ou de la jalousie, que parce qu’il leur répugne de briguer par tous les moyens les suffrages. Mais on ne saurait nier que l’adhésion du plus grand nombre ne fortifie singulièrement l’autorité morale de l’élu, et qu’elle ne légitime en quelque sorte dans ses mains un pouvoir que sa propre valeur ne suffirait pas à justifier. En ce sens, l’élection du recteur par les étudiants ou leurs délégués était lionne, non-seulement parce qu’elle stimulait leur émulation et leur ardeur, mais surtout parce qu’elle les habituait à se respecter dans leur représentant, à prendre la responsabilité de ses actes, et à n’imputer qu’à eux-mêmes les erreurs presque inévitables de son administration. Elle leur assurait en outre, — et cela n’était pas à dédaigner dans ces âges de violences, — une protection énergique, quelquefois même trop vive et trop partiale, contre les perturbateurs de leurs études et de leur repos.

Tant que vécurent les ducs de la seconde maison de Bourgogne, le droit électoral des écoliers demeura intact. Le président Jouard se contenta de faire décider, en 1473, que le recteur serait élu par les anciens officiers et non par les nouveaux dont le choix avait lieu le même jour. ISi Charles VIII, un instant possesseur du comté, ni Philippe le Beau qui vint en grande pompe, le 8 août 1502, assister à la réception de Pierre de I^a Baume comme docteur en théologie et confirma les privilèges universitaires, ni Charles- Quint lui-même n’y portèrent la moindre atteinte. Mais si peu redoutable qu’il fût, ce vestige des vieilles libertés traquées alors dans toute l’étendue de la monarchie espagnole ne pouvait trouver grâce aux regards soupçonneux

de son fils. En augmentant la dot de l’université, il saisit le moment propice d’y opérer une petite révolution, et ordonna, sans autre forme de procès, que l’olTïce de recteur * ne se donneroit plus à jeunes gens, mais à quelque licencié ou docteur ydoine au régime de l’université... dont l’élection se fera par le conseil (1). »

C’était restreindre non seulement le nombre des éligibles, mais aussi celui des électeurs. Le duc d’Albe complétait en effet presque aussitôt la réforme en interdisant aux membres du collège, nommés par les écoliers, de participer à l’élection du recteur, ainsi réservée aux régents (2).

Ce coup d'Etat fut accueilli par de violentes clameurs à l’école, qui finit par se soulever trois ans après, au moment de la nomination de son ehef pour l’année 1575.

Les professeurs se rendaient professionnellement au conclave lorsque, selon leur propre relation, « s’esleva quelqu’un entre les escoliers, lequel parlant tant en son nom que de tous ses compaignons, dit après plusieurs propos tendant à ce que élection ne fut faicte d’aulcung des professeurs, qu’iiz vouloient et entendoient que la dignité rectorale fut donnée à ung de leur compaignie. » Puis joignant les actes aux paroles, les étudiants « dont plusieurs, il est vray, n’étoient pas immatriculez, » rompent les bancs de l’auditoire et de leurs débris barricadentla porte, de façon à fermeraux membres du collège l’entrée du conclave « qu’est la chambre du bedeau! général. » Fort émus, peut-être effrayés, ceux-ci se rassemblent dans un coin, et devant * ceste jeunesse trèsirritée » décident de remettre le scrutin à un autre jour. Le tumulte redouble ; les mutins exigent qu’on vote séance tenante et « à leur dévotion. » — Qu’on nous désigne au moins,

(1) Oïd. du 14 décembre 1570 et du 18 mai 1571, aux Pièces jxutif., p. 123.

(2) Apostille ou appointement du 22 avril 1572. 11 déclarait eu même temps que le recteur pourrait être originaire de Dole et même professeur.

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