‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 13 sur 87 · A. Anam, Le vénérable César de Bus, p · texte numérisé non relu

A. Anam, Le vénérable César de Bus, p

France. Il crut bon, avec M. de Marillac et Mme Acarie, de tenter d'adapter à leur Règle les dévouements mal faits pour le Carmel. Et tous trois choisirent pour fondatrice, d’un même accord, Mme de Sainte- Beuve qui venait justement de rentrer à Paris. Les Chroniques (au chapitre nr) nous ont laissé le récit du complot que la Providence ourdit pour obtenir son aveu : « Dieu voulant rendre cette chaste veuve

mère de tant de religieuses et la faire le principal instrument d’une œuvre si considérable que l’établissement d’un nouvel ordre en son église, lui inspira un grand zèle... Comme elle s’entretenait un Jour avec le Père Lancelot Marin, maître des novices des Jésuites de Paris, elle lui demanda s’il ne voyait pas quelque moyen de renouveler le culte de Dieu qui diminuait tous les jours et en quoi elle pourrait y contribuer. Le Père lui répondit : Mademoiselle, je vais vous en dire un que Dieu me met en l'esprit, par une assez naïve comparaison. Figurez-vous une fort belle pomme devenue pourrie; que faudrait-il faire sinon de tirer les pépins au milieu de la pourriture, les planter en une bonne terre, les bien fumer et arroser, et les cultiver en sorte qu'ils viendraient à produire des arbres, lesquels porteraient d’aussi belles pommes que celle dont ils sont provenus? De même, il me semble que pour renouveler le monde corrompu, il s’y faudrait prendre par la petite Jeunesse. Notre Père Saint Ignace à visé à ce but, destinant notre compagnie à la bonne éducation des petits garçons.

« Ce serait une entreprise pareillement très louable «et très utile d'établir dans Paris une congrégation « où l’on retirât les petites filles, et où les ôtant du « monde, comme d’une mauvaise terre, elles fussent « transplantées en un terroir fertile; afin qu'ayant « reçu là de bonnes instructions, elles en sortissent € ainsi que d’une pépinière pour porter la vertu dans « les familles: les familles, réglées, reformeraient les « villes, les provinces, et par ce moyen le monde « deviendrait tout autre : du moins les pauvres catho- « liques ne vivraient pas dans l’ignorance qui est la « cause de tant de vices. » Ce discours fut un rayon « de lumière qui éclaira son esprit et lui donna les « premières pensées de sa future fondation : mais si « vives et si fortes qu’elle se résolut bientôt après « de lPexécuter, Notre-Seigneur lui mettant pour « ainsi dire les matériaux entre les mains. »

Mme de Sainte-Beuve s’en fut chercher conseil auprès de sa cousine : mais à peine avait-elle parlé que MM Acarie, avec son ardeur accoutumée, se prit à lui exposer tout le projet qu’on avait résolu. On consulta, on médita; enfin « notre demoiselle embrassa courageusement cette œuvre et y consacra tous ses soins ». Désormais, sa vie se confond avec l’histoire des premières Ursulines.

Il faut s'arrêter un instant devant son portrait, ému et sans doute indulgent : « elle était d’une « très riche taille, d’un grave maintien, d’une humeur « égale et d’un visage serein qui montrait la can- « deur de son âme. Elle avait le poil blond cendré,

« les yeux bleus et fort doux, le teint vif et extrême- « ment délicat, et tous les traits du visage fort bien « faits. Ses discours étaient concertés sans affectation, « ses demandes sages, sa conduite prudente. En un « mot, sa personne était si Jolie et si bien faite qu’elle « se rendait également aimable et vénérable à tous « ceux qui la voyaient »1. La BruyYÈRE complète bien cette image : (1l y a dans quelques femmes une grandeur simple, naturelle, indépendante du geste et de la démarche, qui a sa source dans le cœur et qui est comme une suite de leur haute naissance; un mérite paisible, mais solide, accompagné de mille autres qu'elles ne peuvent couvrir de toute leur modestie, qui échappent, et qui se montrent à ceux qui ont des yeux » (Caractères, 111, 2).

La petite fille tendre et vive du président de Boullencourt n’est plus, la jeune femme mondaine du sieur de Sainte-Beuve a disparu avec lui, la Ligueuse combattive et fière a toute la confiance de

son roi; en 1607, c’est une chrétienne active et prudente. |

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