I. La construction des monastères
Mme de Sainte-Beuve, forte de la vocation divine,
encouragée par la faveur de la cour, ne voulut rien négliger des devoirs d’une fondatrice : après avoir vendu son hôtel, elle vint s’établir dans une modeste maison du faubourg Saint-Jacques, ayant congédié la plupart de ses gens, et prête à tous les sacrifices de ses biens pour le confort de ses chères Ursulines. Elle acquit pour elles « joignant l'hôtel de Saint-
André... un lieu beau et spacieux appelé les Poteries où 1] y avait une assez grande maison et quelques autres petites avec des terres de Jardinage qui tenaient d’un côté à la rue du dit faubourg et de
1. Chroniques des Ursulines, seconde partie: le progrès et la perfection
du même ordre en l'établissement des monastères de religieuses.
« l’autre au chemin qui était devant la porte de la « Santé, au faubourg Saint-Marceau, aboutissant « d’un bout à l’hôtel de Saint-André et de l’autre « à la petite rue du Paradis dite autrement Jean-le- « Riche, laquelle place tient six à sept arpents de « terre » 1.
Dès le mois de mars 1608, avec M. de Marillac, elle se fit entrepreneur et visita le chantier fréquemment; elle prévoyait aussi les ornements de la chapelle et « comme une autre Judith qui consacra au temple de Dieu les courtines d’Holopherne, donna un lit fort riche pour en faire un parement, une chasuble et un pavillon ». La princesse de Longueville et les autres bienfaitrices du Carmel prenaient leur part de ses charités. Aussi, deux ans plus tard, un grand corps de logis s’élevait-il, flanqué des anciens bâtiments : les religieuses y avaient un vaste réfectoire, des cellules et toutes les salles conventuelles ; des chambres, des classes étaient prêtes pour Les pensionnaires. Et, pour faciliter l'assistance aux offices, un chœur réservé aux religieuses était auprès de l'autel, avec une tribune pour les enfants; on y déposa une relique de sainte Anne qu’Anne d'Autriche avait fait enchâsser « dans une figure de vermeil doré », et un éclat de la couronne d’épines donné par Marie de Médicis. La première messe fut dite en la fête de saint Michel, l’année 1610; puis, les Ursulines s’en vinrent loger dans leur couvent. Au mois de décembre, la marquise de Verneuil constituait une rente