‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 30 sur 87 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« O divine, Ô charmanteloi! » (Racine).

Au xvire siècle, la vocation religieuse était tout naturellement une destinée habituelle aux jeunes filles du monde : le frère aîné était à l’armée, le cadet dans les ordres; après qu’on en eût fart quelque temps les honneurs, une des plus jolies filles de France épousait un beau capitaine; et, sans bruit, sa sœur disparaissait dans un cloître.

Aussi, serait-on tenté de considérer les religieuses de ce temps sous les traits de Marie-Blanche de Grignan s’en allant dès l’âge de cinq ans chez les Visitandines d’Aix, alors que naguère encore elle babillait : « et tateti, et totata »? auprès du feu de sa grand’mère. Plus émouvant, sous le pinceau de Philippe de Champaigne, est l’ex-voto du monastère de Port- Royal, dont Pascal et Sainte-Beuve devaient exagérer

1. Annales des Ursulines du premier monastère de la Congrégation de Paris.

Th. LavazLÉéE : Mémoires des dames de Saint-Cyr.

Constitutions des Ursulines de la Congrégation de Paris : IT. Des vœux, clôtures et autres constitutions religieuses. — IIL. Des élections et offices.

>, Lettre de Mme de Sévigné à M€ de Grignan, Noël 1671.

l’austérité. La vocation de Mme de Chantal avait été une tragédie, toute semblable à celle de Marie de l’Incarnation, cette Ursuline de Tours qui s’en fut au Canada, malgré les protestations de son fils Claude et de tous les siens, porter « au péril de la mer et des barbares » l’esprit et l’amour de la France. Dès 1639 d’ailleurs, on avait fait ce projet au Grand Couvent de Paris, mais l’autorisation en fut refusée.

Il nous plaît davantage de contempler le doux visage de celles qui sans éclat ni tapage répondaient à l'invitation de leur cœur : ce sont les filles charmantes de Racine qui passent devant nous et nous les reconnaissons toutes : Babette et Nanon, Toinette et Madelon.

Les Ursulines étaient sans doute les sœurs de cellesei : Jeunes filles du monde que les souvenirs de la vie conventuelle y retenaient ou y rappelaient après le temps de leur éducation; à moins qu’'élevées à la maison par des précepteurs de latin et d’italien ou des maîtres de grammaire, elles ne se réjouissent de répandre leur culture. C’était une si généreuse tentation que de faire son salut, non point dans le bonheur de la vie contemplative, mais dans le rôle actif des éducatrices que préparait le quatrième vœu! Et parfois aussi, en ce temps-là, on pouvait faire la conquête de nouvelles catholiques : ainsi, en 1632, on confia au Grand Couvent le soin des trois filles de M. Guénault, médecin du prince de Condé, toutes trois € hérétiques » et dont la conversion parut dès

l’abord bien incertaine 1, Les Ursulines en usèrent discrètement avec elles, les traitant comme les autres pensionnaires, par grande douceur et tendre charité. Le préambule des Annales nous offre un symbole de la religieuse, pareille au grand prêtre du Temple, dont la robe était alourdie de clochettes qui sonnaient à tous ses mouvements. Ainsi le maintien, le calme et les recherches infinies de son zèle faisaient l’Ursuhne toute « parlante ».

Les filles de M. Guénault entendirent bientôt ce langage, et l’une après l’autre, ayant durement résisté, se rendirent à la religion catholique; et même la seconde voulut demeurer au monastère où elle prit le voile, conduite par M1 de Bourbon qui fut plus tard la duchesse de Longueville. Et l’on ne saurait y soupçonner aucune influence puisque les Règlements préviennent de ne point révéler mal à propos aux enfants les Joies secrètes de la vie religieuse.

Disons à ce sujet que les Ursulines ne parlent point, à notre grand regret, d’une élève qui fut chez elles parmi les plus illustres et les plus rebelles : Françoise d’Aubigné, devenue plus tard le soutien d’un poète infirme avant d’être choisie pour la conseillère d’un roi. L’embarras est grand si l’on consulte les mémoires des Dames de Saint-Cyr, les souvenirs de Mme de Caylus et la correspondance de Mme de Maintenon; on croit reconnaître partout la présence et peut-être la crainte de sa toute-puissance; alors, notre confiance

Page 1