Annales des Ursulines, t. II
se trouble et les travaux du siècle dernier ne la réconfortent point. Il est probable qu’en 1648 Françoise, âgée de treize ans et qui sortait de la maison des Ursulines de Niort (sa valeur d’éducatrice et son intelligence y avaient été déjà remarquées) vint au Grand Couvent du faubourg Saint-Jacques : elle y fut reçue à titre gratuit, conformément à la « fondation » de Mme de Sainte-Beuve pour l’éducation de six jeunes filles pauvres, la Supérieure étant alors, pour la quatrième fois, la vénérée Mère Marie Béron dite de Sainte-Madeleine. La fanulle de la jeune hérétique avait réclamé pour elle une ferme sévérité. Mais cette lettre de la victime écrite à Mme de Villette, dans un style archaïque qui nous surprend, peut-elle être vraisemblable?
« De Paris, ce 12 octobre 1649.
« Madame et Tante.
« Le ressouvenir des grâces singulières qu'il vous « a plu faire tomber sur de pauvres petites abandon- « nées, me fait tendre les mains devers vous et vous « supplier d'employer votre crédit et vos soins à me « tirer de céans, la vie m’y étant pire que mort. € Ah! Madame et Tante, vous n’imaginez l'enfer que « m'est cette maison soi-disant de Dieu, et les rudoie- « ments, duretés et façons cruelles de celles qu’on a « faites gardiennes de mon corps, mais de mon « àme Non, pour ce qu’elles n’y peuvent joindre.
« Rivette vous dira tout au long mes angoisses et « mes souffrances, étant céans seule et unique à qui « me fier. Vous supplie derechef, Madame et Tante, « de prendre en pitié la fille de votre frère et humble « servante
Françoise D'AUBIGNÉ »1,
Dans cette « geôle de Jeunesse captive », les Dames de Saint-Cyr nous content pourtant qu’on fit, à la satisfaction de la petite raisonneuse, des controverses entre un pasteur et un prêtre catholique; qu’enfin, elle fut touchée par la grâce. Sans doute même y revint-elle, peu après la mort de Scarron, pendant quelque temps. Quoi qu’il en soit, on sait beaucoup mieux comment, vingt ans plus tard, Mme de Maintenon fondait Saint-Cyr, grâce à l’expérience, à l’autorité et au dévouement d’une Ursuhne de Rouen, Mme de Brinon, qui fut assez mal traitée; on sait aussi comment le règlement des Dames de Saint-Louis traduit fidèlement et adapte à l'institution royale les Constitutions des Ursulines. « Mais ceci est une autre histoire ».
Les Règlements (1705) et les Constitutions (1646) de la Congrégation de Paris énumèrent les devoirs de chaque obédience, et surtout des emplois qui avaient rapport aux pensionnaires; on y trouve tout au long la Règle de saint Augustin dont la Supérieure donnait lecture chaque semaine, le détail des
1. Th. Lavazrée, Mémoires des Dames de Saint-Cyr. LES URSULINES DE PARIS. D
vœux, clôtures et autres constitutions, avec des réserves « pour ne gêner les consciences tendres, aux « manquements qu’elles pourraient faire à la pra- « tique de telles choses qui n’ont été données par « précepte, mais plutôt par avis et adresse à ce qui « était le plus parfait. C’est pourquoi on a retranché « les termes qui étaient plus sévères et exacts, afin « de n’y laisser que ce qui peut être plus facilement « pratiqué en la matière des susdites vertus » (1646).
On serait assez curieux de connaître la vie quotidienne de quelque religieuse, et l’on voudrait qu’elle eût précisément une « conscience tendre » avec le visage charmant des figures qu’a peintes Le Sueur. Or, en 1635, mourait au faubourg Saint-Jacques la Mère des Anges Vaudelon, fille d’un chirurgien de Henri IV, «très musicienne et pleine de grâce » !: elle sera notre guide. |
Quatre heures ?
«Mère des Anges » s’est éveillée, elle a revêtu la robe de serge noire, la ceinture de cuir avec la croix; elle dispose sur son front le voile noir et la toile claire; puis, elle chausse des souliers de gros euir si lourds à ses pieds délicats encore meurtris des engelures de l’hiver*. Elle met en bon ordre paillasse, matelas et couverture, s’attardant un instant à écou-