‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 36 sur 87 · Annales, t. I · texte numérisé non relu

Annales, t. I

2, Constitutions, t. II, ch. xx : des vêtements et de la netteté.

3. Id., t. III : des élections et offices, ch. x : du devoir de la .portière.

monial muet accompagne le médecin ou l’ouvrier dans le monastère : il a deux religieuses pour escorte, qui agitent une sonnette afin que leurs sœurs prévenues se retirent promptement ou se dissimulent sous le voile; la nuit, on porte au moins trois lumières. Et les Constitutions précisent au chapitre 11 (des vœux, clôtures et autres constitutions religieuses) : «pour les lieux écartés comme les caves et greniers, Qil n’y aura moins de trois religieuses pour les « garder, n’était que les dits ouvriers fussent enfermés «à la clé, lors 1l ne sera besoin de les garder ». La portière encore remet la correspondance soit à la Mère Supérieure soit à la Maîtresse Générale des pensionnaires, sans Jamais accepter aucun billet secret. Elle veille chaque soir à la fermeture des portes du tour et des parloirs.

M. du Mont avait un souvenir effrayé du parloir !: peut-on se figurer ces deux grilles, l’une de fer et l’autre de bois, ce volet et ce rideau qu’on tire, et la contrainte d’une surveillance, sans le moindre petit guichet? Et la demi-heure d’entretien était supprimée le dimanche, les jours de fêtes, pendant l’Avent et le Carême! Aussi sommes-nous bien surpris aujourd’hui de la liberté que nous décrit « la vie de Marianne » et des propos mondains et charmants que l’on échangeait dans d’autres couvents. Et Sainte-Beuve nous évoque d’une façon plus tragique,

4. Constitutions, t. IT, ch. v : des parloirs. — Il s’agit ici du parloir des religieuses. Pour le parloir des pensionnaires, voir p. 95.

mais combien plus vraisemblable, l’entrevue de M. Arnauld et de la Mère Angélique, dans la fameuse journée du guichet.

Mile de Saint-Michel avait été introduite, à son arrivée, auprès de la Mère Supérieure qui était cette année-là Mère Béron de Sainte-Madeleine, fille de Maître Nicolas Béron, docteur en médecine, demeurant à Chartres : elle se trouvait alors très affairée par des soucis domestiques. Car la charge de Supéricure réunit chez les Ursulines des devoirs multiples de direction, de surveillance et de conseil 1.

Tout d’abord, à la chapelle, au chapitre, aux repas, elle préside; matin et soir, elle visite les cellules des religieuses. Secourue par l’Assistante, elle ouvre et ferme les portes du monastère, elle parcourt les classes et les dortoirs des pensionnaires. Elle doit aussi se tenir au courant des travaux des Cofficières », lingère et boursière ou dépositaire, et examiner les comptes de la maison. C’est elle qui décide des aumônes et des dépenses comme des pénitences; les baux, les contrats portent sa signature. Enfin, aidée du Chapitre, l'examen des postulantes, l’observance des Constitutions, les relations avec le Supérieur et le Visiteur étaient son principal souci. Et l’on venait en 1638 de perdre la Mère Gabrielle de tous les Saints, de Marinville, fille d’un « conseiller aux Conseils d’état et privé de Son Altesse de Lorraine et premier

1. Constitutions, t. III, ch. 1v : des devoirs de la Supérieure.

Secrétaire de ses commandements » et qui était fort écoutée pour sa science en la doctrine chrétienne !.

Or, le couvent manquait d’eau : les fontainiers qui n'avaient point alors une intègre conscience professionnelle, favorisaient certains clients aux dépens de la Communauté; et l’embarras était grand, surtout dans la cuisine qui pourvoyait à la nourriture de quatre-vingts religieuses et de presque autant de pensionnaires. La Mère Jeanne de la Conception Vincent, fille d’un marchand drapier de Dieppe et dépositaire, suggéra de creuser un puits et de poser des canaux dans la propriété même; cette constructon à grand frais n’allait pas sans inquiéter beaucoup la Mère Supérieure.

Trois années auparavant, on avait dû clore de murs un terrain de quatre arpents situé au-delà du jardin des religieuses et qui s’étendait jusqu’au faubourg Saint-Marceau : les habitants d’alentour n’y venaient-ils point chercher de bonne terre et déposer « des immondices qui pouvaient infecter le monastère »? Une dame de qualité, Mme de Broue, voulut d’ailleurs contribuer à cette dépense; et les Ursulines reconnurent là, comme dans la richesse de ce nouveau verger, une récompense providentielle, puisqu'elles avaient récemment donné l’hospitalité à des religieuses de Noyon qui fuyaient devant les troupes espagnoles. Et puis, en 1638, alors que le Roi avait placé solennellement la France sous la protection de Notre-Dame, la Mère Béron de Sainte-Madeleine

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